Le Togo, colonie allemande, fut occupé durant la Grande Guerre par les forces françaises et britanniques, puis partagé entre les deux Puissances et soumis au régime du mandat sous le contrôle de la Société des Nations. En 1946, le gouvernement français accepte de soumettre le territoire du Togo, ainsi que celui du Cameroun, au régime international de tutelle, selon un accord approuvé par l'Assemblée générale de l'ONU le 13 décembre 1946.
Les Puissances administrantes sont pressées par l'ONU de faire évoluer le statut des territoires. Ainsi, au Togo britannique, un référendum a lieu le 9 mai 1956 : 93.095 voix (58%) sont favorables à l'union avec la Gold Coast, qui doit bientôt devenir indépendante sous le nom de Ghana, 67.492 voix contre (42%), les opposants étant majoritaires dans dans les districts méridionaux de Ho et Kpandu, où le peuple Ewé souhaitait retrouver son unité.
Au Togo français, une Assemblée représentative élue au suffrage universel avait été établie par le décret n° 46-2378 du 25 octobre 1946. La loi du 6 février 1952 la remplace par une Assemblée territoriale élue au collège unique. Ensuite, la loi du 16 avril 1955 institue un Conseil de gouvernement.
La loi du 23 juin 1956 (loi Defferre) autorise le Gouvernement français à mettre en oeuvre de nouvelles réformes et à prendre les mesures propres à assurer l'évolution des territoires d'outre-mer. Son titre II, relatif aux territoires sous tutelle, l'autorise à définir un statut pour le Togo. C'est l'objet d'un projet de décret, dont l'article premier dispose que le Togo devient une République autonome, dont les affaires propres sont réglées par une assemblée législative et un conseil des ministres, dirigé par un premier ministre responsable devant l'assemblée. Le nouveau statut devait être soumis au référendum, sous contrôle de l'ONU. Cependant le Conseil de tutelle de l'ONU, réuni le 13 août, critique la proposition française et refuse de contrôler le référendum.
Néanmoins, après avis de l'Assemblée territoriale du Togo, le décret est publié le 24 août 1956 (JORF du 26 août 1956, p. 8173 à 8176), et promulgué au Togo par arrêté du 29 août (JO togolais du 30 août, n° 888, p. 1). C'est ainsi que, le 30 août 1956, la République autonome du Togo est instituée. Elle est proclamée le 4 septembre 1956 par le haut-commissaire de la République française, avant d'être installée solennellement, le 21 septembre 1956, par le ministre de la France d'outre-mer, Gaston Defferre. Nicolas Grunitzky est devenu premier ministre le 10 septembre.
Le Statut de 1956 est bientôt modifié par un décret n° 57-359 du 22 mars 1957 qui renforce les pouvoirs du premier ministre. Mais c'est le décret 58-187 du 22 février 1958 qui institue officiellement la République du Togo et prépare l'indépendance. S'il se présente comme une simple modification du Statut de 1956, il établit un statut qui est une véritable première Constitution pour le nouvel État, puisque si celui-ci reste sous le régime de la tutelle, seules la monnaie,la défense et les affaires étrangères relèvent alors de la compétence de la France.
Les élections d'avril 1958 sont remportées par Sylvanus Olympio (beau-frère de Grunitzki), le porte-parole des Ewés, formé en Angleterre et hostile à la France, qui devient premier ministre le 16 mai. Cependant, afin de mieux tracer la voie vers l'indépendance, un nouveau statut, avec l'accord de l'ONU, est promulgué le 30 décembre 1958, plus simple, semblable à celui qui est établi au Cameroun. Pour instituer le nouvel État indépendant, il suffira de remplacer le haut commissaire français par un chef de l'État, principalement chargé des relations internationales. Cependant un nouveau texte est adopté par l'Assemblée togolaise.
Le Togo accède à l'indépendance le 27 avril 1960, et il devient, le 20 septembre suivant, membre de l'ONU, qui accueille en même temps 17 pays, dont 14 anciennes possessions françaises.
Le régime est profondément modifié par l'adoption, le 9 avril 1961, d'une nouvelle Constitution, qui augmente considérablement les pouvoirs du président de la République.
Discours d'indépendance de Sylvanus Olympio.
Sentinelle, que dis-tu de la nuit ?
« La nuit est longue, mais le jour vient », répond la sentinelle.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Le grand jour tant souhaité est enfin arrivé. Notre pays, le TOGO qui, depuis 1884, a été successivement protectorat allemand, condominium franco-britannique, territoire sous tutelle de la France, retrouve en ce jour du 27 avril 1960, sa liberté d'antan.
De ce moment et à jamais, affranchi de toute sujétion, de toute entrave, maître de ton destin, TOGO, mon pays, te voilà libre enfin,
Libre d'être toi-même, de suivre tes idées et tes inclinations, de choisir selon ta raison et tes sentiments, de décider d'après ta propre volonté,
Libre enfin, dans la dignité retrouvée, de prouver et d'affirmer ta personnalité.
Notre joie est profonde, immense. Si profonde qu'elle ne peut s'empêcher d'être grande aussi. Le jour est venu, mais la nuit a été longue. Tant d'années avant d'avoir pu être compris, tant d'espoirs pour rester ferme tout au long de cette route semée de déceptions, tant de volonté pour connaître enfin cette heure que nous ne saurions vivre avec légèreté.
Mais le jeune Togo est là, fier de sa force, impatient d'entrer dans l'arène. Il porte sur le front l'orgueil d'un peuple libre et son coeur ardent s'emplit d'enthousiasme devant la tâche, certes rude mais combien exaltante, qui lui est offerte.
Que sa joie éclate! Que dans tout le pays, nul autre sentiment ne partage les coeurs afin que cet instant, unique dans la vie d'une nation, reste pur dans le souvenir de ceux qui l'auront vécu.
Instant historique aussi.
En ce lieu, en ce jour, à cette heure, au nom du peuple togolais, je proclame solennellement l'Indépendance du TOGO, notre patrie.
Et maintenant, Togolais et Togolaises, allons, comme l'hymne national nous y convie, allons tous ensemble bâtir la cité.
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