Luxembourg

[Le Luxembourg fut attribué au roi des Pays-Bas par l'article 67 de l'acte du Congrès de Vienne du 9 juin 1815. Les Luxembourgeois furent représentés à partir de 1816 aux États-Généraux du Royaume-Uni des Pays-Bas. Au moment de l'indépendance de la Belgique, en 1830, la présence prussienne dans la forteresse de Luxembourg permit au roi Guillaume Ier de conserver une partie du Grand-Duché. Le démembrement du Luxembourg fut accepté par le Roi Grand-Duc par le traité de Londres du 19 avril 1839.
    Guillaume II tire les conséquences des événements et afin de se conformer aux aux dispositions de la Confédération germanique, dont le grand-duché demeure membre, lui accorde une constitution d'États par l'ordonnance du 12 octobre 1841. En 1848, il accepte de même une évolution du régime, tant aux Pays-Bas qu'au Luxembourg. Mais une nouvelle Constitution, moins libérale, est promulguée en 1856 par Guillaume III, sur injonction de la Confédération germanique.
    C'est
la conférence de Londres de 1867 qui reconnaît la pleine indépendance et la neutralité du Luxembourg, à la suite de la dissolution de la Confédération germanique provoquée par la Prusse qui, après sa victoire sur l'Autriche à Sadowa, forme la Confédérationde l'Allemagne du Nord. Le Roi Grand-Duc, en accord avec l'Assemblée, modifia alors la Constitution dans un sens plus libéral en rétablissant certaines dispositions de la Constitution de 1848. Cette Constitution du 17 octobre 1868, maintes fois modifiée, est toujours en vigueur. Cependant la mort du roi Guillaume III, le 23 novembre 1890, a mis fin à l'union personnelle entre le Luxembourg et les Pays-Bas. Tandis que la fille du défunt, Wilhelmine, héritait la couronne des Pays-Bas passait à  le Grand-Duché revint au duc Adolphe de Nassau, la succession à la couronne de Luxembourg étant alors réglée par la loi salique.
Source du fichier : Le texte de la Constitution fut publié (en allemand et en français) par le Mémorial du Grand-Duché n° 23 du jeudi 22 octobre 1868, p. 220.]
Voir la version consolidée de la Constitution de 1868.

Chapitre premier.
Du territoire et du Roi Grand-Duc.

Article premier.

Le Grand-Duché de Luxembourg forme un État indépendant, indivisible et inaliénable et perpétuellement neutre.

Article 2.

Les limites et chefs-lieux des arrondissements judiciaires ou administratifs, des cantons et des communes ne peuvent être changés qu'en vertu d'une loi.

Article 3.

La Couronne du Grand-Duché est héréditaire dans la famille de Nassau, conformément au pacte du 30 juin 1783, à l'article 71 du traité de Vienne du 9 juin 1815 et à l'article 1er du traité de Londres du 11 mai 1867.

Article 4.

La personne du Roi Grand-Duc est sacrée et inviolable.

Article 5.

Le Grand-Duc de Luxembourg est majeur à l'âge de dix-huit ans accomplis. Lorsqu'il prend les rênes du Gouvernement, il prête, aussitôt que possible, en présence de la Chambre des députés ou d'une députation nommée par elle, le serment suivant :
« Je jure d'observer la Constitution et les lois du Grand-Duché de Luxembourg, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire ainsi que la liberté publique et individuelle, comme aussi les droits de tous et de chacun de mes sujets, et d'employer à la conservation et à l'accroissement de la prospérité générale et particulière, ainsi que le doit un bon Souverain, tous les moyens que les lois mettent à ma disposition.
Ainsi Dieu me soit en aide ! . »

Article 6.

Si, à la mort du Roi Grand-Duc, son successeur est mineur, la régence est exercée conformément au pacte de famille.

Article 7.

Si le Roi Grand-Duc se trouve dans l'impossibilité de régner, il est pourvu à la régence comme dans le cas de minorité.

