Grands traités politiques


Traité de paix signé à Londres le 17/30 mai 1913,
entre la Bulgarie, la Grèce, le Monténégro, la Serbie et la Turquie.


    Le Congrès de Berlin de 1878 avait permis à l'Empire ottoman de conserver en Europe un vaste territoire habité majoritairement par des populations chrétiennes liées aux pays voisins: bulgares, grecs, serbes. La proclamation de l'indépendance de la Bulgarie en 1908 et, en même temps, la poussée autrichienne marquée par l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, ainsi que l'aide apportée par l'Allemagne à la Turquie incitent les petits États des Balkans à se rapprocher et à former une ligue balkanique, tandis que les autorités ottomanes poussent les musulmans de Bosnie à s'installer en Macédoine pour modifier la composition ethnique de la région. Au début de l'année 1912, plusieurs traités d'alliance sont ainsi conclus entre la Bulgarie, la Grèce, la Serbie et le Monténégro, en vue de se partager les territoires européens de l'Empire ottoman.
    En dépit de l'hostilité des grandes puissances, qui se déclarent attachées à l'intégrité de l'Empire ottoman, le Monténégro lui déclare la guerre, le 8 octobre 1912, suivi par les autres pays le 17 octobre suivant. Devant la menace russe d'intervenir contre la Bulgarie pour protéger Constantinople, l'armistice est signé entre les Ottomans et la Bulgarie, le 3 décembre, et des négociations s'ouvrent à Londres. Le coup d'état des Jeunes Turcs provoque la reprise des combats en février 1913, mais les Ottomans doivent accepter les propositions des grandes puissances, qui veulent limiter les gains de la Ligue en créant un État albanais et en se réservant la distribution de certains territoires. Le traité de paix est signé à Londres le 30 mai 1913. Il met pratiquement fin à la présente ottomane en Europe.
    Mais le traité de Londres ne détermine pas les nouvelles frontières en Macédoine, dont le tracé devait être soumis à l'arbitrage de la Russie. La question provoque aussitôt une deuxième guerre balkanique entre les alliés de la veille.

Source : RGDIP, 1914, p. 9d.



Sa Majesté le roi des Bulgares, Sa Majesté le roi des Hellènes, Sa Majesté le roi de Monténégro et Sa Majesté le roi de Serbie (ci-après désignés par les mots « les Souverains alliés ») d'une part, et Sa Majesté l'empereur des Ottomans d'autre part, animés du désir de mettre fin au présent état de guerre et de rétablir des relations de paix et d'amitié entre leurs gouvernements et leurs sujets respectifs, ont résolu de conclure un traité de paix et ont choisi à cet effet leurs plénipotentiaires [suivent les désignations], qui après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs et les avoir trouvés en bonne et due forme, sont convenus de ce qui suit :

Article premier.

Il y aura, à dater de l'échange des ratifications du présent traité, paix et amitié entre Sa Majesté l'empereur des Ottomans, d'une part, et Leurs Majestés les Souverains alliés, d'autre part, ainsi qu'entre leurs héritiers et successeurs, leurs États et sujets respectifs, à perpétuité.

Article 2.

Sa Majesté l'empereur des Ottomans cède à Leurs Majestés les Souverains alliés tous les territoires de son Empire sur le continent européen à l'ouest d'une ligne tirée d'Enos, sur la mer Égée, à Midia, sur la mer Noire, à l'exception de l'Albanie.

Le tracé exact de la frontière d'Enos à Midia sera déterminé par une commission internationale.

Article 3.

Sa Majesté l'empereur des Ottomans et Leurs Majestés les Souverains alliés déclarent remettre à Sa Majesté l'empereur d'Allemagne, à Sa Majesté l'empereur d'Autriche, roi de Bohême, etc., et roi apostolique de Hongrie, à M. le président de la République française, à Sa Majesté le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande et des territoires britanniques au delà des mers, empereur des Indes, à Sa Majesté le roi d'Italie et à Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies le soin de régler la délimitation des frontières de l'Albanie et de toutes les autres questions concernant l'Albanie.

Article 4.

