Union de l'Europe occidentale


Conférence des Neuf Puissances

Annexe IIc

Déclaration faite par M. Lester Pearson

29 septembre 1954

Monsieur le Président,

Cette question à l'ordre du jour, sur laquelle je m'excuse de revenir, la question 5, est intitulée : "Déclaration du Royaume-Uni et des Etats-Unis". Je suppose qu'à ce propos il me sera permis de dire toute la valeur que j'attache aux déclarations que M. Dulles et vous-même avez faites cet après-midi, et j'espère qu'en faisant une brève déclaration au nom de mon propre pays, je resterai dans le sujet.

Monsieur le Président, permettez-moi de dire que votre déclaration est d'une importance historique. Si l'on croit, comme cela arrive parfois, que le Royaume-Uni regarde de l'autre côté de la Manche plus intensément en temps de guerre qu'en temps de paix, votre déclaration au début de cet après-midi a certainement dû chasser pareil sentiment. Elle m'a d'autant plus impressionné que je reconnais que la source de la puissance et de la gloire de cette île est venue de ce qu'elle regardait au-delà des mers.

La déclaration de M. Dulles a également été importante non seulement pour le développement de l'unité européenne, mais encore pour celui de cette plus large communauté atlantique qui nous concerne tous. En effet, j'estime que l'unité européenne ne peut pas se réaliser effectivement à moins que les liens non seulement entre les rives de la Manche mais encore entre celles de l'Atlantique soient forts et intacts. Mon pays a un rôle à remplir dans cet aspect atlantique du problème. Nous acceptons donc les engagements que continue à nous imposer notre participation à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, et nous sommes résolus à faire toujours de notre mieux pour faire honneur à ces engagements. La disparition de la C.E.D. n'affecte pas, croyons-nous, ces engagements, parce que la C.E.D. - bien que sa disparition nous ait beaucoup déçus - parce que la C.E.D, dis-je, telle que nous l'envisagions, était un moyen et non une fin en soi. Nous sommes ici réunis afin de trouver une autre méthode qui permette d'atteindre la même fin. Cette autre méthode, cet autre accord doivent comporter l'association de l'Allemagne, non seulement à la défense de l'Europe et de l'Occident, mais - ce qui n'est pas moins important - au développement de la communauté atlantique; association qui doit être réalisée de telle façon que les craintes que nous avons héritées d'un passé malheureux soient remplacées par un nouvel et meilleur espoir en l'avenir.

On discute donc cette semaine de nouvelles méthodes et l'on recherche de nouvelles solutions. Toutefois, en ce qui nous concerne, l'OTAN demeure le foyer de notre participation à la défense commune et de notre espoir dans le développement d'une coopération plus étroite avec les autres peuples de la communauté atlantique. A ce titre, l'OTAN demeure le fondement de la politique étrangère du Canada. En effet, appuyer de tout notre coeur l'OTAN représente pour nous une ligne de conduite dépassant la politique en tant que telle et qui peut avoir toute la confiance de nos amis.

Cette aide dans le domaine de la défense est élaborée chaque année au moyen de consultations au sein des agences appropriées de notre organisation, à savoir l'OTAN. Outre l'aide mutuelle, cet appui prend maintenant la forme de forces navales, d'une brigade d'infanterie et d'une division aérienne de douze escadrilles de chasseurs à réaction stationnées en Europe. Nous continuerons à participer à la défense commune au moyen des procédures existantes de l'OTAN jusqu'à ce que l'on en ait arrêté de meilleures. La présence de ces forces canadiennes sur le continent européen ne donne pas seulement la mesure de notre participation militaire à la défense collective, mais encore la preuve de notre foi en l'avenir de la communauté de l'Atlantique Nord.

Tout en soulignant donc notre foi dans l'OTAN nous saluons l'extension envisagée du Pacte de Bruxelles. Nous souhaitons un développement des relations dans le cadre de l'OTAN avec la nouvelle Organisation du Pacte de Bruxelles, qui comprend des pays avec lesquels nous sommes déjà unis par des liens particulièrement étroits.

Nous sommes certains, et j'espère que notre confiance sera appréciée - et je sais qu'elle le sera - nous sommes certains que ces nouveaux accords dans le cadre du Pacte de Bruxelles peuvent se développer sans affaiblir ni diminuer en aucune façon les fonctions essentielles de l'OTAN parce que l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, avec une Allemagne que des accords y associent, serait, croyons-nous, une force plus puissante que jamais contre la guerre et pour le développement de la communauté atlantique.

Monsieur le Président, nous sommes également persuadés que, dans cette entreprise, les Etats-Unis, qui ont déjà joué un rôle si magnifique, généreux et véritablement fondamental, continueront à pouvoir le remplir. M. Dulles nous en a donné cet après-midi l'espoir.

Nous autres Canadiens, voisins des Etats-Unis, savons aussi bien que quiconque que ce pays ne manque pas de relever tout grand défi qui lui est lancé dans le monde et d'y répondre avec succès. Nous sommes certains que, dans les jours à venir, il continuera à relever le défi qui consiste à aider au développement de l'unité européenne et de la communauté atlantique - les deux allant de pair.

Le travail que nous devons donc accomplir cette semaine doit, pour pouvoir réussir, permettre aux Etats-Unis de continuer à apporter leur contribution à la réalisation de ces grandes entreprises. Si tel est le cas, comme j'en suis persuadé, cela rendra bien plus facile aussi à mon pays, je vous l'assure, de continuer à apporter la sienne.



©-2002 - Pour toute information complémentaire, pour signaler une erreur, pour correspondre avec nous,
adressez-nous un message électronique.

[ Haut de la page ]
Jean-Pierre Maury