A la suite de l'ouverture du canal de Suez, le
17 novembre 1869, les puissances européennes s'engagent dans la
conquête des côtes occidentales de la mer Rouge et de la
Corne de l'Afrique. Les Britanniques, en 1884, s'emparent du port
stratégique de Berbera, au nord du pays somali. Les Italiens
s'établissent plus au sud, sur la côte de l'océan
Indien.
L'Italie s'implante d'abord dans le Benadir, la
région de Mogadiscio (diverses orthographes - la Magdochou
d'Élisée Reclus - 1888). Plusieurs sultanats de la Corne
de l'Afrique doivent accepter la protectorat de l'Italie : Hobyo, 8
février 1889 ; Majerteen (Pount) le 7 avril ; Geledi, 1911
; une loi du 7 avril 1908 institue la colonie. Le Jubaland est
cédé par les Britanniques le 16 juillet 1924, en
application des accords de Londres de 1915 (entrée en guerre de
l'Italie).
Les Britanniques, chassés en 1940, occupent
en 1941 la Somalie italienne (ainsi que l'Érythrée, et
l'Éthiopie ; les Italiens signant l'armistice le 3 septembre
1943) et l'administrent jusqu'en 1949. La « Question du sort des
anciennes colonies italiennes » est alors soumise à
l'Assemblée générale de l'ONU. La
résolution 290 (IV) du 21 novembre 1949 place le pays sous le
régime de la tutelle pour une période de dix ans.
Décision d'autant plus surprenante que l'Italie, à
l'époque, n'est pas membre de l'ONU.
L'administration italienne est installée le 1er avril 1950 à titre provisoire, puis officiellement le 22 décembre. Le pays manque de cadres et dispose d'une langue parlée, mais alors non écrite (le président Barre choisira en 1972 un alphabet latin modifié). Le système d'apparence démocratique fonctionne en réalité sur la base d'alliances fluctuantes entre les quatre principaux clans et les multiples sous-clans du pays. Le gouvernement s'efforce, sans en avoir les moyens, de former un État centralisateur et expansionniste (formation d'une Grande Somalie). Il revendique des territoires appartenant à l'Éthiopie, au Kenya, ainsi que Djibouti (alors à la France).
Le 21 octobre 1969, après un coup
d'État, le général Siad Barre tente
d'établir un pouvoir fort, se réclamant du socialisme,
qui devient rapidement dictatorial. Face à une résistance
armée de plusieurs clans, la répression exercée
notamment sur les clans du nord-est est très violente ; on
parle de génocide des Isaaq entre 1987 et 1989. La
rébellion s'étend et le 27 janvier 1991, Siad Barre doit
fuir la capitale. Après sa chute, le Somaliland se
déclare indépendant le 18 mai 1991 et plusieurs provinces
deviennent de fait autonomes.
La Somalie s'enfonce alors dans une crise
profonde marquée par la guerre civile et la famine ;
marquée aussi sur le plan médiatique, en décembre
1992, par l'image du ministre Bernard Kouchner apportant, sac sur
l'épaule, le riz collecté par les écoliers
français, et par son envers dramatique, les cadavres
mutilés des soldats étatsuniens trainés dans les
rues de Mogadiscio en octobre 1993. L'intervention internationale
échoue, les casques bleus également (1993-1995).
L'Éthiopie en 2006, pour empêcher les djihadistes de
l'union des tribunaux islamiques, de prendre le pouvoir, le Kenya en
2009 interviennent également pour protéger leurs
frontières. La Somalie devient le prototype des États
faillis.
En 2004, le Parlement se réunit au
Kenya, plus tard à Djibouti ! Le gouvernement
fédéral détient une autorité fragile sur un
territoire fluctuant au gré des alliances et des combats. Il ne
tient que grâce au soutien de troupes de
l'Organisation de l'unité africaine et de la Turquie, qui tente
de s'implanter à la faveur du désordre. Un fragile modus
vivendi reposait
depuis 2012 sur un système clanique garantissant l'autonomie des
clans que le
président Hassan Sheikh Mohamoud a souhaité remplacer par
le recours au suffrage universel.
Le 30 avril 2024, il propose de modifier la
Constitution, ce qui conduit les autorités de plusieurs
États fédérés, reconnaissant vaguement
l'autorité centrale à retirer cette reconnaissance. Ainsi
le Pount se déclare indépendant le 31 janvier 2024, le
Juba le 10 novembre 2024. Les forces fédérales capitulent
à l'issue de la bataille du Ras
Kamboni avec les forces des Derviches de Juba, le 11 décembre
2024. Le groupe des Chabab (Djihadistes liés à
al-Quaïda) contrôle le sud et le centre du pays
où Mogadiscio est cerné. Le gouvernement du Koofur Orsi
State ne comporte pas moins de 53 ministres pour assister le
président et le vice-prés!dent d'un État devenu
provisoirement autonome
[https://en.wikipedia.org/wiki/South_West_State_of_Somalia
(consulté le 4 avril 2026}].
Les clans actuels (Darood, Dir, Hawiye, Rahanwein/Digil-Mirifle et une centaine d'autres plus petits) correspondent grossièrement aux sultanats antérieurs à la colonisation italienne, dont celle-ci s'était souvent accommodée et devant lesquels le système de tutelle a vainement tenté de forcer la création d'un État et d'une nation modernes. La Somalie est sans doute le chef d'oeuvre produit par la bureaucratie onusienne et continué par celle (pourtant si peu efficace) de l'OUA.
Autres documents
Accord de tutelle et principes constitutionnels du 27 janvier 1950.
Résolution 1478 (XIV) sur l'indépendance du territoire.
Constitution de 1960.
Charte fédérale de transition pour la République somalienne, 2004.
Histoire
1884 - Les Britanniques s'établissent sur la côte nord et les Italiens s'installent sur la côte de l'océan Indien.
1941 - Administration britannique de la Somalie italienne.
2 décembre 1949 - La Somalie est placée sous la tutelle de l'Italie.
26 juin 1960 - Le Somaliland britannique devient indépendant.
1er juillet 1960 - Indépendance de la Somalie italienne et union avec le Somaliland.
21 octobre 1969 - Coup d'État. Le général Siad Barre prend le pouvoir.
1977-1978 - Guerre de l'Ogaden contre l'Ethiopie.
21 octobre 1979 - Adoption d'une nouvelle Constitution.
27 janvier 1991 - Siad Barre doit fuir la capitale.
2004 - Adoption d'une Charte de transition.
Liens
Voir également le site du Somaliland.
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