Canada

Les Français au Canada.


Commission pour le Capitaine Jacques Quartier sur le voyage & habitation des terres neuves de Canada Hochelaga &c.

(17 octobre 1540)

    Les expéditions de Cartier (1534, 1535, 1541) et de Roberval (1542) avaient été suivis d'une brève tentative d'établissement, les premiers colons ayant été rapidement décimés par les maladies et les rigueurs de l'hiver.
    A la suite d'un premier voyage de Champlain en 1603, dont il fait rapport au roi Henri IV, celui-ci accorde des lettres patentes au sieur de Monts (Pierre Dugua de Mons), le 8 novembre et le 18 décembre 1603, pour établir une colonie de peuplement entre le 40° et le 46°, dans ce que l'on nomme alors la Cadie. Le premier établissement français est établi dans l'île de Sainte-Croix (à l'embouchure de la rivière), puis, en août 1605, à Port-Royal. Un peu plus tard, le 14 mai 1607, la première colonie anglaise est fondée à Jamestown, en Virginie ; et Champlain, le 3 juillet 1608, s'établit à Québec. En 1627, sans déclaration de guerre, les Anglais attaquent les établissements français du Canada et saisissent des vaisseaux de commerce français, ce qui provoque un conflit, auquel le traité de Suze, du 24 avril 1629, devait mettre un terme. Mais une expédition anglaise, dirigée par les frères Kirke, s'empare de Québec le 19 juillet 1629, près de trois mois après la conclusion de la paix. Le roi d'Angleterre, bien qu'il ratifie le traité de Suze le 6/16 septembre, refuse de restituer les territoires conquis, arguant du non-paiement de la dot de son épouse, Henriette, soeur de Louis XIII.
    Les négociations se poursuivent jusqu'à la conclusion du traité de Saint-Germain-en-Laye, le 29 mars 1632. Le même jour, est conclu un traité pour le rétablissement du commerce entre les deux pays.

Sources : La pièce a été publiée par Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, 1617. Ouvrage numérisé dans la cadre du projet Gutenberg,  www.gutenberg.org.



I. François, par la grâce de Dieu, Roi de France. A tous ceux qui ces présentes lettres verront : Salut.

II. Comme pour le désir d'entendre et avoir connoissance de plusieurs païs qu'on dit inhabités, et autres être possédés par gens sauvages, vivans sans connoissance de Dieu et sans usage de raison, eussions despieça, à grands frais et mises, envoyé découvrir esditz païs par plusieurs bons pilotes, et autres nos sujets de bon entendement, savoir et expérience, qui diceux païs nous auraient amené divers hommes que nous avons par longtemps tenus en noire Royaume, les faisant instruire en l'amour et crainte de Dieu , et de sa Sainte Loy et doctrine chrétienne, en intention de les faire remener esdits pays, en compagnie de bon nombre de nos sujets de bonne volonté, afin de plus facilement induire les autres peuples d'iceux pays à croire en notre sainte foi,
— Et entre'autres y eussions envoyé notre cher et bien amé Jacques Quartier, lequel auroit découvert grand païs des terres de Canada et Hochelaga, faisant un bout de l'Asie du côté de l'occident,
— lesquels païs il a trouvé (ainsi qu'il nous a rapporté) garnis de plusieurs bonnes commodités et les peuples d'iceux bien fournis de corps et de membres, bien disposés d'esprit et entendement,
— desquels il nous a semblablement amené aucun nombre, que nous avons par long temps fait voir et instruire en notre dite sainte Foy, avec nosdits sujets ;
— en considération de quoi, et de leur bonne inclination, Nous avons avisé et délibéré de renvoyer ledit Quartier esdits pays de Canada et Hochelagua, et jusques en la terre de Saguenay (s'il peut y aborder), avec bon nombre de navires, et de toutes qualités, arts et industrie, pour plus avant entrer esdits pays, converser avec les peuples diceux, et avec eux habiter (si besoin est).

III. Afin de mieux parvenir à notredite intention, et à faire chose agréable à Dieu, notre Créateur et Rédempteur, et qui soit à l'augmentation de son saint et sacré Nom, et de notre Mère sainte l'Église catholique, de laquelle nous sommes dits et nommés le premier fils,
— Par quoi soit besoin, pour meilleur ordre et expédition de ladite enterprise, députer et établir un Capitaine général et maître pilote desdits navires, qui ait regard à la conduite d'icceux, et sur les gens, Officiers et Soldats y ordonnés et établis,
—Savoir faisons que Nous, à plain confians de la personne dudit Jacques Quartier et de ses sens, suffisance, loyauté, prud'hommie, hardiesse,
grande diligence et bonne expérience,
— icelui, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, avons fait, constitué et ordonné, faisons, constituons, ordonnons et établissons, par ces présentes, Capitaine général et maître Pilote de tous les navires et autres vaisseaux de mer, par Nous ordonnés être menés pour ladite entreprise et expédition, pour ledit état et charge de Capitaine general et maître Pilote d'iceux navires et vaisseaux avoir, tenir et exercer, par ledit Jacques Quartier, aux honneurs, prérogatives, prééminences, franchises, libertés, gages et bienfaits, tels que par Nous lui seront pour ce ordonnés, tant qu'il nous plaira,
— Et lui avons donné, et donnons puissance et autorité de mettre, établir et instituer auxdits navires tels Lieutenants, patrons, pilotes, et autres ministres nécessaires pour le fait et conduite, d'iceux, et en tel nombre qu'il verra et connoitra estre besoin et nécessaire pour le bien de ladite expédition.

