Grande Guerre


Armistice entre la Grèce et la Turquie.

(Moudania, 11 octobre 1922)
    L'armistice de Moudania met fin à la guerre entre la Grèce et la Turquie, consécutive à l'effondrement de l'Empire ottoman à la fin de la Grande Guerre et au partage de l'Empire entre les vainqueurs.

    La Grande Guerre oppose deux coalitions, progressivement formées à la suite de la crise balkanique de 1875-1878, au cours de laquelle la Russie a tiré les marrons du feu pour l'Autriche et l'Empire britannique. Les Puissances centrales forment un réseau d'alliances pour « assurer le maintien de l'ordre social et politique dans leurs États respectifs » : la Duplice, en 1879, puis la Triplice, en 1882, le rapprochement avec la Grande-Bretagne en 1887, sont explicitement dirigées contre la France et la Russie. Par le Traité des 3-Empereurs, puis le traité de réassurance, elles tentent d'éviter une confrontation avec la Russie dans les Balkans. Mais avec le renouvellement de la Triplice en 1891, la Russie est isolée et, en dépit de l'absence d'affinités idéologiques, elle se rapproche de la France, isolée elle-même depuis la guerre de 1870-1871 : l'entente cordiale entre les deux pays est fondée sur la perception d'une menace commune.
    Au début du XXe siècle, l'Empire britannique sort de son « splendide isolement ». L'accord avec le Japon, en 1902, puis l'entente cordiale avec la France, enfin l'arrangement avec la Russie, en 1907, permettent simplement de concilier les ambitions coloniales de chaque pays. Pourtant, en 1914, les quatre pays vont s'engager simultanément dans la guerre et s'accorder sur des objectifs précis, alors que l'Italie et la Roumanie rompent avec les Puissances centrales, et plus tard entrent en guerre au côté de l'Entente.

    La Grande Guerre, ouverte par le bombardement de Belgrade le 28 juillet 1914, un mois après l'attentat de Sarajévo, s'achève en 1918 par les armistices de Salonique avec la Bulgarie (29 septembre), de Moudros avec la Turquie (30 octobre), de Villa Giusti avec l'Autriche-Hongrie (3 novembre), de Rethondes avec l'Allemagne (11 novembre) et avec la convention de Belgrade avec la Hongrie (13 novembre).
    Les principaux traités de paix, qui ont mis fin à la Grande Guerre sont :
- le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919 entre  les Puissances alliées et associées et l'Allemagne ;
- le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé le 10 septembre 1919 entre les Puissances alliées et associées et l'Autriche ;
- le traité de Neuilly-sur-Seine, signé le 27 novembre 1919 entre les Puissances alliées et associées et la Bulgarie ;
- le traité de Trianon, signé le 4 juin 1920 entre les Puissances alliées et associées et la Hongrie ;

- le traité de Sèvres, signé le 10 août 1920 entre les Puissances alliées et associées et la Turquie, non ratifié et remplacé par le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923.
    Des traités complémentaires sont signés par les Principales Puissances alliées avec les autres Puissances alliées, bénéficiaires de territoires transférés : Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, État serbe-croate-slovène, Grèce, afin de confirmer la reconnaissance de l'indépendance du pays, de garantir les droits des minorités et d'assurer l'ouverture du pays au commerce international.

    En mai 1919, l'armée grecque avait débarqué en Anatolie pour prendre possession de la région de Smyrne, également convoitée par l'Italie, mais dont la Grèce reçoit l'administration provisoire. Mais, la mort soudaine du roi Alexandre (25 octobre 1920) provoque une crise à Athènes : Vénizélos et les responsables de l'armée grecque sont écartés, ce qui entraîne une rupture avec les Alliés, qui refusent alors d'intervenir dans l'affrontement entre Grecs et Turcs.
    Renonçant au traité de Sèvres et espérant préserver ses intérêts financiers en Turquie, la France se tourne en faveur du mouvement nationaliste turc. Sans l'accord des Britanniques, le Gouvernement Briand accepte d'évacuer la Cilicie et de rectifier la frontière entre la Syrie et la Turquie (Accord d'Angora, 20 octobre 1921), ce qui provoque un nouvel exode des Arméniens de la région.
    A la suite de la grande offensive des troupes de Mustafa Kemal, qui reprennent Smyrne en septembre 1922, la France et l'Italie évacuent leurs positions et traitent les Grecs en ennemis, et les Britanniques, isolés, laissent les Turcs reprendre les Détroits et la Thrace orientale. Le 11 octobre 1922, un nouvel armistice est conclu. Les Alliés renoncent à la plupart de leurs exigences, et
les Arméniens sont abandonnés à leur sort. Un nouveau traité de paix avec la Turquie est conclu à Lausanne, en juillet 1923. Et après les massacres commis pendant les deux guerres, l'épuration ethnique se poursuit avec une convention qui organise l'échange des populations entre la Grèce et la Turquie.

Sources : L'Europe nouvelle, 28 octobre 1922.


Protocole d'armistice.

Moudania, le 11 octobre.

