Serbie

Autonomie de la Serbie.

   La fameuse bataille de Kossovo, le 15 juin 1389, place les Serbes, vaincus, sous la dépendance de l'Empire ottoman, pour près de cinq siècles. La longue lutte  qui permettra à la Serbie d'obtenir l'indépendance à l'issue du traité de Berlin du 13 juillet 1878, commence, en 1804, par le soulèvement dirigé par Georges Pétrovitch, dit Karageorge, dans un contexte international marqué par l'affaiblissement de l'Empire ottoman, qui recule sous la pression de la Russie et de l'Autriche. Un plan de partage des Balkans est même envisagé, alors que de nombreux Serbes ont quitté leur pays et se sont réfugiés dans les confins militaires autrichiens, les Krajinas, pour échapper aux exactions d'une administration turque mal contrôlée.
    La guerre menée par les Russes et les Autrichiens contre les Ottomans, entre 1788 et 1791, entraîne le soulèvement des Serbes, qui s'engagent en grand nombre comme volontaires dans l'armée autrichienne ; mais la mort de Joseph II et la révolution française conduisent l'Autriche à conclure la paix de Sistova (4 septembre 1791) : elle renonce à ses conquêtes, obtenant seulement l'amnistie pour les Serbes. Cependant le Sultan accorde en 1793, un hatti-chérif aux Serbes, leur permettant notamment de réparer leurs églises, modérant le montant des impôts et interdisant le pays aux janissaires.
    En 1801, les dahis, chefs des janissaires, en révolte à la suite de la réforme de l'armée ottomane, assassinent le pacha de Belgrade et s'emparent du gouvernement de la Serbie, se livrant à de nombreuses exactions. En 1804, ils décident de tuer tous les notables serbes, provoquant une insurrection sous la direction de ceux qui avaient pu s'échapper, dont Karageorge. La conférence de Zemlin est réunie par le général Geneyne, commandant la frontière militaire autrichienne, qui propose sa médiation entre les dahis et les insurgés. Ceux-ci présentent sans succès leurs revendications : application du hatti-chérif de 1793 et autonomie accrue. Ces revendications seront reprises, avec des variantes, dans les négociations ultérieures.
    A partir de 1806, la révolte se transforme en révolution nationale. Le territoire serbe est libéré, y compris Belgrade, prise pour la Saint-André de 1906. Les Serbes organisent un État autonome : les décisions importantes sont normalement prises par une Skoupchtina réunissant mille, voire plusieurs milliers de personnes, deux fois par an ; un conseil ou sénat  est créé, avec un représentant élu de chaque district ; un acte constitutionnel est rédigée (20 août 1808). Karageorge est reconnu premier chef suprême serbe (proclamation du 26 décembre 1808). 
    A la faveur de la nouvelle guerre entre l'Empire ottoman et la Russie, les Serbes conviennent de se placer sous la protection du Tsar (10 juillet 1807), mais leur sort dépend désormais de l'évolution de la situation internationale. La rupture entre la France et la Russie conduit le Tsar à conclure le traité de Bucarest du 16/28 mai 1812 qui prévoit seulement, en son article 8, une amnistie générale et une autonomie limitée concernant l'administration locale et la collecte des impôts. Mais les offres de négociation des Serbes échouent et l'armée ottomane, en 1813, rétablit par la force la situation antérieure à l'insurrection. Les Serbes sont écrasés, leurs chefs se réfugient à l'étranger.
    Les massacres, les exactions provoquent bientôt l'insurrection des Rameaux (24 avril 1815), sous la direction de Miloch Obrénovitch, qui est proclamé prince héréditaire de Serbie, par la Skoupchtina de novembre 1817. Une longue controverse relative à l'application du traité de Bucarest provoque une nouvelle intervention de la Russie favorable aux Serbes. Une convention explicative est conclue à Ackerman le 25 septembre/7 octobre 1826, dont l'article 5 concerne la Serbie et accorde à l'empire Ottoman un nouveau délai de 18 mois. Un acte séparé précise ces engagements : reconnaissance d'une nation serbe autonome et tributaire de l'empire Ottoman, liberté de culte, liberté de commerce, droit d'intervention de la Russie, reconnue protectrice des Serbes. Mais, c'est à la suite d'une nouvelle guerre, principalement motivée par le soulèvement des Grecs et le statut des principautés de Moldavie et de Valachie, que la Russie, par le traité d'Andrinople du 2/14 septembre 1829, impose à l'Empire ottoman de tenir immédiatement ses engagements.

Sources : Recueil de documents diplomatiques relatifs à la Serbie, Benoît Brunswick, Constantinople, 1876. Voir également : Grégoire Yakschitch, L'Europe et la résurrection de la Serbie (1804-1834), Paris, 1907. Saint-René Taillandier, La Serbie, Paris, 1872. Dusan Batakovic (sd), Histoire du peuple serbe, 2005.
Revendications serbes - conférence de Zemlin, 10 mai 1804.
Traité de Bucarest - 16/28 mai 1812.