En cas de vacance du Trône, la Chambre pourvoit provisoirement à la régence.

Une nouvelle Chambre, convoquée en nombre double dans le délai de trente jours, pourvoit définitivement à la vacance.

Article 8.

Lors de son entrée en fonctions, le Régent prête le serment suivant :
Je juré fidélité au Roi Grand-Duc ; je jure d'observer la Constitution et les lois du pays.
Ainsi Dieu me soit en aide ! »

Chapitre II
Des Luxembourgeois et de leurs droits.

Article 9.

La qualité de Luxembourgeois s'acquiert, se conserve et se perd d'après les règles déterminées par la loi civile.

La présente Constitution et les autres lois relatives aux droits politiques, déterminent quelles sont, outre cette qualité, les conditions nécessaires pour l'exercice de ces droits.

Article 10.

La naturalisation est accordée par le pouvoir législatif. Elle assimile l'étranger au Luxembourgeois, pour L'exercice des droits politiques.

La naturalisation accordée au père profite à son enfant mineur, si celui-ci déclare, dans les deux années de sa majorité, vouloir revendiquer ce bénéfice.

Article 11.

Il n'y a dans l'État aucune distinction d'ordres.

Les Luxembourgeois sont égaux devant la loi ; seuls ils sont admissibles aux emplois civils et militaires, sauf les exceptions qui peuvent être établies par une loi, pour des cas particuliers.

Article 12. 

La liberté individuelle est garantie.

Nul ne peut être poursuivi que dans les cas prévus par la loi, et dans la forme qu'elle prescrit.

Hors le cas de flagrant délit, nul ne peut être arrêté qu'en vertu de l'ordonnance motivée du juge, qui doit être signifiée au moment de l'arrestation, ou au plus tard dans les vingt-quatre heures.

Article 13.

Nul ne peut être distrait, contre son gré, du juge que la loi lui assigne.

Article 14.

Nulle peine ne peut être établie ni appliquée qu'en vertu de la loi.

Article 15.

Le domicile est inviolable. Aucune visite domiciliaire ne peut avoir lieu que dans les cas prévus par la loi et dans la forme qu'elle prescrit.

Article 16.

Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique, dans les cas et de la manière établis par la loi et moyennant une juste et préalable indemnité.

Article 17.

La peine de la confiscation des biens ne peut être établie.

Article 18.

La peine de mort en matière politique, la mort civile et la flétrissure sont abolies.

Article 19.

La liberté des cultes, celle de leur exercice public ainsi que la liberté de manifester ses opinions religieuses, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés.

Article 20.

Nul ne peut être contraint de concourir d'une manière quelconque aux actes et aux cérémonies d'un culte ni d'en observer les jours de repos.

Article 21.

Le mariage civil devra toujours précéder la bénédiction nuptiale.

Article 22.

L'intervention de l'État dans la nomination et l'installation des chefs des cultes, le mode de nomination et de révocation des autres ministres des cultes, la faculté pour les uns et les autres de correspondre avec leurs supérieurs et de publier leurs actes, ainsi que les rapports de l'Église avec l'État, font l'objet de conventions à soumettre à la Chambre des députés pour les dispositions qui nécessitent son intervention.

Article 23.

L'État veille à ce que tout Luxembourgeois reçoive l'instruction primaire.

Il crée des établissements d'instruction moyenne et les cours d'enseignement supérieur nécessaires.

La loi détermine les moyens de subvenir à l'instruction publique, ainsi que les conditions de surveillance par le Gouvernement et les communes ; elle règle pour le surplus tout ce qui est relatif à l'enseignement.

Tout Luxembourgeois est libre de faire ses études dans le Grand-Duché ou à l'étranger et de fréquenter les universités de son choix, sauf les dispositions de la loi sur les conditions d'admission aux emplois ou à l'exercice de certaines professions.

Article 24.

