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Suisse


Pacte de Brunnen, 9 décembre 1315.

Quelques années après le pacte initial de 1291, les Waldstätten, qui ont pris parti pour Louis de Bavière contre les Habsbourg, sont attaqués par le duc d'Autriche, Léopold Ier. Le 15 novembre 1315, les Cantons tendent une embuscade dans le défilé de Morgarten et toute la chevalerie fidèle aux Habsbourg est écrasée sous les rocs et les troncs d'arbres (1500 tués). Quelques jours plus tard, les trois Cantons renouvellent leur alliance à Brunnen. Le texte du pacte est très proche du précédent. De même, vers la fin du siècle, la victoire de Sempach sur Léopold III, permet de consolider l'Alliance.

Texte tiré de Dumont, Corps universel diplomatique, 1726, tome I, 2e partie, p. 29. L'original est en allemand. Eidgenossen est traduit ici par « allié » ; une traduction moderne préfère « Confédérés ».  


Traité d'Alliance entre les trois Cantons d'Uri, de Schwitz & d'Unterwald, pour la defense et conservation de leurs biens & de leurs personnes.

Fait à Brunnen, le mardi après la St. Nicolas, 1315.

Au nom de Dieu, Amen !
Comme il soit que la mémoire de l'homme soit débile et transitoire, de sorte que facilement l'on oublie les choses qui doivent long temps durer, estant utile et nécesaire, que ce qui est pour la Paix & tranquillité, & pour l'honneur et profit des peuples soit rédigé par escrit ; à cette cause Nous les Paysans d'Ury, de Schwitz & d'Unterwalden faisons sçavoir à tous ceux qui liront et oïrront ces présentes, que considerans & prevoyans les occurences du temps & pour mieux assurer et deffendre nos personnes & nos biens : Nous nous avons perpetuellement et inviolablement par nostre bonne foy et serment ensemble conjoints et assurés, promis et jurez de nous assister , favoriser et ayder les uns les autres avec corps et biens à nos depens dedans et dehors nos pays contre tous ceux qui usent de force ou voudraient user à l'endroit des personnes et biens de nous et des nostres ; Et si aucun dommage advenait à aucun de nous à son corps & à son bien, nous luy assisterons, tant que faire pourrons, à ce que cela soit recompensé amiablement ou par justice.

2. Nous nous sommes aussi résolus par les susdits serments que nul de nous desdits pays ne permettra et n'endurera être gouverné par Seigneurs, ne recevoir aucun Prince & Seigneur, sans l'avis et conseil de l'autre, toutes fois un chacun, soit homme ou femme, sera tenu rendre le devoir et obeissance raisonnable à son vrai Prince et Seigneur, excepté à ceux qui par force voudraient assaillir ou contredire à chose contre équité aucun desdits pays, à ceux là que l'on ne rendra nul devoir ni service jusques à ce qu'ils soient d'accord avec lesdits pays. 

3. Nous avons aussi accordé, que nul desdits pays ni aucun de nous desdits alliés, de soi même ne devra faire serment, ni aucune alliance avec les autres, particulièrement sans le conseil des autres pays et alliés ; pareillement nul de nos susdits alliés, ne tiendra parlement ailleurs à part avec les nostres sans l'avis des autres alliés ou de leur consentement, vu et attendu que les dits trois pays ne sont gouvernés par Seigneurs.

4. Si quelqu'un entreprenait de vouloir trahir aucun desdits pays ou rompre & transgresser ces choses ici escrites, un tel sera tenu pour desloyal et parjure & sera son corps et son bien confisqué audit pays. 

5. Nous avons aussi arresté de non recevoir ou avoir aucun juge qui par argent ou autre bien acheptera l'Office, ou qu'il ne soit de nostre pays.

6. Au cas qu'il survienne differend ou guerre entre nous lesdits Alliez, en ce cas seront ordonnez les plus sages et plus capables pour appaiser et appointer tels differends & guerre, amiablement ou par justice. Et la partie qui s'y acordera, les autres alliez luy assisteront amiablement ou par justice aux depens de l'autre partie, qui ne voudrait obeir.

7. Survenant aussi differend ou guerre entre nous lesdits trois pays, & que l'un d'eux qui auraient differend, n'en voudrait condescendre à la justice ou amiablement, en ce cas le troisieme assistera l'autre, soit par justice ou amiablement. 

8. Si aucuns de nous lesdits alliez faisaient homicide celui perdra aussi la vie , s'il ne preuve qu'il l'ait fait son corps deffendant ; et s'il s'absentait, celui qui le logera, entretiendra ou protegera dedans le pays, iceluy viudera le pays & n'y entrera, jusques à ce que tous les Alliez par commun consentement & advis les y rappelleront. 

9. Si aucun de nous lesdits Alliez temerairement ou par mechanceté endommagerait un autre par feu, un tel ne sera jamais reçu pour paysan ; & celui qui le logera ou entretiendra, supportera le dommage qu'il aurait fait à l'autre. 

10. Nul ne gaigera un autre, si ce n'est un pleige ou fiance & si ne le sera que par consentement de son Juge ; ou chacun aussi doit estre obeissant  à son Juge & monter au Juge dedans le temps celuy devant lequel il se doit presenter, ou qu'il vient demander en droit. 

11. Celuy qui resistera à la Justice, ou qui sera desobeissant, & que à cause de sa desobeissance aucun de nos dits Alliez en fussent interessez, nosdits Alliez le contraindront  à supporter tel dommage et interest. 

