Paraguay


Voir les textes de 1811 à 1813.

Voir la Constitution de 1844.


    Le Paraguay a dû affirmer sa souveraineté et son indépendance contre ses voisins et d'abord contre les dirigeants de Buenos Aires, plutôt que contre la lointaine Espagne. C'est pourquoi la date même de l'indépendance provoque une controverse : Trois dates peuvent être retenues : le 14-15 mai 1811, le 12 octobre 1813, enfin le 25 novembre 1842, date de la proclamation solennelle, mais dont les auteurs affirment bien que « l'indépendance est un fait solennel et incontestable depuis plus de trente ans ».
    Au lendemain de la Révolution du 25-Mai 1810, la Junte de Buenos-Aires somme le Paraguay de se soumettre à son autorité. Devant le refus du Cabildo d'Asunción, puis de l'Assemblée ou Cabildo abierto, réuni le 24 juillet 1810, qui jure obéissance au roi Ferdinand VII, le général Belgrano, héros de l'indépendance argentine, conduit une expédition militaire désastreuse contre le Paraguay, mais il est vaincu en février et mars 1811. Dans la nuit du 14 au 15 mai, les officiers de la garnison et les patriotes d'Asunción se soulèvent. Un triumvirat est nommé avec Francia, qui deviendra bientôt l'homme fort du pays. Mais la proclamation (Bando) du triumvirat du 17 mai, reconnaît encore la souveraineté du roi Ferdinand VII. Le cri des patriotes est dirigé contre les prétentions de la province voisine, non contre la monarchie espagnole.
    Le 1er Congrès national, réuni le 17 juin, qui rassemble 260 députés de toutes les régions de la province et la note du 20 juillet 1811 de la nouvelle Junta Gubernativa, confirme la position du Paraguay : affirmation de ses droits propres, refus de l'autorité de Buenos Aires, reconnaissance de la souveraineté du roi Ferdinand VII et du Conseil de régence qui le représente.
    Le traité solennel du 12 octobre 1811, en dépit de ses ambiguïtés, propices aux controverses ultérieures, et de la manifestation d'une vague volonté d'union et d'alliance entre les provinces, affirme de même « l'indépendance de la Province de Paraguay de celle de Buenos-Ayres », reconnait au Paraguay le droit de percevoir à Asunción la taxe sur l'herbe à maté et limite les droits qui pourraient être perçus à Buenos Aires sur le tabac. Il fixe également les limites des territoires contestés : les deux départements de Santiago et Candelaria avec 13 pueblos reviennent au Paraguay, les deux départements de Concepción et Yapeyu avec 10 pueblos vont à Buenos Aires, tandis que le cinquième département, San Miguel avec ses 7 réductions, est depuis 1801 dépendant du Brésil. Mais en fait, les deux parties s'accuseront ensuite réciproquement de violer le traité.
    Le congrès de 1813 réunit mille députés élus par de larges assemblées populaires, et l'objectif est clairement d'affirmer l'indépendance du pays, en dépit même d'une déclaration solennelle. Ainsi, le congrès se déclare souverain, ne reconnaît plus Ferdinand VII et le Paraguay refuse toute participation aux congrès qui réuniront par la suite certaines provinces de l'ancienne vice-royauté qui formeront les Provinces unies du Rio de La Plata, puis la confédération et la république argentine. Mieux, il confie le pouvoir à « deux consuls de la République », sur le modèle de la République romaine. Le Congrès de 1814, établit ensuite l'unité du pouvoir en attribuant le titre de Dictateur suprême de la République à José Gaspar de Francia, qui conserve le pouvoir jusqu'à sa mort en 1840.
    Carlos Lopez, son successeur, juge enfin nécessaire, après trente années de conflits avec Buenos Aires, de proclamer formellement l'indépendance le 25 novembre 1842, tout en affirmant que « notre émancipation et indépendance est un fait solennel et incontestable depuis plus de trente ans ». Cette déclaration provoque le blocus du Parana par Buenos Aires et la guerre entre les deux pays. L'indépendance du Paraguay n'est reconnue par la Confédération Argentine le 17 juillet 1852, qu'après la chute de Rosas, le dictateur de Buenos Aires, et elle met fin au blocus. Mais la guerre de la Triple alliance entre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay, entre 1864 et 1870 permet aux alliés de dépouiller le Paraguay d'une partie importante de son territoire, en massacrant au passage entre le tiers et la moitié de la population.
    L'indépendance n'est reconnue par l'Espagne que le 10 septembre 1880.
    Sous la présidence des Lopez, l'indépendance est commémorée le 25 décembre, jour de la prestation de serment à la déclaration de 1842. Après la défaite de 1870, la mauvaise réputation faite à Francia et à Lopez conduit à privilégier les 14/15 mai pour la célébration de l'indépendance, mais le président Jara en 1911 voulait fixer cette célébration au 12 octobre ; récemment, la loi n° 6576, du 13 juillet 2020, vient de déclarer le 12 octobre 1813 « Jour de la proclamation du Paraguay comme République ».