La liberté de manifester ses opinions par la parole en toutes matières, et la liberté de la presse sont garanties, sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'exercice de ces libertés.

La censure ne pourra jamais être établie. Il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. 

Le droit de timbre des journaux et écrits périodiques indigènes est aboli.

L'éditeur, l'imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi si l'auteur est connu, s'il est Luxembourgeois et domicilié dans le Grand-Duché.

Article 25.

Les Luxembourgeois ont le droit de s'assembler paisiblement et sans armes, en se conformant aux lois qui règlent l'exercice de ce droit, sans pouvoir le soumettre à une autorisation préalable. Cette disposition ne s'applique pas aux rassemblements en plein air, politiques, religieux ou autres ; ces rassemblements restent entièrement soumis aux lois et règlements de police.

Article 26.

Les Luxembourgeois ont le droit de s'associer. Ce droit ne peut être soumis à aucune autorisation préalable.

L'établissement de toute corporation religieuse doit être autorisé par une loi.

Article 27.

Chacun a le droit d'adresser aux autorités publiques, des pétitions signées par une ou plusieurs personnes. Les autorités constituées ont seules le droit d'adresser des pétitions en nom collectif.

Article 28.

Le secret des lettres est inviolable.

La loi détermine quels sont les agents responsables de la violation du secret des lettres confiées à la poste.

La loi réglera la garantie à donner au secret des télégrammes.

Article 29.

L'emploi des langues allemande et française est facultatif. L'usage n'en peut être limité.

Article 30.

Nulle autorisation préalable n'est requise pour exercer des poursuites contre les fonctionnaires publics, pour faits de leur administration, sauf ce qui est statué à l'égard des membres du Gouvernement.

Article 31.

Les fonctionnaires publics, à quelque ordre qu'ils appartiennent, les membres du Gouvernement exceptés, ne peuvent être privés de leurs fonctions, honneurs et pensions que de la manière déterminée par la loi.

Chapitre III.
De la puissance souveraine.

Article 32.

Le Roi Grand-Duc exerce la puissance souveraine conformément à la présente Constitution et aux lois du pays.

1. De la prérogative du Roi Grand-Duc.

Article 33.

Le Roi Grand-Duc exerce seul le pouvoir exécutif.

Article 34.

Le Roi Grand-Duc sanctionne et promulgue les lois. Il fait connaître Sa résolution dans les six mois du vote de la Chambre.

Article 35.

Le Roi Grand-Duc nomme aux emplois civils et militaires, conformément à la loi, et sauf les exceptions établies par elle.

Aucune fonction salariée par l'État ne peut être créée qu'en vertu d'une disposition législative.
 

Article 36.

Le Roi Grand-Duc fait les règlements et arrêtés nécessaires pour l'exécution des lois, sans pouvoir jamais ni suspendre les lois elles-mêmes, ni dispenser de leur exécution.

Article 37.

Le Roi Grand-Duc commande la force armée, déclare la guerre et fait les traités. Il en donne connaissance à la Chambre, aussitôt que l'intérêt et la sûreté de l'État le permettent, en y joignant les communications convenables.

Les traités de commerce et ceux qui pourraient grever l'État ou lier individuellement des Luxembourgeois, et en général tous ceux portant sur une matière qui ne peut être réglée que par une loi, n'ont d'effet qu'après avoir reçu l'assentiment de la Chambre. 

Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi. 

Dans aucun cas, les articles secrets d'un traité ne peuvent être destructifs des articles patents.

Article 38.

Le Roi Grand-Duc a le droit de remettre ou de réduire les peines prononcées par les juges, sauf ce qui est statué relativement aux membres du Gouvernement.

Article 39.

Le Roi Grand-Duc a le droit de battre monnaie, en exécution de la loi.

Article 40.

Le Roi Grand-Duc a le droit de conférer des titres de noblesse, sans pouvoir jamais y attacher aucun privilège.

Article 41.

Le Roi Grand-Duc confère les ordres civils et militaires, en observant à cet égard ce que la loi prescrit.

