Le gouvernement de la France libre
et de la France combattante

Compte rendu de la réunion interalliée du 12 juin 1941.
Résolution
Déclaration du professeur Cassin
[Il s'agit de la première réunion interalliée où les représentants de la France libre sont invités avec les gouvernements des pays en guerre.]

Réunion interalliée du 12 juin 1941

Le 12 juin 1941, à Londres, au Palais de St. James, a été tenue une réunion interalliée, à laquelle participaient les représentants des pays alliés.

Le général de Gaulle, chef des Français libres, invité à cette réunion, était représenté par le professeur René Cassin, secrétaire permanent du Conseil de défense de l'Empire, et par M. Maurice Dejean, directeur des affaires politiques de la France libre.

Après le discours inaugural de M. W. Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, chacun des gouvernements alliés a exposé son point de vue.


La résolution suivante fut adoptée à l'unanimité :

Les gouvernements du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et de l'Irlande du Nord, du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique du Sud, le gouvernements Belge, le gouvernement provisoire Tchécoslovaque, les gouvernements grecs, de luxembourgeois, néerlandais, norvégien, polonais et yougoslave et les représentants du général de Gaulle, chef des Français libres,

Associés dans la lutte contre l'agression,

Ont résolu :

1° Qu'ils poursuivront le combat contre l'oppression allemande ou italienne jusqu'à la victoire et qu'ils s'entraideront dans ce combat jusqu'à la limite de leurs ressources respectives ;

2° Qu'il ne saurait y avoir de paix et de bien-être assurés tant que des peuples libres sont assujettis par la violence à la domination de l'Allemagne ou de ses complices ou restent placés sous une telle menace ;

3° Que la seule base solide d'une paix durable sera la collaboration spontanée des peuples libres dans un monde où, la menace de l'agression ayant été écartée, tous pourront avoir l'assurance de leur sécurité économique et sociale ; et qu'ils ont l'intention de travailler à ces fins ensemble et avec les autres peuples libres, tant en guerre qu'en temps de paix.

La fin de la réunion fut honorée par la présence de Sa Majesté le Roi Georges VI


Le professeur Cassin a fait la déclaration suivante :

Comme représentant du général de Gaulle, chef des Français libres, j'ai l'honneur de déclarer ce qui suit :

Après de dures batailles, la nation française s'est trouvée depuis près d'un an prisonnière. Elle a été réduite à l'impuissance, contrainte au silence.

Mais les forces françaises, en qui s'incarnent ses espoirs de libération, participent avec une vigueur et en nombre toujours croissant au combat contre les ennemis communs, sur terre, sur mer et dans les airs.

La France est entrée dans la guerre pour lutter contre l'agresseur de son alliée, la Pologne. Elle reste fidèle à l'alliance librement scellée avec le Royaume-Uni, avec l'Empire britannique, avec les peuples membres du Commonwealth britannique. Elle reste aussi étroitement unie aux autres nations dont elle a jadis soutenu l'émancipation et favorisé le développement, ainsi qu'à toutes les victimes de l'impérialisme allemand, dont elle partage maintenant les terribles épreuves.

La France répudie le monstrueux « Ordre nouveau européen » qu'on prétend lui imposer et où elle jouerait le rôle de complice de ses bourreaux. Elle ne conçoit pas la paix sans la liberté.

Le peuple français et les populations de l'Empire français poursuivront la lutte jusqu'à une victoire complète de la démocratie sur l'Allemagne et ses associés. Ils entendent coopérer à l'établissement d'un monde à l'abri de toute menace d'agression, et offrant à tous la sécurité économique et sociale.

C'est pourquoi, au nom du général de Gaulle, interprète de la France entière, nous adhérons chaleureusement à l'esprit et aux termes du projet de résolution commune qui nous est proposé.

C'est pourquoi aussi nous tenons à exprimer notre admiration et notre reconnaissance au peuple britannique et à son premier ministre, M. W. Churchill, qui conduit avec tant d'énergie la lutte des peuples libres contre la tyrannie.

Au moment où l'on prétend élaborer un Ordre nouveau au profit d'un seul État, d'une seule race, d'un seul Chef, contre la volonté, l'honneur et l'intérêt de tous les autres peuples, nous devons chercher à faire une réalité de l'idéal exprimé par le président Lincoln : établir un ordre nouveau des peuples, par les peuples, pour les peuples.


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Jean-Pierre Maury