Portugal


Lois de Lamego.

    Henri de Bourgogne reçut le comté de Portugal, entre Douro et Minho, de son beau-père Alphonse VI, roi de Léon et Castille (1095). Alphonse le Conquérant, son fils, après que le Christ lui fût apparu et l'ait salué du titre de roi (réçit de miracle analogue à ceux du pont Milvius et de Tolbiac), remporta la fameuse bataille d'Ourique, le jour de Santiago (25 juillet 1139), et fut proclamé roi sur le champ de bataille. Ce titre fut confirmé par les Cortès réunies à Lamego, en 1139 ou 1143, qui, selon la tradition, donnèrent au pays les lois qui réglèrent la succession au trône et fixèrent, selon le texte, les lois de noblesse et les lois de justice. Le roi devint alors vassal du Saint-Siège, fut reconnu par le roi de Léon et Castille (traité de Zamora, 5 octobre 1143) et bientôt mis en possession de Lisbonne (1147).
    Le Portugal joua un grand rôle dans les grandes découvertes maritimes des XVe et XVIe siècles, qui lui permirent d'acquérir un vaste empire colonial, dont les limites furent tracées par la bulle du pape Alexandre VI et par le traité de Tordesillas (7 juin 1494), avec notamment la découverte du Brésil par Cabral en 1500. Mais une crise dynastique permit à Philippe II d'Espagne d'obtenir la couronne portugaise en 1580.
    Le soulèvement national de 1640, avec le soutien de la France et de l'Angleterre, donna le trône au duc de Bragance. Les lois de Lamego furent rétablies par les Cortès, le 26 janvier 1641, et devaient, en principe, régir le Portugal  jusqu'au début du XIXe siècle. Mais les Cortès sont alors rarement réunies, l'absolutisme est établi, et le Portugal placé sous le quasi protectorat de l'Angleterre (traité de Methuen, 27 décembre 1703).
Sources : Il n'existe pas de document authentique, mais seulement des copies tardives de ces lois. La traduction (abrégée) est tirée de l'Encyclopédie théologique de l'abbé Migne. Dictionnaire des sciences politiques et sociales, Ott, tome 3,1855.
Voir le document en latin et portugais à : http://www.angelfire.com/pq/unica/monumenta_1139_acta_das_cortes_de_lamego.htm ou à
http://www.arqnet.pt/portal/portugal/documentos/actas_cortes_lamego.html  
Voir la Constitution de 1822.

1. Que le seigneur Alphonse, notre roi, vive et qu'il règne sur nous. S'il a des enfants mâles, qu'ils soient nos rois : le fils succédant au père ; après le fils, le petit-fils ; ensuite le fils du petit-fils et ainsi de suite jusqu'à la fin des siècles.

2. Si le fils aîné du roi meurt pendant la vie de son père, le second fils, après la mort du roi son père, sera notre roi ; si le second meurt, le troisième sera roi et ainsi de tous les autres fils qui succéderont les uns aux autres.

3. Si le roi meurt sans enfant, le frère du roi s'il en a un, sera notre roi, mais après sa mort, son fils ne pourra succéder à la royauté, à moins que les évêques, les gouverneurs des villes et les chefs de la noblesse ne l'élisent ; alors ce sera notre roi, sans quoi il ne pourra l'être.

4. Si le roi de Portugal n'a point d'enfant mâle et qu'il ait une fille, elle sera reine après la mort du roi, pourvu qu'elle se marie avec un seigneur portugais ; lequel ne portera le nom de roi que quand il aura un enfant mâle de la reine. Quand il sera dans la compagnie de la reine, il se placera à sa main gauche et ne mettra point la couronne royale sur sa tête.

5. Que cette loi soit toujours observée, savoir que la fille aînée du roi n'ait point d'autre mari qu'un seigneur portugais, afin que le royaume ne puisse jamais passer dans des mains étrangères. Si la fille du roi épousait un prince ou seigneur d'une nation étrangère, elle ne sera point reconnue pour reine, parce que nous ne voulons point que nos peuples soient obligés d'obéir à un roi qui ne serait pas né Portugais.

6. Tous ceux qui descendront de la reine, de ses fils et petit-fils, seront très nobles. Tout portugais, pourvu qu'il ne soit ni maure ni juif, qui aura délivré le roi de quelque péril, sera noble. S'il a été pris par les infidèles et qu'il demeure constamment attaché à la loi de Jésus-Christ, ses enfants seront nobles. Celui qui aura tué le roi des ennemis, ou son fils , ou fait prisonnier son écuyer, sera noble. Toute l'ancienne noblesse conservera son rang, telle qu'elle le possédait. Tous ceux qui ont combattu à la bataille d'Ourique seront toujours nobles et appelés ses sujets par son excellence.

7. Si des personnes nobles se sont enfuies du combat, si elles ont frappé une femme de leur épée ou de leur lance ; si elles n'ont pas délivré dans l'occasion d'un péril, le roi, son fils ou son écuyer, pouvant le faire, si elles ont porté de faux témoignages ; si elles ont déguisé la vérité au roi ; si elles ont mal parlé de la reine et de ses filles ; si elles ont volé, blasphémé contre Dieu et Jésus-Christ, ou attenté à la vie du roi, elles seront dégradées, elles et leur postérité, de leur noblesse.

8. Que tout homme ou toute femme qui aurait volé deux fois, serait exposé ou exposée à demi nu ou nue dans une place publique ; qu'à la troisième fois on lui mette un écrit sur le front qui apprendrait au passant que c'est un voleur et ensuite on le marquerait d'un fer rouge ; et qu'à la quatrième fois, il serait condamné à mort ; mais qu'on communiquerait la sentence au roi avant de l'exécuter.

9. Que toute femme adultère, convaincue de ce crime devant le juge par son mari, serait brûlée vive avec son amant ; mais que le roi serait préalablement instruit du fait. Si le mari ne veut pas qu'on la brûle, on ne la brûlera pas ; alors son complice ne le sera pas non plus ; mais il sera renvoyé en liberté, n'étant pas juste d'accorder la vie à la femme sans l'accorder en même temps à l'homme.

10. Tout meurtrier sera condamné à mort de quelque qualité qu'il soit. Tout violateur d'une fille noble sera condamné de même, et son bien confisqué à son profit ; si la fille n'est pas noble, on les mariera ensemble, quand même l'homme serait noble.

11. Si quelqu'un se plaint qu'on lui a usurpé son bien, il en informera le magistrat qui lui rendra justice.

12. Si quelqu'un en a blessé un autre avec un fer pointu ou un bâton, il sera condamné à une amende pécuniaire.

13. Celui qui outragera de parole ou qui frappera un gouverneur de place, ou tout autre magistrat, sera marqué d'un fer chaud, à moins qu'il ne lui fasse réparation d'honneur, ou qu'il ne lui paye une certaine somme d'argent (50 maravedis).


Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
voir la fiche Portugal.