Union de l'Europe occidentale


Conférence des Neuf Puissances

Annexe IIb

Déclaration Faite par M. Eden

29 septembre 1954

Messieurs,

Je crois que nous avons tous le sentiment que la déclaration du Ministre des Affaires Etrangères des Etats-Unis que nous venons d'entendre est d'une valeur toute particulière et d'une remarquable franchise. Ce qu'il vient de nous dire, à ceux d'entre nous qui sont Européens, est, je crois, tout ce que, dans le conditions actuelles, nous pouvions vraiment attendre de la part des Etats-Unis.

Lorsque nous considérons ces années d'après-guerre, parfois nous tenons trop facilement pour acquis, je le crains, ce que ce frère généreux a fait pour nous en Europe à une époque où, sans son assistance, nous aurions tous sombré dans le chaos et, peut-être aussi, dans le communisme. Au nom du pays que je représente ici, je désirerais donner à M. Dulles l'assurance que toute l'aide que les Etats-Unis nous ont apportée n'est pas "Bonté passée, vite oubliée", mais que nous nous en souviendrons avec gratitude, et non en considération de nos seuls intérêts. Je désire donc dire à M. Foster Dulles que ses propos, en ce qui concerne notre Gouvernement, seront considérés avec reconnaissance et compréhension, et que nous ferons de notre mieux - de même, j'en suis sûr, que la Conférence - pour nous montrer dignes de la confiance plus grande que les Etats-Unis auront en nous lorsque nous nous serons montrés capables de prouver notre unité et notre force.

J'ai conscience du fait que mon pays a un rôle à jouer dans tout cela. Sans revenir sur l'histoire des déclarations et des engagements passés, je devrais peut-être en mentionner un ou deux afin que l'on comprenne bien ce que j'ai à vous dire cet après-midi. Nous avons pris, comme le Gouvernement des Etats-Unis, une série d'engagements envers la C.E.D. Nous les avons pris au moyen de traités, d'accords et de déclarations, et, comme je l'ai déjà fait savoir à mes collègues, nous restons fidèles à ces engagements et nous sommes prêts à les réaffirmer. Ils ne sont pas, à mon avis, sans importance, mais certains d'entre eux, à vrai dire, sont inapplicables sans la C.E.D. Ceux d'entre eux qui ont cessé d'exister en même temps que la C.E.D. peuvent être couverts, et le seront probablement, par les propositions que la Conférence étudie maintenant. Par exemple, les dispositions relatives à l'assistance militaire automatique, qui étaient prévues dans notre Traité avec la C.E.D., seront - je présume - reproduites dans le Traité de Bruxelles, tel qu'on se propose de l'élargir. La coopération des forces armées, leur déploiement et leur intégration, les consultations au sujet de leur niveau, tout cela va maintenant se réaliser, bien que, peut-être, dans un cadre différent.

J'ai très nettement conscience, tout comme mes collègues, du fait qu'il y a un aspect particulier du problème au sujet duquel plusieurs d'entre vous souhaiteraient que nous définissions plus clairement notre position, et, si nous le pouvions, sur un sujet important pour les progrès de la présente Conférence. Je veux parler du maintien des forces britanniques sur le continent européen, et voudrais à ce sujet présenter une nouvelle proposition à mes collègues. Le Royaume-Uni continuera à maintenir sur le continent européen, y compris l'Allemagne, la puissance effective des forces britanniques actuellement affectées à SACEUR: quatre divisions, les forces aériennes tactiques, ou toutes forces que SACEUR estimerait représenter une puissance de combat équivalente.

Le Royaume-Uni s'engage à ne pas retirer ses forces contre le désir de la majorité des Puissances membres du Traité de Bruxelles qui auraient à prendre leur décision en pleine connaissance du point de vue de SACEUR.

Cet engagement est pris sous la réserve qu'une crise grave outre-mer pourrait obliger le Gouvernement de Sa Majesté à ne pas se conformer à cette procédure.

Si le maintien des forces britanniques sur le continent européen fait peser, à quelque moment que ce soit, une charge trop lourde sur les finances extérieures du Royaume-Uni, celui-ci invitera le Conseil de l'Atlantique Nord à reconsidérer les conditions financières de ce maintien.

Mes collègues comprendront que ce que je viens de vous annoncer est pour nous une initiative de la plus haute gravité. Vous savez tous que notre histoire est essentiellement celle d'une île. Nous sommes toujours un peuple insulaire, quant à notre façon de penser et à nos traditions, quelles que soient les conséquences qu'imposent les armes et la stratégie modernes. Et ce n'a pas été sans mûre réflexion que mon Gouvernement a décidé que je pouvais vous faire cette déclaration cet après-midi. Permettez-moi d'ajouter seulement ceci: nous faisons cette déclaration tout à fait dans le même esprit que M. Dulles a fait la sienne il y a quelques instants, parce que nous espérons contribuer ainsi au succès de cette Conférence, récréer la confiance sur le continent européen et nous permettre de donner un exemple d'unité au monde entier. Certes, vous comprendrez que ce que je viens de vous dire, et l'engagement que nous sommes disposés à prendre, dépendent du résultat final de nos travaux. Si nous réussissons ici, notre engagement reste valable; sinon, le Gouvernement de Sa Majesté ne pourrait pas se considérer comme engagé par les paroles que j'ai prononcées cet après-midi. Cela s'applique à l'ensemble de notre travail, à tout ce que nous faisons ici. Je puis donc seulement conclure en exprimant l'espoir que la Conférence estimera que ce que nous avons dit contribuera à nous faire franchir au moins une étape vers la conclusion heureuse de nos travaux.



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Jean-Pierre Maury