Le gouvernement de la France libre
et de la France combattante

Compte rendu de la conférence interalliée du 13 janvier 1942.
Résolution
Déclaration du général de Gaulle
[Lors de cette conférence, les alliés s'engagent à juger les responsables des crimes commis durant la guerre.]

Conférence interalliée du 13 janvier 1942.

Le 13 janvier 1942, à Londres, au Palais de St. James, a été tenue, sous la présidence du général Sikorski, premier ministre polonais,  une réunion interalliée, à laquelle participaient les représentants des pays alliés.

Le général de Gaulle, Chef des Français libres, président du Comité national, y assistait avec M. Maurice Déjean, commissaire national aux affaires étrangères.

Après l'exposé de M. Eden, secrétaire d'État pour les affaires étrangères, les représentants de chacun des gouvernements alliés ont exposé leur point de vue.

La déclaration commune suivante fut adoptée à l'unanimité :

Les soussignés représentant le gouvernement belge, le Comité national français, le gouvernement hellénique, le gouvernement luxembourgeois, le gouvernement norvégien, le gouvernement des Pays-Bas, le gouvernement polonais, le gouvernement tchécoslovaque et le gouvernement yougoslave,

Constatant que l'Allemagne, dès le début du présent conflit ouvert par sa politique d'agression, a instauré un régime de terreur, caractérisé notamment par des emprisonnements, des expulsions en masse, des exécutions d'otages et des massacres ;

Que ces violences sont également pratiquées par les alliés et associés du Reich et, dans certains pays, par des complices de l'occupant ;

Qu'une solidarité internationale est nécessaire pour éviter que la répression de ces violences ne s'exerce par la simple vindicte publique, et pour répondre au sentiment de justice du monde civilisé ,

Rappelant que le droit des gens, et notamment la convention signée à La Haye en 1907 sur les lois et coutumes de la guerre sur terre, ne permet aux belligérants dans les pays occupés, ni les violences contre les civils, ni le mépris des lois en vigueur, ni le renversement des institutions nationales,

1. affirment que les violences ainsi exercées contre les populations civiles n'ont rien de commun ni avec la notion de l'acte de guerre, ni avec celle du crime politique, telles que les conçoivent les nations civilisées ;

2. Prennent acte des déclarations faites à cet égard le 25 octobre 1941 par M. le président des États-Unis d'Amérique et par M. le premier ministre britannique ;

3. Placent parmi les buts principaux de la guerre le châtiment, par les voies d'une justice organisée, des coupables ou responsables de ces crimes - qu'ils les aient ordonnés, perpétrés, ou qu'ils y aient participé ;

4. Décident de veiller dans un esprit de solidarité internationale à ce que
a) les coupables et responsables, à quelque nationalité qu'ils appartiennent, soient recherchés, livrés à la justice et jugés,
b) les sentences prononcées soient exécutées.

En foi de quoi, les soussignés, dûment autorisés à cet effet, ont signé la présente déclaration.


Le général de Gaulle a fait la déclaration suivante :

Excellence, Messieurs,

Le Comité national français approuve d'autant plus la déclaration commune dont le général Sikorski a bien voulu vous donner lecture, que la France a été, dans l'espace de soixante-dix années, envahie trois fois par l'Allemagne et a subi de ce fait, à trois reprises en moins d'un siècle, les atrocités qui accompagne inévitablement toute occupation allemande.

Mais, à mesure que s'accroissait la puissance du Reich, augmentaient l'ampleur et la violence de ces atrocités. Aujourd'hui, nos ennemis sont parvenus à faire régner sur l'Europe un régime de terreur plus effroyable que celui instauré par les hordes barbares des premiers temps du Moyen Âge en mettant toute leur technique et toute leur science au service de leur férocité.

En signant aujourd'hui cette déclaration commune, nous entendons, ainsi que tous les autres représentants des pays occupés, proclamer solennellement que l'Allemagne est seul responsable du déclenchement de cette guerre et qu'elle partage avec ses alliés et complices les responsabilités de toutes les atrocités qui en découlent. Nous manifestons notre ferme intention de veiller à ce que tous les coupables et tous les responsables, à quelque titre que ce soit, ne puissent éluder, comme le firent ceux de l'autre guerre, le châtiment mérité.

Mais, s'il est légitime et nécessaire d'assurer une répression intégrale des crimes commis, il est tout aussi légitime et tout aussi nécessaire de prendre les mesures qui s'imposent pour que leur renouvellement ne soit plus possible. Nous sommes certains que la solidarité qui unit aujourd'hui l'Europe martyre continuera à se manifester demain lorsque notre tâche sera de mettre l'Allemagne hors d'état de nuire.


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Jean-Pierre Maury