Article 42.

Le Roi Grand-Duc peut se faire représenter par un Prince du sang qui aura le titre de Lieutenant du Roi et résidera dans le Grand-Duché.

Ce représentant prêtera serment d'observer la Constitution avant d'exercer ses pouvoirs.

Article 43.

La liste civile est fixée à deux cent mille francs par an. Elle peut être changée par la loi au commencement de chaque règne. 

Article 44.

L'Hôtel de Gouvernement à Luxembourg et le château de Walferdange sont affectés à l'habitation du Roi Grand-Duc pendant son séjour dans le pays.

Article 45.

Les dispositions du Roi Grand-Duc doivent être contresignées par un Conseiller de la Couronne responsable, à l'exception de celles qui ont pour objet la collation à des étrangers de décorations non destinées à récompenser des services rendus au Grand-Duché.

2. De la législation.

Article 46.

L'assentiment de la Chambre des députés est requis pour toute loi.

Article 47.

Le Roi Grand-Duc adresse à la Chambre les propositions ou projets de lois qu'il veut soumettre à son adoption.

La Chambre a le droit de proposer au Roi Grand-Duc des projets de lois. 

Article 48.

L'interprétation des lois par voie d'autorité ne peut avoir lieu que par la loi.

3. De la justice.

Article 49.

La justice est rendue au nom du Roi Grand-Duc par les cours et tribunaux.

Les arrêtés et jugements sont exécutés au nom du Roi Grand-Duc

Chapitre IV
De la Chambre des députés.

Article 50.

La Chambre des députés représente le pays.

Les députés votent sans en référer à leurs commettants et ne peuvent avoir en vue que les intérêts généraux du Grand-Duché.

Article 51.         

L'organisation et le mode d'élection de la Chambre sont réglés par la loi.

La loi électorale fixe le nombre des députés d'après la population. Ce nombre ne peut excéder un député sur quatre mille habitants, ni être inférieur à un député sur cinq mille cinq cents habitants.

L'élection est directe,

Article 52.

Pour être électeur ou éligible, il faut :
1° Être Luxembourgeois de naissance ou être naturalisé ;
2° Jouir des droits civils et politiques ;
3° Être âgé de 25 ans accomplis ;
4° Être domicilié dans le Grand-Duché.

Aucune autre condition d'éligibilité ne peut être requise.

Pour être électeur, il faut réunir à ces quatre conditions celles déterminées par la loi et payer en outre le cens à fixer, lequel ne pourra excéder trente francs ni être inférieur à dix francs.

Article 53.

Ne peuvent être ni électeurs ni éligibles :
1° Les condamnés à des peines afflictives ou infamantes ;
2° Ceux qui ont été condamnés pour vol, escroquerie ou abus de confiance ;
3° Ceux qui obtiennent des secours d'un établissement de bienfaisance publique ;
4° Ceux qui sont en état de faillite déclarée, les banqueroutiers et interdits, et ceux auxquels il a été nommé un conseil judiciaire.

Article 54.

Le mandat de député est incompatible :
1° Avec les fonctions de membre du Gouvernement ;
2° Avec celles de magistrat du parquet ;
3° Avec celles de membre de la chambre des comptes ;
4° Avec celles de commissaire de district ;
5° Avec celles de receveur ou agent comptable de l'État ;
6° Avec les fonctions militaires au-dessous du grade de capitaine.

Les fonctionnaires se trouvant dans un cas d'incompatibilité ont le droit d'opter entre le mandat leur confié et leurs fonctions.

Article 55.

Les incompatibilités prévues par l'article précédent ne font pas obstacle à ce que la loi n'en établisse d'autres dans l'avenir.

Article 57.

Les députés sont élus pour six ans. Ils sont renouvelés par moitié tous les trois ans, d'après l'ordre des séries déterminé par la loi électorale.

En cas de dissolution, la Chambre des députés est renouvelée intégralement

Article 57.