Sa Majesté l'empereur des Ottomans déclare céder à Leurs Majestés les Souverains alliés l'île de Crète et renoncer en leur faveur à tus les droits de souveraineté et autres qu'il possédait sur cette île.

Article 5.

Sa Majesté l'empereur des Ottomans et Leurs Majestés les Souverains alliés déclarent confier à Sa Majesté l'empereur d'Allemagne, à Sa Majesté l'empereur d'Autriche, roi de Bohême, etc., et roi apostolique de Hongrie, à M. le président de la République française, à Sa Majesté le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande et des territoires britanniques au delà des mers, empereur des Indes, à Sa Majesté le roi d'Italie et à Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies le soin de statuer sur le sort de toutes les îles ottomanes de la mer Égée, l'île de Crète exceptée, et de la péninsule du Mont-Athos.

Article 6.

Sa Majesté l'empereur des Ottomans et Leurs Majestés les Souverains alliés déclarent remettre le soin de régler les questions d'ordre financier résultant de l'état de guerre qui rend fin et des cessions territoriales ci-dessus mentionnées à la commission internationale convoquée à Paris à laquelle ils ont désigné leurs représentants.

Article 7.

Les questions concernant les prisonniers de guerre, juridiction, nationalité et commerce seront réglées par des conventions spéciales.

Article final.

Le présent traité sera ratifié et les ratifications seront échangées à Londres dans le plus bref délai.

En foi de quoi, les plénipotentiaires des Hautes Parties contractantes ont signé le présent traité et y ont apposé leurs sceaux.

Fait à Londres le 17/30 mai 1913, à midi 35 (heure de Greenwich).



Décision des Puissances notifiée au Gouvernement hellénique le 31 janvier/13 février 1914.

En vertu de l'article 5 du Traité de Londres, en date du 17/30 mai 1913 entre la Turquie et les États alliés balkaniques, ainsi qu’aux termes de l’article 15 du traité signé à Athènes entre la Grèce et la Turquie le 1er novembre 1913, le gouvernement grec s’est engagé à laisser aux six puissances le soin de décider du sort des îles de la mer Égée.

En conséquence les six puissances ont décidé de remettre à la Grèce toutes les îles de la mer Egée actuellement occupées par elle, à l’exception de Tenedos, d’Imbros et de Castellorizo, qui doivent être restituées à la Turquie.

Les puissances ont décidé en outre, en ce qui concerne les îles assignées à la Grèce, que des garanties satisfaisantes devront leur être données, ainsi qu’à la Turquie, par le gouvernement grec ; que ces îles ne seront ni fortifiées ni utilisées pour aucun but naval ou militaire et que des mesures effectives seront prises pour prévenir la contrebande entre les îles et le continent ottoman.

Les six puissances se sont engagées à user de leur influence sur le gouvernement grec en vue d’ assurer l’exécution loyale et le maintien de ces conditions. Elles demandent en outre à la Grèce de donner des garanties satisfaisantes au sujet de la protection des minorités musulmanes dans les îles qu’elle acquiert, en vertu de la décision des six puissances mentionnées ci-dessus.

L’attribution définitive à la Grèce des îles que les six puissances décident de laisser en sa possession ne deviendra effective que lorsque les troupes grecques auront évacué les territoires assignés à l’Albanie, en vertu du protocole de Florence en date du 17 décembre 1913 ci-annexé, de même que l’île de Saseno, et lorsque le gouvernement grec se sera formellement engagé à n’opposer aucune résistance et à ne soutenir ni à encourager directement ni indirectement aucune résistance d’aucun genre à l’état des choses établi par les puissances dans l’Albanie du sud.

L’évacuation commencera le 1er mars (nouveau style), par le retrait des troupes grecques du Caza de Korytza et de l’île Saseno, et procédera successivement, jusqu’au 31 mars (nouveau style), date à laquelle elle devra prendre fin par le départ des troupes helléniques du Caza de Delvino.

Les six puissances ont confiance que les décisions ci-dessus seront loyalement respectées par le gouvernement grec.


QUADT.        SZILASSY.        DEVILLE.
ELLIOT.        BOSDARI.        DEMIDOF.