Introduction

 La « guerre de chacun contre chacun » prend fin lorsque, par l'institution d'un « pouvoir commun », le pacte hobbésien offre une réponse, en principe définitive, à la question de la sécurité des personnes. Il fonde ainsi l'État qui assure cette sécurité, c'est-à-dire, selon la définition du Trésor de la langue française :

 En revanche, « les rois et les personnes qui détiennent l'autorité souveraine sont à cause de leur indépendance dans une continuelle suspicion, et dans la situation et la posture des gladiateurs » (1). Car, le neuvième des droits attachés à la souveraineté, précise Hobbes, c'est « le droit de décider de la guerre et de la paix avec les autres nations et Républiques » (2).

 « Ainsi, souligne Locke, toute communauté est un corps qui est dans l'état de nature par rapport aux autres États. C'est sur ce principe qu'est fondé le droit de la guerre et de la paix. » (3) .Mais on peut légitimement se demander si cette situation est provisoire ou destinée à perdurer, si le pacte hobbésien est transposable aux États ou si une réponse analogue à ce pacte peut être apportée à la question de la sécurité des États, des nations ou des communautés humaines. Bref! le pacte hobbésien peut-il constituer un modèle pour l'organisation de l'Europe, voire du monde ?

 Au lendemain des deux guerres mondiales, l'unité européenne paraît à beaucoup le seul moyen d'assurer de manière permanente la sécurité collective : ils souhaitent l'effacement des États et l'affirmation de l'unité européenne au moyen d'un pacte d'union de type hobbésien ; mais pour d'autres, il y a une autre réponse à la question de la sécurité, une alternative se présente : au pacte d'union, ils opposent la conclusion, selon les méthodes diplomatiques traditionnelles, d'un simple pacte de défense qui, grâce à la garantie américaine, assurera la sécurité de l'Europe occidentale face à la menace principale : la puissance soviétique.

 Les États invités à conclure le pacte d'union qui mettrait fin à leur souveraineté ont renâclé car, de toute évidence, les conséquences de la conclusion du pacte hobbésien sont différentes pour les individus et pour les États ou les nations. L'État perdrait sa souveraineté, et la nation risquerait la dissolution, en s'incluant dans une société politique plus vaste dont ses membres, ses citoyens, deviendraient en réalité directement membres.

 La controverse relative à l'organisation de l'Europe se poursuit ainsi depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle donne lieu à l'emploi de diverses formules, utilisées parfois à des fins de caricature ou de dénigrement de l'adversaire. On oppose ainsi l'Europe des patries ou l'Europe des États à l'Europe intégrée ou supranationale. « Européanisme », recommandé par le TLF, ou mieux « européisme », plus fréquent aujourd'hui, permettent de désigner de manière plus neutre et moins connotée que « fédéralisme », le courant le plus favorable à l'unification européenne. « Européiste » en désigne les membres.

 La confrontation entre les projets a entraîné la création d'un grand nombre d'institutions qui veillent à la sécurité ou à la défense de l'Europe. Elle a déterminé la politique institutionnelle dont l'Europe de la sécurité et de la défense ainsi dessinée est le résultat.
 

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Notes :
 1. Thomas Hobbes, Léviathan,trad. de François Tricaud, Paris, Sirey, 1971, p. 124 et 126.
 2. Ibid., p. 186.
 3. John Loche, Traité du gouvernement civil, trad. de David Mazel (an III), Paris, Flammarion, 1984, n" 145 et 146, p. 290.