12. Et afin que les assurances et choses y dessus escrites demeurent perpetuellement et fermement, nous les susdits Paysans et Alliez d'Ury, de Schwitz et d'Unterwalden avons fait pendre nos sceaux à ces presentes ; qui furent faites à Brunnen, l'an apres la nativite de nostre Seigneur treize cens quinze, le premier mardi apres le jour de Saint Nicolas.


Voici une traduction plus moderne reprise du site Cliotexte : 

CLIOTEXTE, 1997-2010, Patrice Delpin.
http://icp.ge.ch/po/cliotexte/la-confederation-suisse-au-moyen-age/suisse.histoire.1315.html

« Au nom de Dieu, Amen ! Comme la nature est faible et fragile, il arrive que ce qui devrait être durable et perpétuel est bientôt facilement livré à l'oubli; c'est pourquoi il est utile et nécessaire que les choses qui sont établies pour la paix, la tranquillité, l'avantage et l'honneur des hommes, soient mises par écrit et rendues publiques par des actes authentiques.

Ainsi donc, nous d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald faisons savoir à tous ceux qui liront ou entendront ces présentes lettres, que prévoyant et appréhendant des temps fâcheux et difficiles, et afin de pouvoir mieux jouir de la paix et du repos, défendre et conserver nos corps et nos biens, nous nous sommes mutuellement promis de bonne foi et par serment, de nous assister réciproquement de conseils, de secours, de corps et de biens, et à nos frais, contre tous ceux qui feront ou voudront faire injure ou violence à nous et aux nôtres, à nos personnes ou à nos fortunes, de manière que si quelque dommage est porté à la personne ou aux biens de l'un d'entre nous, nous le soutiendrons, pour qu'à l'amiable ou par justice, restitution ou réparation lui soit faite.

De plus, nous promettons par le même serment qu'aucun des trois Pays et nul d'entre nous ne reconnaîtra qui que ce soit pour son seigneur, sans le consentement et la volonté des autres. Du reste chacun de nous, homme ou femme, doit obéir à son seigneur légitime et à la puissance légitime en tout ce qui est juste et équitable, sauf aux seigneurs qui useront de violence envers l'un des Pays, ou qui voudront dominer injustement sur nous, car à tels aucune obéissance n'est due jusqu'à ce qu'ils se soient accordés avec les Pays. Nous convenons aussi entre nous que nul des Pays, ni des Confédérés ne prêtera serment et ne rendra hommage à aucun étranger sans le consentement des autres Pays et Confédérés; qu'aucun Confédéré n'entrera en négociation avec quelque étranger que ce soit sans la permission des autres Confédérés, aussi longtemps que les Pays seront sans seigneur. Que si quelqu'un de nos Pays trahit leurs intérêts, viole ou transgresse un des articles arrêtés et contenus dans le présent acte, il sera déclaré perfide et parjure, et son corps et ses biens seront confisqués au profit des Pays.

Outre cela nous avons aussi convenu de ne recevoir et de n'admettre pour juge aucun homme qui aurait acheté sa charge à prix d'argent ou de quelque autre manière, ou qui ne serait pas notre compatriote. S'il naît ou s'élève quelque différend ou guerre entre les Confédérés, les hommes les plus intègres et les plus prudents se réuniront pour pacifier ce différend ou terminer cette guerre soit à l'amiable, soit par la justice; si l'une des parties s'y refuse, les Confédérés assisteront l'autre pour qu'à l'amiable ou par justice, la dispute soit terminée aux dépens de celle qui aura refusé les moyens de conciliation. Si entre deux Pays survient une querelle ou guerre, et que l'un d'eux ne veuille pas y mettre fin à l'amiable ou par justice, le troisième Pays soutiendra celui qui consentait à un arrangement et lui donnera secours pour que l'affaire se termine de gré ou de force.

Si un des Confédérés en tue un autre, il sera puni de mort, à moins qu'il ne puisse prouver et que les juges ne déclarent qu'il l'a fait par nécessité, pour défendre sa vie. Si le meurtrier s'enfuit, quiconque de notre pays le recevra, lui donnera refuge dans sa maison et le défendra, sera exilé et ne rentrera pas dans sa patrie s'il n'y est rappelé du consentement des Confédérés.

Si un des Confédérés met ouvertement ou en secret et à dessein le feu à la maison d'un autre, il sera banni à perpétuité de notre territoire, et quiconque le recevra dans sa maison, lui donnera asile et protection, sera tenu de réparer le dommage causé par l'incendiaire.

Nul ne pourra prendre des gages que de son débiteur ou de sa caution, et il ne le fera point sans l'autorité du juge. Chacun obéira à son juge et indiquera le juge dans notre pays devant lequel il veut comparaître.

Si quelqu'un refuse de se soumettre à la sentence et que sa désobéissance porte dommage à l'un des Confédérés, ceux-ci le contraindront à l'indemniser.

Et afin que les assurances et les conditions susdites demeurent stables et perpétuelles, nous, ci-dessus nommés, citoyens et Confédérés d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald, avons apposé nos sceaux au présent acte fait à Brunnen, l'an 1315 de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, le premier mardi après le jour de Saint-Nicolas [9 décembre] . »

Antoine Castell, Les chartes fédérales de Schwyz, Einsiedeln, 1938, pp. 44-47.



Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
voir la fiche Suisse.

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Jean-Pierre Maury