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Canada
Projet de loi sur l'admission des États de la Nouvelle-Écosse,
du Nouveau-Brunswick, du Canada-Est et du Canada-Ouest, et pour l'organisation
des Territoires de Selkirk, de Saskatchewan et de Colombie
[Les colonies anglaises d'Amérique avaient participé
à la guerre de Sept Ans et attendaient l'ouverture de la colonisation
au-delà des Appalaches dans les territoires pris à la France.
Mais à la suite de la révolte de Pontiac, la Proclamation
royale de 1763 réserve aux Indiens le territoire entre les Appalaches
et le Mississipi, puis le rattache au Québec en 1774. Dans
la déclaration d'indépendance des
États-Unis, les entraves à la colonisation et les mesures
contenues dans l'acte de Quebec de 1774 figurent
parmi les griefs énoncés à la charge du roi Georges
III. On lui reproche ainsi d'avoir aboli « dans une province
voisine le système libéral des lois anglaises ».
Pourtant le 26 octobre 1774, le Congrès continental
invite les Canadiens à lui envoyer des délégués.
D'emblée, les États-Unis s'intéressent au Canada.
Le 10 mai 1775, les troupes "patriotes" franchissent le lac Champlain,
et le Deuxième Congrès lance un nouvel appel aux Canadiens,
puis décide de conquérir le Canada. Les Américains
prennent Montréal, mais échouent devant Québec, le
clergé catholique ayant incité la population francophone
au loyalisme. Toutefois, l'article XI de la Confédération
est consacré à l'éventuelle admission du Canada.
La crainte d'une invasion étatsunienne resurgit
au Canada lors de la guerre de Sécession. Le Royaume-Uni proclame
sa neutralité, mais des incidents se produisent dans les provinces
de l'Amérique du Nord britannique, provoqués tant par les
Sudistes que par les Yankees. Dans ces provinces, on craint alors que,
le Sud vaincu, les États-Unis ne soient tentés par l'expansion
au nord. William Seward, le secrétaire d'État des États-Unis
est favorable à l'annexion, qui est évoquée par le
parti républicain lors des élections de 1864, et en 1865-1866
le mouvement annexionniste joue un rôle important dans la fin de
la réciprocité (clauses d'avantages mutuels du traité
de réciprocité de 1854).
L'union des provinces
maritimes et du Canada paraît alors indispensable pour leur éviter
d'être absorbées par les États-Unis. Le projet de loi
ci-dessous, présenté par le général Banks,
en faveur de l'annexion de toutes les parties du Canada actuel, est d'ailleurs
adopté par la Chambre des représentants des États-Unis
au mois de juillet 1866. Justifiée ou non, la crainte de l'annexion
joue ainsi un rôle prépondérant dans la naissance de
la Confédération canadienne et dans la nature de sa Constitution.
Témoins de la guerre civile causée par la rupture du compromis
dilatoire de 1787 sur les relations entre les États et l'Union,
John MacDonald et les autres
Pères de la Confédération canadienne décident
d'établir un fédéralisme dans lequel le gouvernement
central devait être plus fort que celui des États-Unis.
Source de la traduction : Bibliothèque et archives
du Canada, 2001.
site web <http://www.collectionscanada.ca/confederation/023001-246-f.html>]
1
Qu'il soit ordonné que le Sénat et la Chambre des représentants
des États-Unis d'Amérique rassemblés au Congrès
demandent au président des États-Unis, l'autorisent à
le faire, quand un avis sera déposé auprès du Secrétariat
d'État à l'effet que les Gouvernements de Grande-Bretagne
et des provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de
l'Île-du-Prince-Édouard, de Terre-Neuve, du Canada, de la
Colombie-Britannique, et de l'île de Vancouver ont accepté
la proposition ci-après faite par les États-Unis, de proclamer
par édit que, à partir de la date de l'avis, les États
de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Canada-Est, du Canada-Ouest,
et les Territoires de Selkirk, de Saskatchewan et de Colombie, suivant
les limites et les droits définis par la loi, sont constitués
et admis comme des États et des Territoires des États-Unis
d'Amérique.
Section 2.
Et qu'il soit de plus ordonné que, à partir de la date à
laquelle la proclamation du président des États-Unis d'Amérique
aura pris effet, les articles ci-après proposés soient des
conditions irrévocables à l'admission des États de
la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Canada-Est, du Canada-Ouest,
et des États futurs de Selkirk, de Saskatchewan et de Colombie,
à savoir :
Article premier
Tous les terrains publics non vendus ou non cédés ; les canaux,
les ports publics, les phares, les quais ; les aménagements des
rivières et des lacs ; l'inventaire des rails de chemin de fer,
et autres dettes dues par les compagnies de chemin de fer ; les postes
de douane, les bureaux de poste deviendront possessions des États-Unis
; mais tous les autres ouvrages et biens publics resteront la propriété
des Gouvernements des États respectifs, ici constitués, en
plus des sommes dues par les acheteurs ou les locataires de terrains et
de mines au moment de l'union.
