Digithéque, Jean-Pierre Maury

Bosnie-Herzégovine


Annexion par l'Empire austro-hongrois.

    L'administration de la Bosnie et de l'Herzégovine, provinces appartenant formellement à l'Empire ottoman, a été confiée à l'Autriche-Hongrie par l'article 25 du traité de Berlin du 13 juillet 1878 et régie par la loi concernant l'administration de la Bosnie et de l'Herzégovine du 22 février 1880. Trente ans plus tard, alors que le pays n'a toujours pas été doté d'institutions représentatives, le 5 octobre 1908, l'empereur François-Joseph décide d'annexer la Bosnie et l'Herzégovine, le jour même où la Bulgarie proclame son indépendance. Tout ceci incitait la Crète à proclamer aussi son indépendance quelques jours après.
    Plusieurs rescrits datés du 5 octobre sont publiés le 7 à la Gazette officielle, en même temps qu'une proclamation au peuple de Bosnie et d'Herzégovine, tout imprégnée de l'arrogance impériale. Une note est adressée aux Ottomans et uneaux autres Puissances. La question est finalement réglée par le traité du 26 février 1909 qui valide le fait accompli. Les protestations de la Serbie et du Monténégro, invoquant les droits du peuple serbe contre le droit du plus fort, restent vaines. Cinq ans plus tard, un archiduc autrichien était tué à Sarajévo...

Sources : RGDIP, 1908, p. 32 d. (original dans la Gazette officielle (Wiener Zeitung), Vienne, 7 octobre 1908).


Rescrit adressé le 5 octobre 1908 au président du Conseil des ministres d'Autriche.

Cher Baron de Beck,

J'ai décidé d'étendre les droits de ma souveraineté à la Bosnie et à l'Herzégovine et, en y introduisant la loi de succession en vigueur dans ma Maison, d'accorder à ces pays des institutions constitutionnelles.

En vous communiquant copie des rescrits que j'ai adressés à cette occasion au ministre de ma Maison et des affaires étrangères ainsi qu'à mon ministre commun des finances, je vous invite, aux termes de l'article 5 de la loi du 25 février 1880, Bulletin des lois, n° 18, à prendre les mesures nécessaires pour soumettre au Parlement les projets de lois y relatifs.

Budapest, le 5 octobre 1908.

François-Joseph.


Proclamation aux habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine.

Nous, François-Joseph Ier, empereur d'Autriche, roi de Bohême, etc., et roi apostolique de Hongrie, aux habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine :

Lorsque, il y a une génération, nos troupes passèrent les frontières de vos pays, vous receviez l'assurance qu'elles venaient non pas en ennemies mais bien comme vos amies, dans la ferme volonté de porter remède aux maux dont votre patrie était si durement atteinte depuis des années ;

Cette promesse, donnée à un moment grave, a été loyalement tenue. Notre gouvernement a cherché constamment à conduire le pays dans le calme de la légalité et par un travail soutenu vers un avenir plus heureux.

A notre grande joie, nous pouvons dire aujourd'hui : la semence jetée alors dans les sillons d'un sol troublé a richement levé. Vous-mêmes vous devez éprouver comme un bienfait que l'ordre et la sécurité aient remplacé la violence et l'oppression, que le commerce et la circulation se développent d'une manière continue, que l'influence moralisatrice d'une instruction plus répandue se soit fait sentir et que, sous la protection d'une administration bien ordonnée, chacun puisse bénéficier des fruits de son travail.

Nous avons tous pour devoir sérieux de marcher sans cesse de l'avant dans cette voie.

Ayant devant nos yeux ce but, nous estimons que le moment est venu de donner aux habitants des deux pays une nouvelle preuve de notre confiance en leur maturité politique. Afin de faire parvenir la Bosnie et l'Herzégovine à un niveau plus élevé de la vie politique, nous avons décidé d'accorder aux deux pays des institutions constitutionnelles, en tenant compte des circonstances présentes et des intérêts généraux, de façon à créer une base légale pour la représentation de leurs souhaits et de leurs besoins.

Vous aurez désormais une voix lorsque des décisions seront prises relativement aux affaires de votre patrie qui possédera d'ailleurs toujours, comme dans le passé, une administration indépendante.

Mais la condition préliminaire et indispensable à l'établissement de cette Constitution provinciale, c'est la création préalable d'une situation juridique claire et nette pour les deux pays.

Pour ce motif, comme aussi en souvenir des liens qui unissaient jadis nos glorieux ancêtres sur le trône hongrois à ces pays, nous étendons à la Bosnie et à l'Herzégovine les droits de notre souveraineté, et c'est notre volonté que l'ordre de succession de notre Maison soit établi pour ces pays.

Les habitants des deux pays partageront donc tous les avantages que peut offrir un renforcement durable des liens actuels. Le nouveau régime constituera une garantie que la civilisation et le bien-être seront solidement établis dans vitre patrie.

Habitants de la Bosnie et de l'Herzégovine ! Parmi les soucis dont est entouré notre trône, le soin de veiller au maintien de vos intérêts matériels et à la satisfaction de vos besoins spirituels ne sera pas dans l'avenir, soyez-en sûrs, la dernière de nos préoccupations.

La noble idée de l'égalité de tous devant la loi ; la participation au pouvoir législatif et à l'administration de vos affaires provinciales ; une protection égale pour toutes les religions, pour toutes les langues et les races, voilà les biens précieux dont vous bénéficierez en pleine mesure. Liberté de l'individu et bien-être de la collectivité, tel est l'idéal que poursuivra le gouvernement pour les deux pays.

Vous vous montrerez assurément dignes de la confiance que l'on a en vous en faisant preuve d'affection et de fidélité pour nous et notre Maison. C'est ainsi que nous espérons que la noble harmonie entre prince et peuple, le gage le plus cher de tout progrès politique, nous accompagnera toujours sur notre chemin commun.

François-Joseph.


Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
voir la fiche Bosnie-Herzégovine.