Roumanie
Constitution des Principautés unies.
Après quatre
siècles de domination ottomane,
la Moldavie et la Valachie sont placées sous la protection
de la
Russie, par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829,
tout en
restant vassales de l'Empire ottoman. L'insurrection nationale de 1848
est sévèrement réprimée,
mais, à la
suite de la guerre de Crimée, le traité de Paris
de 1856
reconnaît l'autonomie des deux principautés et
restitue la
Bessarabie à la Moldavie. A la suite de la
réunion de deux
assemblées consultatives, un acte organique est
adopté par
la conférence de Paris, le 7/19 août 1858. Le
colonel Alexandru
Ioan Cuza est élu prince de Moldavie le 5 (17) janvier et de
Valachie
le 24 janvier (5 février) 1859. L'Empire ottoman et les
puissances
acceptent alors l'union des deux principautés. Cuza est
renversé
en 1866 et le prince Charles de Hohenzollern- Sigmaringen
appelé
à régner sous le nom de Carol. Une
Assemblée constituante
est convoquée qui vote une
Constitution,
promulguée le 1/13 juin, qui régira le pays
jusqu'à
la Grande Guerre.
La
Roumanie profite de la guerre russo-turque
pour proclamer son indépendance le 9/21 mai 1877. Le traité
de Berlin du 13 juillet 1878 reconnaît cette
indépendance
(art. 43), mais exige la modification de l'article 7 de la Constitution
pour mettre fin aux discriminations religieuses.
Ces discriminations concernaient essentiellement les
juifs, puisque, en soumettant la Moldavie et la Valachie à sa
suzeraineté, le Sultan avait accepté que jamais les
musulmans ne pussent s'établir dans ces provinces et qu'aucune
mosquée n'y fût bâtie (traité de 1460 entre
Mahomet II et Ulad V ; traité de 1513 entre Sélim Ier et
Bogdan). Par ailleurs, le traité d'Andrinople de 1829,
en remettant à la Valachie les villes turques situées sur
la rive gauche du Danube, avait imposé aux musulmans de vendre
leurs biens aux indigènes et de quitter le territoire. Les
commerçants musulmans pouvaient se livrer à leur
activité sur ces territoires, mais sans pouvoir s'y
établir. En revanche, les juifs jouissaient de la liberté
de culte et des droits civils, mais ils ne pouvaient obtenir la
naturalisation, réservée aux seuls étrangers
chrétiens, par le règlement organique ottoman de 1832,
ainsi que par la Constitution de 1866. Or, l'immigration juive
s'était accrue, en provenance de Russie et de Galicie, fuyant
les persécutions. L'article 7 de la Constitution de 1866 est
donc modifié pour déférer aux stipulations des
Puissances, la naturalisation étant normalement soumise à
un stage de dix ans.
Loi du 13 octobre 1879 révisant l'article 7 de la Constitution.
A la place de l'article 7 soumis à la révision, on mettra le suivant :
Article 7.
La distinction des croyances religieuses et des confessions ne
constituera point en Roumanie un obstacle à l'acquisition des
droits civils et politiques et à leur exercice.
1. L'étranger, quelle que soit sa religion, et qu'il soit soumis
ou non à une protection étrangère, pourra obtenir
la naturalisation sous les conditions suivantes :
a) Il adressera au gouvernement sa pétition de naturalisation,
par laquelle il fera connaître le capital qu'il possède,
la profession ou l'industrie qu'il exerce, et sa volonté
d'établir en Roumanie son domicile.
b) A la suite de cette demande, il devra habiter le pays pendant dix
années, et prouver par ses actions qu'il est utile au pays.
2. Pourront être dispensés du stage :
a) Ceux qui auront introduit dans le pays des industries, des
inventions utiles ou qui posséderont des talents
distingués ; ceux
qui auront fondé de grands établissements de commerce ou d'industrie ;
b) Ceux qui, nés et élevés dans le pays, n'auront jamais joui d'une protection étrangère ;
c) Ceux qui auront servi sous les drapeaux pendant la guerre de
l'indépendance, lesquels pourront être naturalisés
d'une manière
collective, sur la proposition du gouvernement, par une seule loi et sans autre formalité.
3. La naturalisation ne peut être accordée que par une loi et individuellement.
4. Une loi spéciale déterminera le mode par lequel les
étrangers pourront établir leur domicile en Roumanie.
5. Les Roumains (de naissance ou naturalisés) seuls peuvent acquérir des immeubles ruraux en Roumanie.
Les droits déjà acquis seront respectés.
Les conventions internationales déjà existantes restent
en vigueur avec toutes leurs clauses et jusqu'à l'expiration de
leur durée.
Pour obtenir davantage
d'informations sur le
pays et sur le texte ci-dessus,
voir la fiche Roumanie.
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Jean-Pierre
Maury