Article II
En contrepartie des terrains publics, des ouvrages et des biens qu'ils
auront acquis, les États-Unis assumeront et rembourseront la dette
consolidée et les passifs éventuels des anciennes provinces,
à des taux d'intérêt qui n'excéderont pas cinq
pour cent, pour un montant de quatre-vingt-cinq millions sept cent mille
dollars, répartis comme suit : au Canada-Ouest, trente-six millions
cinq cent mille dollars ; au Canada-Est, vingt-neuf millions ; à
la Nouvelle-Écosse, huit millions de dollars ; au Nouveau-Brunswick,
sept millions de dollars ; à Terre-Neuve, trois millions deux cent
mille dollars ; à l'Île-du-Prince-Édouard, deux millions
de dollars ; et en contrepartie du transfert futur par lesdites provinces
aux États-Unis du pouvoir de prélever les droits d'importation
et d'exportation, les États-Unis accorderont une subvention annuelle
de un million six cent quarante-six mille dollars, pour contribuer au paiement
des dépenses locales, répartie comme suit : au Canada-Ouest,
sept cent mille dollars ; au Canada-Est, cinq cent cinquante mille dollars
; à la Nouvelle-Écosse, cent soixante-cinq mille dollars
; au Nouveau-Brunswick, cent vingt-six mille dollars ; à Terre-Neuve,
soixante-cinq mille dollars ; à l'Île-du-Prince-Édouard,
quarante mille dollars.
Article III
Pour les fins de l'organisation de l'État et de sa représentation
au Congrès des États-Unis, Terre-Neuve fera partie du Canada-Est
et l'Île-du-Prince-Édouard de la Nouvelle-Écosse, sauf
que chaque province sera toujours un district de représentation
séparé, et habilité à élire au moins
un membre de la Chambre des représentants, et sauf aussi que les
autorités municipales de Terre-Neuve et de l'Île-du-Prince-Édouard
recevront les indemnités prévues à l'Article II et
payables par les États-Unis.
Article IV
Les divisions territoriales seront établies comme suit : (1) Nouveau-Brunswick,
suivant ses limites actuelles ; (2) Nouvelle-Écosse, avec l'ajout
de l'Île-du-Prince-Édouard ; (3) Canada-Est, avec l'ajout
de Terre-Neuve et tout le territoire à l'est du quatre-vingtième
degré de longitude et au sud du détroit d'Hudson ; (4) Canada-Ouest,
avec l'ajout du territoire au sud de la baie d'Hudson et entre les quatre-vingtième
et quatre-vingt-dixième degrés de longitude ; (5) territoire
de Selkirk, borné à l'est au quatre-vingt-dixième
degré de longitude, au sud par l'ancienne frontière des États-Unis,
à l'ouest par le cent cinquième degré de longitude,
et au nord par le cercle polaire arctique ; (6) territoire de Saskatchewan,
borné à l'est par le cent cinquième degré de
longitude, au sud par le quarante-neuvième degré de latitude
; à l'ouest par les montagnes Rocheuses, et au nord par le soixante-dixième
degré de latitude ; (7) territoire de Colombie, incluant l'île
de Vancouver et l'île de la Reine-Charlotte, borné à
l'est et au nord par les montagnes Rocheuses ; au sud par le quarante-neuvième
degré de latitude, et à l'ouest par l'océan Pacifique
et l'Amérique russe. Mais le Congrès garde le droit de changer
les limites et de subdiviser les zones des territoires de l'Ouest à
sa discrétion.
Article V
Jusqu'à la prochaine révision décennale, la répartition
des membres à la Chambre des représentants se fera comme
suit : Canada-Ouest, douze membres ; Canada-Est, incluant Terre-Neuve,
onze membres ; Nouveau-Brunswick, deux membres ; Nouvelle-Écosse,
incluant l'Île-du-Prince-Édouard, quatre membres.
Article VI
Le Congrès des États-Unis proclamera par loi, en faveur des
Territoires proposés de Selkirk, de Saskatchewan et de Colombie,
toutes les dispositions de la loi organisant le Territoire du Montana,
dans la mesure où elles pourront s'appliquer.
Article VII
Par la construction de nouveaux canaux ou l'élargissement des canaux
existants, et par l'amélioration des bas-fonds, les États-Unis
permettront la navigation sur le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs
possible aux navires jaugeant quinze cents tonneaux qui passeront par le
golfe Saint-Laurent pour se rendre aux lacs Supérieur et Michigan,
sous réserve que les dépenses, sous cet Article, ne dépassent
pas cinquante millions de dollars.