La Chambre vérifie les pouvoirs de ses membres et juge les contestations qui s'élèvent à ce sujet.

A leur entrée en fonctions ils prêtent le serment qui suit :
« Je jure fidélité au Roi Grand-Duc, obéissance à la Constitution et aux lois de l'État.
Ainsi Dieu me soit en aide ! »

Ce serment est prêté en séance publique, entre les mains du président de la Chambre.

Article 58.

Le député, nommé par le Gouvernement à un emploi salarié qu'il accepte, cesse immédiatement de siéger, et ne reprend ses fonctions qu'en vertu d'une nouvelle élection.

Article 59.

Toutes les lois sont soumises à un second vote, à moins que la Chambre, d'accord avec le Conseil d'État, siégeant en séance publique, n'en décide autrement.

Il y aura un intervalle d'au moins trois mois entre les deux votes.

Article 60.

A chaque session, la Chambre nomme son président et son vice-président et compose son bureau.

Article 61.

Les séances de la Chambre sont publiques, sauf les exceptions à déterminer par le règlement.

Article 62.

Toute résolution est prise à la majorité absolue des suffrages. En cas de partage des voix, la proposition mise en délibération est rejetée. 

La Chambre ne peut prendre de résolution qu'autant que la majorité de ses membres se trouve réunie.

Article 63.

Les votes sont émis à haute voix, ou par assis et levé. Sur l'ensemble des lois, il est toujours voté par appel nominal et à haute voix.

Article 64.

La Chambre a le droit d'enquête. La loi règle l'exercice de ce droit. 

Article 65.

Un projet de loi ne peut être adopté par la Chambre qu'après avoir été voté article par article.

Article 66.

La Chambre a le droit d'amender et de diviser les articles et les amendements proposés.

Article 67.

Il est interdit de présenter en personne des pétitions à la Chambre.

La Chambre a le droit de renvoyer aux membres du Gouvernement les pétitions qui lui sont adressées.

Les membres du Gouvernement donneront des explications sur leur contenu, chaque fois que la Chambre le demandera.

La Chambre ne s'occupe d'aucune pétition ayant pour objet des intérêts individuels, à moins qu'elle ne tende au redressement de griefs résultant d'actes illégaux posés par le Gouvernement ou les autorités, ou que la décision à
intervenir ne soit de la compétence de la Chambre.

Article 68.

Aucun député ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions et votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.

Article 69.

Aucun député ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi ni arrêté en matière de répression, qu'avec l'autorisation de la Chambre, sauf le cas de flagrant délit.

Aucune contrainte par corps ne peut être exercée contre un de ses membres, durant la session, qu'avec la même autorisation.

La détention ou la poursuite d'un député est suspendue pendant la session et pour toute sa durée, si la Chambre le requiert.

Article 70.

La Chambre détermine par son règlement le mode suivant lequel elle exerce ses attributions.

Article 71.

Les séances de la Chambre sont tenues dans le lieu de la résidence de l'administration du Grand-Duché.

Article 72.

La Chambre se réunit chaque année en session ordinaire, à l'époque fixée par le règlement.

Le Roi Grand-Duc peut convoquer la Chambre extraordinairement.

Toute session est ouverte et close par le Roi Grand-Duc en personne, ou bien, en Son Nom, par un fondé de pouvoirs nommé à cet effet.

Article 73.

Le Roi Grand-Duc peut ajourner la Chambre. Toutefois, l'ajournement ne peut excéder le terme d'un mois, ni être renouvelé dans la même session, sans l'assentiment de la Chambre.

Article 74.

Le Roi Grand-Duc peut dissoudre la Chambre.

Il est procédé à de nouvelles élections dans les trois mois au plus tard de la dissolution.

Article 75.

Il est alloué sur le trésor de l'État, à chaque député, à titre d'indemnité, une somme de cinq francs par jour de présence ou de déplacement. Ceux qui habitent la ville où se tient la session ne jouissent d'aucune indemnité.