1° Les hostilités cesseront entre les forces turques et helléniques dès la date de l'entrée en vigueur de la présente convention ;

2° La ligne derrière laquelle les troupes helléniques de la Thrace seront invitées à se retirer dès la mise en vigueur de la présente convention, est constituée par la rive gauche de la Maritza, de l'embouchure de la Mer Égée, jusqu'au point où elle traverse la frontière de la Thrace avec la Bulgarie ;

3° Afin d'éviter des complications possibles jusqu'à la conclusion de la paix, la rive droite de la Maritza, Karagatch inclus, sera occupée par des contingents alliés qui seront installés sur des points à déterminer par les Alliés ;

4° La portion de chemin de fer longeant la rive droite de la Maritza, de Svilengrad à Koulelibourgas, fera l'objet d'une surveillance à régler par une convention spéciale, par une commission militaire mixte, comprenant un délégué des trois puissances alliées, un d'Angora et un de Grèce, dans le but de maintenir intégralement le libre parcours de la section du chemin de fer permettant l'accès de la région d'Andrinople ;

5° L'évacuation de la Thrace Orientale par les troupes grecques commencera dès la mise en vigueur de la convention. Cette évacuation concernera les troupes des services et des formations militaires, les moyens de transports divers, Les approvisionnements, les stocks de matériel de guerre et de munitions, les dépôts de vivres. L'évacuation sera effectuée dans un délai d'environ quinze jours ;

6° Les autorités civiles helléniques y compris la gendarmerie seront retirées aussitôt que possible : à mesure que les autorités helléniques évacueront chaque région, les pouvoirs civils administratifs seront remis aux autorités alliées qui les transmettront, autant que possible le jour même, aux autorités turques.

Pour l'ensemble de la région de la Thrace, la dite remise devra être terminée dans le délai maximum de trente jours, après la fin de l'évacuation par les troupes grecques ;

7° Les fonctionnaires d'Angora seront accompagnés de forces de gendarmerie d'Angora comprenant l'effectif strictement nécessaire au maintien de l'ordre, à la sécurité locale, à la surveillance des frontières et des chemins de fer. L'effectif total ne dépassera pas 8.000 hommes, y compris les officiers ;

8° Les opérations de retraite des troupes grecques et la transmission de l'administration civile s'effectueront sous la direction de missions interalliées, installées dans les principaux centres. Le rôle des missions est de faciliter les opérations de retraite et de transmission et d'empêcher les excès de toute nature ;

9° Les dites missions et des contingents alliés occuperont la Thrace orientale. Ces contingents, composés d'environ sept bataillons, assureront le maintien de l'ordre et serviront de soutien aux missions interalliées ;

10° Le retrait des dites missions et des contingents alliés aura lieu trente jours après que l'évacuation des troupes grecques sera terminée. Le dit retrait pourra avoir lieu à une date plus rapprochée pourvu que les gouvernements alliés soient d'accord pour considérer que des mesures suffisantes ont été prises pour le maintien de l'ordre et la protection de la population non turque. Lorsque l'administration et la gendarmerie d'Angora fonctionneront régulièrement dans une division administrative, les missions et contingents alliés pourront être retirés de cette division avant l'expiration du délai de trente jours prévu ;

11° En Asie, les troupes d'Angora s'arrêteront sur les lignes suivantes qui ne devront pas être dépassées jusqu'à l'ouverture et pendant la conférence de la paix : Dans la région de Tchanak, une ligne distante d'environ 15 kilomètres de la cote asiatique des Dardanelles, partant de Kombournou, au Sud, et rejoignant Bozbournou, au Nord. Dans la péninsule d'Ismith, une ligne allant de Daridje, sur le golfe d'Ismith, à Chile, sur la mer Noire et passant par Guebza, localité incluse au gouvernement de la grande assemblée nationale de Turquie. La route allant de Daridje à Chile pourra être utilisée en commun par les troupes alliées et celles d'Angora.

Les lignes susdites seront délimitées par des commissions mixtes composées d'un officier de chacune des armées alliées et un officier de l'armée d'Angora.

Les gouvernements alliés et le gouvernement d'Angora, tout en prenant les précautions nécessaires pour prévenir tout incident, s'engagent à ne pas augmenter l'effectif de leurs troupes et à ne pas entreprendre de fortifications ou de travaux militaires dans les régions indiquées ci-dessous :
Région de Tchanak : à partir des Dardanelles jusqu'à une distance de 15 kilomètres à l'Est de la lijjne de Bozbournou-
Koumbournou.
Péninsule d'Ismith : A partir du Bosphore jusqu'à 40 kilomètres à l'est de la ligne Daridje-Chile.

Le gouvernement d'Angora s'engage à ne pas placer l'artillerie à moins de 15 kilomètres des côtes entre Bozbournou au nord de Lapsaki et Karabournou au nord de Karabigha inclus.

12° La présence des troupes alliées sera maintenue sur les territoires où elles sont actuellement stationnées, territoires que le gouvernement d'Angora s'engage à respecter jusqu'à la décision de la conférence de la paix. Savoir :
Péninsule de Constantinople : partie située à l'est d'une ligne marquée par un point sur la Mer Noire à sept kilomètres à l'ouest de Podima. (Istranbja, Kichtaghi, Sinekli, Karasilau, Thiflik, Kadikeuy, Yenidje, Fladina, Clacratia, tous ces points inclus.
Péninsule de Gallipoli : Toute la partie de la péninsule située au sud de la ligne Baklabournou, Cap Xeros, Boulair, embouchure de Seghlouck, tous ces points inclus.

13° Le gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie s'engage à ne pas transporter de troupes, ni à lever ou à entretenir une armée en Thrace Orientale jusqu'à la ratification du traité de paix.

14° La présente convention entrera en vigueur trois jours après sa signature, soit à minuit, dans la nuit du 14 au 15 octobre courant.

Fait à Moudania, en français, le 11 octobre 1922.

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Jean-Pierre Maury