Article VIII
Les États-Unis acquerront la «ÝCompagnie de chemins de fer
européen et de l'Amérique du Nord du MaineÝ» et paieront
la somme de deux millions de dollars après la construction d'une
ligne de chemin de fer ininterrompue entre Bangor dans le Maine et Saint-Jean
au Nouveau-Brunswick, sous réserve que ladite «ÝCompagnie
de chemin de fer européen et de l'Amérique du Nord du MaineÝ»
libérera le Gouvernement des États-Unis de toutes les réclamations
de cette dernière pour les cessions faites aux États du Maine
et du Massachusetts.
Article IX
Pour contribuer à la construction d'un chemin de fer entre Truro,
en Nouvelle-Écosse, et Rivière-du-Loup, en Canada-Est ; et
d'un autre entre la ville d'Ottawa, en passant par Sault Ste. Marie, Bayfield
et Supérieur, au Wisconsin ; Pembina et Fort Garry, sur la rivière
Rouge du Nord ; et la vallée de la rivière Saskatchewan Nord
; et un point sur l'océan Pacifique au nord du quarante-neuvième
degré de latitude, les États-Unis céderont des terrains
situés le long des lignes desdites routes ferroviaires pour un total
de vingt sections, ou de douze mille huit cents âcres pour chaque
mille, qui seront choisis et vendus selon la manière prescrite dans
la
Loi pour aider à la construction du chemin de fer du Pacifique
Nord, approuvée le deux juillet mil huit cent soixante-deux,
et dans les lois conséquemment modifiées ; et en plus desdits
terrains donnés, les États-Unis donneront des dividendes
futurs de cinq pour cent sur les actions de la compagnie qui sera autorisée
ou des compagnies qui seront autorisées par le Congrès à
entreprendre la construction desdits chemins de fer, sous la réserve
que le paiement de telle garantie de dividendes n'excède pas la
somme de trente mille dollars pour chaque mille, et que le Congrès
contrôle les titres pour les avances de fonds.
Article X
Le levé des terrains publics sera exécuté, autant
que faire se peut, suivant le système du Bureau général
des terres des États-Unis ; et dans les territoires à l'ouest
du quatre-vingt-dixième degré de longitude, ou la limite
ouest du Canada-Ouest, les zones seize et trente-six seront cédées
pour encourager l'établissement des écoles, et après
la transformation des territoires en États, cinq pour cent des recettes
nettes provenant de la vente des terrains publics seront versées
dans leurs trésors publics respectifs pour aider à l'aménagement
des routes et des rivières.
Article XI
Les États-Unis paieront dix millions de dollars à la Compagnie
de la Baie d'Hudson en règlement complet des réclamations
faites aux territoires ou juridictions en Amérique du Nord, qu'elles
découlent des statuts de la compagnie ou de tout traité,
loi ou usage.
Article XII
Il reviendra aux législatures du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse,
du Canada-Est et du Canada-Ouest, d'adapter les fonctions et les institutions
locales de ces dits États aux dispositions de la Constitution et
des lois des États-Unis, sujettes à révision par le
Congrès.
Section 3.
Qu'il soit de plus ordonné que si l'Île-du-Prince-Édouard
et Terre-Neuve, ou l'une de ces deux provinces rejettent l'union avec les
États-Unis et que les autres provinces, avec le consentement de
la Grande-Bretagne, acceptent la proposition des États-Unis, les
susdites stipulations en faveur de l'Île-du-Prince-Édouard
et Terre-Neuve seront omises ; mais, en regard de tous les autres aspects,
les États-Unis donneront plein effet au plan de l'union. Si l'Île-du-Prince-Édouard,
Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick rejettent
la proposition, et que le Canada, la Colombie-Britannique et l'île
de Vancouver l'acceptent, avec le consentement de la Grande-Bretagne, la
construction de la ligne de chemin de fer entre Truro et Rivière-du-Loup,
selon les stipulations qui concernent les provinces maritimes, ne fera
pas partie du plan proposé d'union. Si le Canada rejette l'offre,
alors les stipulations en regard des canaux du Saint-Laurent et de la ligne
de chemin de fer entre Ottawa et Sault Ste. Marie, avec la clause canadienne
d'indemnité de dette et de revenu, seront abandonnées. Si
le plan d'union est accepté seulement par le territoire du Nord-Ouest
et les provinces du Pacifique, les États-Unis aideront à
la construction, selon les conditions mentionnées, d'une ligne de
chemin de fer entre l'extrémité ouest du lac Supérieur,
dans l'État du Minnesota, passant à Pembina, Fort Garry et
la vallée de Saskatchewan, et la côte du Pacifique, au nord
du quarante-neuvième degré de latitude, en plus de garantir
tous les droits et les privilèges d'un territoire américain
aux territoires proposés de Selkirk, de Saskatchewan, et de Colombie.
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