Chapitre V.
Du Gouvernement du Grand-Duché.

Article 76.

Le Roi Grand-Duc règle l'organisation de son Gouvernement, lequel est composé de trois membres au moins..

Il y aura, à côté du Gouvernement, un conseil appelé à délibérer sur les projets de loi et les amendements qui pourraient y être proposés, à régler les questions du contentieux administratif et à donner son avis sur toutes autres questions qui lui seront déférées par le Roi Grand-Duc ou par les lois.

L'organisation de ce conseil et la manière d'exercer ses attributions sont réglées par la loi.

Article 77.

Le Roi Grand-Duc nomme et révoque les membres du Gouvernement.

Article 78.

Les membres du Gouvernement sont responsables.

Article 79.

Il n'y a entre les membres du Gouverneraient et le Roi Grand-Duc aucune autorité intermédiaire.

Article 80.

Les membres du Gouvernement ou les commissaires qui les remplacent ont entrée dans la Chambre, et doivent être entendus quand ils le demandent.

La Chambre peut demander leur présence.

Article 81.

En aucun cas, l'ordre verbal ou écrit du Roi Grand-Duc ne peut soustraire un membre du Gouvernement à la responsabilité.

Article 82.

La Chambre a le droit d'accuser les membres du Gouvernement.

Une loi déterminera les cas de responsabilité, les peines à infliger et le mode de procéder, soit sur l'accusation admise par la Chambre, soit sur la poursuite des parties lésées.

Article 83.

Le Roi Grand-Duc ne peut faire grâce au membre du Gouvernement condamné, que sur la demande de la Chambre.

Chapitre VI.
De la justice.

Article 84.

Les contestations qui ont pour objet des droits civils, sont exclusivement du ressort des tribunaux.

Article 85.

Les contestations qui ont pour objet des droits politiques, sont du ressort des tribunaux, sauf les exceptions établies par la loi.

Article 86.

Nul tribunal, nulle juridiction contentieuse ne peut être établi qu'en vertu d'une loi. Il ne peut être créé de commissions ni de tribunaux extraordinaires, sous quelque dénomination que ce soit.

Article 87.

Il est pourvu par une loi à l'organisation d'une Cour supérieure de justice.

Article 88.

Les audiences des tribunaux sont publiques, à moins que cette publicité ne soit dangereuse pour l'ordre ou les moeurs, et, dans ce cas, le tribunal le déclare par un jugement.

Article 89.

Tout jugement est motivé. Il est prononcé en audience publique.

Article 90.

Les juges de paix et les juges des tribunaux sont directement nommés par le Roi Grand-Duc.

Les conseillers de la cour et les présidents et vice-présidents des tribunaux d'arrondissements sont nommés par le Roi Grand-Duc, sur l'avis de la Cour supérieure de justice.

Article 91.

Les juges des tribunaux d'arrondissements et les conseillers sont nommés à vie.

Aucun d'eux ne peut être privé de sa place ni suspendu que par un jugement.

Le déplacement d'un de ces juges ne peut avoir lieu que par une nomination nouvelle et de son consentement.

Toutefois, en cas d'infirmité ou d'inconduite, il peut être suspendu, révoqué ou déplacé, suivant les conditions déterminées par la loi.

Article 92.

Les traitements des membres de l'ordre judiciaire sont fixés par la loi.

Article 93.

Sauf les cas d'exception prévus par la loi, aucun juge ne peut accepter du Gouvernement des fonctions salariées, à moins qu'il ne les exerce gratuitement , sans préjudice toutefois aux cas d'incompatibilité déterminés par la loi. 

Article 94.

Des lois particulières règlent l'organisation des tribunaux militaires, leurs attributions, les droits et obligations des membres de ces tribunaux, et la durée de leurs fonctions.

Il peut y avoir des tribunaux de commerce dans les lieux déterminés par la loi. Elle règle leur organisation, leurs attributions, le mode de nomination de leurs membres, et la durée des fonctions de ces derniers.