Sources : El Paraguayo independiente, 2e édition, Asunción, Imprenta de la Republica, 1859, notamment p. 4 pour la décision du Cabildo et ensuite pour les suivantes. Ignacio Telesca, « Independencia e indiferencia, Paraguay ante el Congreso de Tucumán de 1816 », Prismas, Nº 20, 2016.
Romero, José Luis. “Prólogo”. Pensamiento político de la emancipación (1790-1825); compilación, notas y cronología con Luis Alberto Romero. Caracas, Biblioteca Ayacucho, 1977, 2 volumes.
https://www.lanacion.com.py/portada/2020/05/14/10-datos-que-todo-paraguayo-debe-saber-sobre-la-independencia/
http://www.tsje.gov.py/descargar.php?a=pdf/constitucion_de_1813.pdf (récupéré grâce à la Wayback machine le 20 mars 2022).
https://www.youtube.com/watch?v=ge-Qv0Ukbik&t=48s [consulté le 10 mars 2022].


Déclaration d'indépendance du 25 novembre 1842.

En la ville de l'Assomption, capitale de la République du Paraguay, le vingt-cinq novembre mil huit cent quarante-deux, réunis en Congrès général extraordinaire, quatre cents députés convoqués spécialement par MM. les Consuls, formant légalement le gouvernement suprême, les citoyens Carlos Antonio Lopez et Mariano Roque Alonzo, usant des facultés qui nous appartiennent, accomplissant notre devoir, et satisfaisant aux constants désirs de nos concitoyens, ainsi qu'à ceux dont nous sommes animés.

Considérant
— que notre émancipation et indépendance est un fait solennel et incontestable depuis plus de trente ans ;
— que, durant ce long espace de temps et depuis que la République du Paraguay, par ses seuls efforts, s'est séparée pour toujours de la métropole espagnole ; qu'également et de la même manière elle s'est soustraite de fait à tout pouvoir étranger, voulant unanimement, dès lors, n'appartenir qu'à elle seule et former, comme elle l'a fait, une nation libre et indépendante, régie par le système républicain, sans qu'à aucune époque il ait eu un fait qui contredise cette déclaration explicite ;
— que ce droit, propre à tout État libre, a été reconnu aux autres provinces de l'Amérique du Sud, par la République Argentine, et qu'il ne paraît pas raisonnable de penser qu'il soit contesté à la République du Paraguay, qui, outre les justes titres sur lesquels elle se fonde, a été dotée par la nature de toutes les faveurs propres à en faire une nation forte, peuplée et riche en ressources de toute espèce pour le commerce et l'industrie ;
— que tant de souffrances et de privations antérieures, consacrées avec résignation, en vue de l'indépendance de notre République et pour nous sauver en même temps des horreurs de la guerre civile, sont autant de preuves irrécusables du droit incontestable du peuple de la République à son absolue émancipation et à son indépendance de tout pouvoir étranger ;
— que, comme conséquence de ces principes et du vote unanime de la République, pour que rien ne manque à la base fondamentale de notre existence politique, confiants dans la divine Providence, nous déclarons solennellement :

Article premier.

La République du Paraguay, dans le Rio de la Plata, est pour toujours, de fait et de droit, une nation libre et indépendante de tout pouvoir étranger.

Article 2.

Jamais elle ne sera le patrimoine d'une personne ou d'une famille.

Article 3.

À l'avenir, le gouvernement qui sera élu pour présider aux destinées de la nation, fera serment, en présence du Congrès, de conserver et de défendre l'intégrité et l'indépendance du territoire de la République, faute de quoi il ne pourra prendre possession des rênes du gouvernement, exceptant le gouvernement actuel qui a déjà prêté ledit serment, à l'époque de son inauguration;

Article 4.

Les employés civils, militaires et ecclésiastiques seront tenus de prêter serment de maintenir cette déclaration.

Article 5.

Aucun citoyen ne pourra, à l'avenir, occuper un emploi public, sans au préalable avoir prêté le serment ci-dessus
indiqué.

Article 6.

Le gouvernement suprême communiquera officiellement cette déclaration solennelle aux gouvernements voisins et à celui de la Confédération Argentine, et rendra ensuite compte du résultat au Congrès souverain. •

Article 7.

Le présent acte sera communiqué au pouvoir exécutif de la République, afin qu'il le fasse publier dans tout le territoire de la nation avec toute la solennité possible, qu'il l'exécute et le fasse exécuter ainsi qu'il convient.

Donné en la salle du Congrès, signé de notre main, scellé du sceau de la République, et contresigné par notre secrétaire.

Carlos Antonio Lopez, Président du Congrès souverain.
Domingo Francisco Sanchez, Secrétaire,