IV. Si donnons, en mandement, par cesdites présentes, à notre Amiral ou Vice Amiral, que, prins et reçeu dudit Jacques Quartier le serment pour ce deu et accoutumé, icelui mettent et instituent, ou fassent mettre et instituer, de par Nous, en possession et saisine dudit état de Capitaine général et maître Pilote,
— et d'icelui, ensemble des honneurs, prérogatives, prééminences, franchises, libertés, gages et bienfaits, tels que par Nous lui seront pour ce
ordonnés, le fassent, souffrent et laissent jouir et user pleinement et paisiblement, et à lui obéir et entendre de tous ceux, et ainsi qu'il appartiendra, es choses touchant et concernant ledit, état et charge,
— et outre, lui fasse, souffre et permette prendre le petit Galion, appelé l'Emerillon, que de présent il a de Nous, lequel est jà vieil et caduc, pour servir à l'adoub de ceux des navires qui en auront besoin, et lequel nous voulons être prins et appliqué par ledit Quartier, pour l'effet dessus dit, sans qu'il soit tenu en rendre aucun autre compte de reliquat, et duquel compte et reliquat nous l'avons déchargé et déchargeons par icelles présentes.

Par lesquelles Nous mandons aussi à nos Prévots de Paris, Baillis de Rouen, de Caen, d'Orléans, de Blois et de Tours, Sénéchaux du Maine, d'Anjou et Guienne, et à tous nos autres Baillis, Sénéchaux, Prévôts, Alloués, et autres, nos Justiciers et Officiers, tant de notre Royaume que de notre pays de Bretagne uni à icelui, par devers lesquels sont aucuns prisonniers, accusés ou prévenus d'aucuns crimes, quelsqu'ils soient, fors de crimes deleze-Majesté divine et humaine envers Nous, et de faux monnoyaurs, qu'ils aient incontinent à délivrer, rendre et bailler ès mains dudit Quartier, ou ses commis et députés, portans ces présentes ou le duplicata d'icelles, pour notre service en ladite entreprise et expédition, ceux desdits prisonniers qu'il connoîtra être propres, suffisants et capables pour servir en icelle expédition, jusqu'au nombre de cinquante personnes, et selon le choix que ledit Quartier en fera, iceux premièrement jugés et condamnés selon leurs démérites et la gravité de leurs
mefaits, si jugés et condamnés ne sont, et satisfaction aussi préalablement ordonnée aux parties civiles et intéressées, si faite n'avoit été ;
— Pour laquelle toutes fois nous ne voulons la délivrance de leur personne esdites mains dudit Quartier (s'il les trouve de service) être retardée ne retenue, mais se prendra ladite satisfaction sur leurs biens seulement ;
— Et laquelle délivrance desdits prisonniers, accusés ou prévenus, Nous voulons être faite esdites mains dudit Quartier, pour l'effet dessus dit, par nosdits justiciers et officiers respectivement, et par chacun d'eux en leur regard, pouvoir et jurisdiction , non obstant oppositions ou appellations quelconques faites ou à faire, relevées ou à relever, et sans que par le moyen d'icelles, icelle délivrance, en la manière dessus dite, soit aucunement différée ;
— Et afin que le plus grand nombre n'en soit tiré, outre lesdits cinquante, Nous voulons que la délivrance, que chacun de nosdits Officiers en fera audit Quartier, soit écrite et certifiée en la marge de ces présentes, et que néanmoins registre en soit par eux fait et envoyé incontinent par devers notre amé et feal Chancelier, pour connoître le nombre et la qualité de ceux qui auront été baillés et délivrés. Car tel est notre plaisir.

V. En temoin de ce, Nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes.

VI. Donné à Saint-Pris, le dix-septième jour d'octobre, l'an de grace mil cinq cens quarante, et de notre règne le vingt-sixième.

Ainsi signé sur le repli, Par le Roi, vous, Monsignieur le Chancelier, et autre présens, De La Chesnaye.
Et scellée, sur le repli, à simple queue de cire jaune.

Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
voyez la fiche Canada.
© - 2011 - Pour toute information complémentaire, pour signaler une erreur ou correspondre avec nous,
adressez-nous un message électronique.

Jean-Pierre Maury