Article 95.

Les cours et tribunaux n'appliquent les arrêtés et règlements généraux et locaux qu'autant qu'ils sont conformes aux lois.

La Cour supérieure de justice règlera les conflits d'attribution d'après le mode déterminé par la loi.

Chapitre VII.
De la force publique.

Article 96.

Tout ce qui concerne la force armée est réglé par la loi.

Article 97.

L'organisation et les attributions de la gendarmerie font l'objet d'une loi.

Article 98.

Il peut être formé une garde civique, dont l'organisation est réglée par la loi.

Chapitre VIII.
Des finances.

Article 99.

Aucun impôt au profit de l'État ne peut être établi que par une loi.

Aucun emprunt à charge de l'État ne peut être contracté sans l'assentiment de la Chambre.

Aucune propriété immobilière de l'État ne peut être aliénée, si l'aliénation n'en est autorisée par la loi.

Nulle création au profit de l'État d'une route, d'un canal, d'un chemin de fer, d'un grand pont ou d'un bâtiment considérable, ne peut être décrétée qu'en venu d'une loi spéciale.

Aucune charge grevant le budget de l'État pour plus d'un exercice ne peut être établie que par une loi spéciale.

Aucune charge, aucune imposition communale ne peut être établie que du consentement du conseil communal.

La loi détermine les exceptions dont l'expérience démontrera la nécessité, relativement aux impositions communales.

Article 100.

Les impôts au profit de l'État sont votés annuellement.

Les lois qui les établissent n'ont de force que pour un an, si elles ne sont renouvelées. 

Article 101.

Il ne peut être établi de privilège en matière d'impôts. Nulle exemption ou modération ne peut être établie que par une loi.

Article 102.

Hors les cas formellement exceptés par la loi, aucune rétribution ne peut être exigée des citoyens ou des établissements publics qu'à titre d'impôt au profit de l'État ou de la commune.

Article 103.

Aucune pension, aucun traitement d'attente, aucune gratification à la charge du trésor ne peuvent être accordés qu'en vertu de la loi.

Article 104.

Chaque année la Chambre arrête la loi des comptes et vote le budget.

Toutes les recettes et dépenses de l'État doivent être portées au budget et dans les comptes.

Article 105.

Une Chambre des comptes est chargée de l'examen et de la liquidation des comptes de l'administration générale et de tous les comptables envers le trésor public.

La loi règle son organisation, l'exercice de ses attributions et le mode de nomination de ses membres.

La Chambre des comptes veille à ce qu'aucun article de dépenses du budget ne soit dépassé.

Aucun transfert d'une section du budget à  l'autre ne peut être effectué qu'en vertu d'une loi.

Cependant les membres du Gouvernement peuvent opérer, dans leurs services, des transferts d'excédants d'un article à l'autre dans la même section, à charge d'en justifier devant la Chambre des députés.

La Chambre des comptes arrête les comptes des différentes administrations de l'État et est chargée de recueillir à cet effet tout renseignement et toute pièce comptable nécessaire. Le compte général de l'État est soumis à la Chambre des députés avec les observations de la Chambre des comptes.

Article 106.

Les traitements et pensions des ministres des cultes sont à charge de l'État et réglés par la loi.

Chapitre IX.
Des communes.

Article 107.

Il y aura dans chaque commune un conseil communal élu directement par les habitants ayant les qualités requises pour être électeurs ; la composition, l'organisation et les attributions de ce conseil sont réglées par la loi.

Le bourgmestre est nommé et révoqué par le Roi Grand-Duc, qui peut le choisir hors du sein du conseil.

Le conseil communal décide sur tout ce qui est d'intérêt purement communal, sauf l'approbation de ses actes dans les cas et suivant le mode que la loi détermine.

Les agents ou employés communaux, ceux de la police municipale, forestière et rurale, sont nommés et révoqués de la manière déterminée par la loi.