Voir aussi la convention d'Ackerman (acte relatif à la Serbie) de 1826.
Traité d'Andrinople, 2/14 septembre 1829.
Hatti-cherif du 30 septembre 1829.
Hatti-chérif et bérat de 1830.
Hatti-chérif de 1833.
Constitution de 1838.
Firman du 29 mars/10 avril 1867.
Constitution de 1869.

Conférence de Zemlin, 10 mai 1804. 

1. Les quatre dahis seront éloignés de Belgrade et les tchitlouks seront supprimés conformément au firman de 1795.

2. Les serbes fourniront 1500 hommes d'armes au pacha de Belgrade, pour sa sécurité personnelle, jusqu'à l'arrivée de l'armée impériale. 

3. Les Serbes demandent pardon au Sultan. Un firman leur accordera l'amnistie et interdira aux Turcs de se venger des raïas, et de leur reprocher leur conduite comme une désobéissance à l'empire, vu que les raïas, soumis au Sultan, ne sont l'ennemi que des malfaiteurs qui les martyrisaient impitoyablement. 

4. Le pachalik de Belgrade sera gouverné conformément au hatti-chérif de 1793 ; les raïas paieront le montant des impôts fixé alors ; toute augmentation sera refusée. 

5. Il y aura un tribunal dans chaque district ; tout sera jugé selon la loi ; les juges seront des gens intelligents et honnêtes ; personne ne pourra être emprisonné ni condamné avant d'avoir été jugé. 

6. Il sera permis aux Serbes, conformément au hatti-chérif de 1793, de réparer les églises et les monastères incendiés ; l'exercice et les cérémonies du culte seront libres et aucun Turc ne pourra se mêler des mariages des chrétiens ; les prêtres et les moines ne seront jugés que par leur évêque. 

7. Le commerce sera libre ; chaque commerçant pourra librement circuler dans tous les districts du pachalik ; chacun aura le droit de vendre au plus offrant.

8. Les raïas éliront les knèzes ; le gouvernement du pachalik les regardera comme les chefs des raïas et leur parole sera prise en considération par les cadis (juges) ; ces knèzes éliront un knèze suprême de toute la race serbe, par l'intermédiaire duquel le gouverneur traitera toutes les affaires des raïas ; les impôts seront recueillis par les knèzes et remis au knèze suprême, qui les versera au gouverneur. Toutes les communications entre la Porte ou ses fonctionnaires et les raïas seront faites comme en Morée, par l'intermédiaire du knèze suprême.

9. Si la Porte accepte ces conditions, les Serbes promettent obéissance à ses ordres, et lui seront dévoués jusqu'au sacrifice de leurs vies.


Notes : 

Pachalik :  le pachalik (région dirigée par un pacha) de Belgrade s'étendait sur 20.000 km2 et comprenait sans doute 400.000 habitants.
Firman acte portant le monogramme du Sultan.
Hatti-chérif : acte portant une mention autographe du Sultan et considéré comme irrévocable.
Knèze : chef de district serbe, le terme de bass-knez (knèze suprême) sera traduit en occident par prince. 
Raïas : sujets chrétiens du Sultan (péjoratif).
Skoupchtina : assemblée traditionnelle des Serbes. Le terme désigne ensuite l'Assemblée nationale.
Soviet : conseil, le terme est souvent traduit par Sénat dans les ouvrages du XIXe siècle.

Traité de Bucarest du 16/28 mai 1812.

Article 8.

Conformément à l'article 4 des préliminaires, bien qu'on ne puisse douter que la Sublime Porte, conformément à ses principes, ne se montre clémente et généreuse envers les Serbes comme envers un peuple depuis longtemps soumis et tributaire, il a paru convenable, à cause de la part prise par les Serbes à cette guerre, de s'entendre formellement au sujet de leur sûreté. En conséquence, la Porte accorde aux Serbes amnistie pleine et entière, en sorte que leur repos ne pourra en aucune façon être troublé pour ce qui s'est passé. Les forteresses que, par suite de la guerre, les Serbes ont bâties dans leur pays, et qui n'existaient pas auparavant, seront démantelées, en tant qu'elles ne seront pas nécessaires pour l'avenir, et la Sublime Porte reprendra, comme par le passé, l'autorité dans les forteresses existantes, dans les forts et autres endroits fortifiés, les pourvoira d'artillerie et de munitions de guerre et y mettra les garnisons qu'elle voudra. Mais pour que ces garnisons n'exercent sur les Serbes aucune exaction injuste, la Sublime Porte, dans sa compassion pour les Serbes, se montrera modérée dans l'établissement de ces garnisons, autant que l'exigera la sécurité du peuple. En outre, la Sublime Porte accordera aux Serbes, sur leur prière, les mêmes avantages dont jouissent ses autres sujets dans les îles de l'Archipel et dans d'autres contrées. Enfin la Sublime Porte prouvera sa magnanimité aux Serbes en leur laissant à eux-mêmes l'administration de leurs affaires intérieures, et ne leur demandant que des impôts modérés qu'elle percevra immédiatement de leurs mains, et, en prenant, d'accord avec la nation serbe, les arrangements nécessaires à cet effet.

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voir la fiche Serbie.
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Jean-Pierre Maury