Aucune imposition communale ne peut être établie ou supprimée sans l'autorisation du Roi Grand-Duc.

Les comptes et budgets sont rendus publics.

Le Roi Grand-Duc peut suspendre ou annuler les actes des autorités communales qui excèdent leurs attributions ou qui sont contraires à la loi ou à l'intérêt général. La loi règle les suites de cette suspension ou annulation.

Le Roi Grand-Duc a le droit de dissoudre le conseil.

Article 108.

La rédaction des actes de l'état civil et la tenue des registres sont exclusivement dans les attributions des autorités communales.

Chapitre X.
Dispositions générales.

Article 109.

La ville de Luxembourg est la capitale du Grand-Duché et le siège du Gouvernement.

Le siège du Gouvernement ne peut être déplacé que momentanément pour des raisons graves.

Article 110.

Aucun serment ne peut être imposé qu'en vertu de la loi ; elle en détermine la formule.

Tous les fonctionnaires publics civils, avant d'entrer en fonctions, prêtent le serment suivant :
«Je jure fidélité au Roi Grand-Duc, obéissance à la Constitution et aux lois de l'État.
Ainsi Dieu me soit en aide ! »

Article 111.

Tout étranger qui se trouve sur le territoire du Grand-Duché, jouit de la protection accordée aux personnes et aux biens, sauf les exceptions établies par la loi.

Article 112.

Aucune loi, aucun arrêté ou règlement d'administration générale ou communale, n'est obligatoire, qu'après avoir été publié dans la forme déterminée par la loi.

Article 113.

Aucune disposition de la Constitution ne peut être suspendue.

Article 114.

Le pouvoir législatif a le droit de déclarer qu'il y a lieu de procéder à la révision de telle disposition constitutionnelle qu'il désigne.

Après cette déclaration, la Chambre est dissoute de plein droit.

Il en sera convoqué une nouvelle, conformément à l'art. 74 de la présente Constitution.

Cette Chambre statue, de commun accord avec le Roi Grand-Duc, sur les points soumis à la révision.

Dans ce cas , la Chambre ne pourra délibérer, si trois quarts au moins des membres qui la composent ne sont présents, et nul changement ne sera adopté, s'il ne réunit au moins les deux tiers des suffrages.

Article 115.

Aucun changement à la Constitution ne peut être fait pendant une régence.

Chapitre XI.
Dispositions transitoires et supplémentaires

Article 116.

Jusqu'à ce qu'il y soit pourvu par une loi, la Chambre des députés aura un pouvoir discrétionnaire, pour accuser un membre du Gouvernement, et la Cour supérieure, en assemblée générale, le jugera, en caractérisant le délit et en déterminant la peine.

Néanmoins, la peine ne pourra excéder celle de la réclusion, sans préjudice des cas expressément prévus par les lois pénales.

Les conseillers de la Cour faisant partie de la Chambre, s'abstiendront de toute participation à la procédure et au jugement.

Article 117.

A compter du jour où la Constitution sera exécutoire, toutes les lois, tous les décrets, arrêtés, règlements et autres actes qui y sont contraires, sont abrogés.

Article 118.

La peine de mort, abolie en matière politique, est remplacée par la peine immédiatement inférieure, jusqu'à ce qu'il y soit statué par la loi nouvelle.

Article 119.

En attendant la conclusion des conventions prévues à l'article 22, les dispositions actuelles relatives aux cultes restent en vigueur.

Article 120.

Jusqu'à la promulgation des lois et règlements prévus par la Constitution, les lois et règlements actuellement en vigueur, continuent à être appliqués.

Article 121.

La Constitution d'États du 12 octobre 1841 est abolie.

Toutes les autorités conservent et exercent leurs attributions, jusqu'à ce qu'il y ait été autrement pourvu, conformément à la Constitution.

 Au Loo, le 17 octobre 1868.

Guillaume.

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 Jean-Pierre Maury