Angleterre

La Révolution et la République

Projet d'une constitution républicaine.
Proclamation de la République.
Les constitutions du Protectorat de Cromwell.
Humble pétition et avis complémentaires et explicatifs.

    En 1640, éclate en Angleterre la Grande Rébellion, d'abord sous la forme d'une Révolte parlementaire contre le gouvernement personnel du Roi Charles, la « tyrannie des onze ans » : le Long Parlement, réuni le 3 novembre 1640 met rapidement en accusation les ministres Strafford et Laud, qui sont emprisonnés, puis exécutés ; ensuite par la guerre civile entre l'armée royale et l'armée créée par le Parlement, qui se termine par l'exécution du roi Charles (30 janvier/9 février 1649).
    Cette Révolution, la première des grandes révolutions occidentales qui mettent à bas l'Ancien Régime, s'appuie sur le mouvement puritain inspiré par la théologie calviniste, alors que les dissidents ont déjà commencé à quitter l'Angleterre pour les terres nouvelles d'Amérique du Nord, où ils deviennent les Pilgrim Fathers (voir la convention du Mayflower - 1620). La période est notamment marquée par une incroyable liberté d'expression et la parution de plusieurs textes importants : l'Areopagitica de Milton, le fameux Léviathan de Hobbes,  Oceana de Harrington, peu connu en France et, plus tard, les Deux Traités du gouvernement civil de Locke. Liberté d'expression qui culmine sans doute dans les Débats de l'Armée, à Putney en octobre-novembre 1647, entre soldats, principalement de tendance niveleurs et officiers dont Ireton, le gendre de Cromwell, notamment sur la revendication d'une constitution écrite, le droit de suffrage (élargi sinon universel ?), sur le droit de propriété (suppression ?) et même la liberté religieuse.
    Le Parlement (qui avait été épuré des presbytériens le 6 décembre 1648, d'où l'appellation de Rump- Croupion) institue alors un Conseil d'État, gouvernement collectif de 41 membres présidé par Oliver Cromwell (13 février), il supprime la fonction royale (17 mars), puis la Chambre des lords (19 mars) et enfin proclame la République. L'aile avancée du mouvement révolutionnaire, les « Niveleurs », dont les leaders, notamment Lilburne, sont emprisonnés à la Tour de Londres, propose une Constitution républicaine, « Agreement of the people », ci-dessous, que le professeur Lutaud considère comme la première Constitution moderne, « la première constitution jamais rédigée en Europe pour toute une nation »..
    Le Long Parlement est chassé le 20 et dissous par Cromwell le 22 avril 1653 (Il sera brièvement réuni après la mort de Cromwell, en mai, puis encore en décembre 1659). Cromwell, avec le titre de Lord-Protecteur, peut alors établir le Protectorat autoritaire. Une première Constitution, Instrument of Government ; proposée par le général Lambert, est adoptée le 15 décembre 1653. Elle confère le pouvoir exécutif au Lord Protecteur, nommé à vie. Elle est remplacée le 25 mai 1657 par la seconde Constitution, Humble Petition and Advice, aussitôt complétée par un texte complémentaire (traduit ci-dessous). Cromwell était devenu un roi de fait, même s'il refusait de porter le titre. Mais à trop singer la monarchie... à quoi bon la République !
    Cromwell mort le 3 septembre 1659, son fils Richard lui succède, mais rapidement le général Monck prépare la Restauration de l'ancien régime. Le fils du roi défunt, Charles II, réfugié à Bruxelles, puis en Hollande, publie la Déclaration de Bréda. Il est proclamé roi
Charles II, le 8 avril 1660, la Chambre des lords est rétablie, ainsi que l'Église anglicane, les évêques retrouvent leurs sièges, l'armée est licenciée. Les régicides sont poursuivis et souvent exécutés ; même les morts (Cromwell, Ireton...) sont déterrés et pendus...
   
Sources : Texte de la proclamation : document 90, tiré de The Constitutional Documents of the Puritan Revolution, 1625-1660, selected and edited by Samuel Rawson Gardiner, Oxford, Clarendon Press, 1906. Cet ouvrage, qui contient 105 documents de la période référencée, a été numérisé et publié par la Bibliothèque de la liberté. Traduction originale. Il nous a paru approprié de traduire ici Commonwealth par République, afin d'éviter toute confusion avec le Commonweslth actuel qui s'est développé à partir de 1926, afin de maintenir des liens entre le Royaume-Uni et les anciennes colonies devenues indépendantes.
    Le texte de « l'Humble pétition et avis complémentaires et explicatifs » (même source, document 103) a été également traduit par nos soins.


Projet d'une constitution républicaine.

Lutaud Olivier. L'accord du peuple, Londres, 1er mai 1649, in: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 17ᵉ année, n. 3, 1962. p. 501-516. Voir ici copie pdf.
DOI : https://doi.org/10.3406/ahess.1962.420852
www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1962_num_17_3_420852


Proclamation de la République.

(19 mai 1649)

Texte anglais.

Be it declared and enacted by this present Parliament, and by the authority of the same, that the people of England, and of all the dominions and territories thereunto belonging, are and shall be, and are hereby constituted, made, established, and confirmed, to be a Commonwealth and Free State, and shall from henceforth be governed as a Commonwealth and Free State by the supreme authority of this nation, the representatives of the people in Parliament, and by such as they shall appoint and constitute as officers and ministers under them for the good of the people, and that without any King or House of Lords.

Traduction.

Il est déclaré et promulgué par le présent Parlement et par son autorité, que le peuple d'Angleterre, et de tous les dominions et territoires lui appartenant, est et doit être, et est par la présente constitué, fait, établi et confirmé comme une République et un État libre, et doit être désormais gouverné comme une République et un État libre par l'autorité suprême de cette nation, les représentants du peuple au Parlement, et par tel qu'il doit nommer et instituer comme officiers et ministres sous eux pour le bien du peuple et sans aucun roi ni Chambre des lords.



Les constitutions du Protectorat de Cromwell.

L'Instrument de Gouvernement. « Les constitutions de l’interrègne en Angleterre : (I) l’Instrument of Government (1653) », texte anglais et traduction française présentés par Renan Le Mestre, Jus Politicum, n° 5, 2010.

Humble pétition et Avis
. « Les constitutions de l’Interrègne en Angleterre (II) : l’Humble Petitition and Advice (1657) », texte anglais et traduction française présentés par Renan Le Mestre, Jus Politicum, n°5, 2010.


Humble pétition et avis complémentaires et explicatifs.

[26 juin 1657]

À Son Altesse le Lord Protecteur de la République d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, ainsi que des domaines et territoires en relevant : l'humble pétition et avis complémentaires et explicatifs des chevaliers, citoyens et bourgeois actuellement réunis au sein du Parlement de la République.

Attendu que, suite à l'humble requête et à l'avis desdits chevaliers, citoyens et bourgeois actuellement réunis au Parlement de la République, récemment présentés et approuvés par Votre Altesse, certains doutes et questions ont surgi concernant quelques points qui y sont contenus, et pour l'éclaircissement desquels il plaise à Votre Altesse de déclarer et d'approuver les ajouts et explications mentionnés ci-après, et qu'il soit déclaré, avec le consentement de Votre Altesse :

À l'article quatre,

Que les personnes ayant envahi l'Angleterre sous le commandement du duc de Hamilton en 1648, ou ayant conseillé, approuvé, soutenu ou volontairement contribué à cette guerre, et qui ont pour cette raison été écartées de toute fonction publique par le Parlement d'Écosse, soient déclarées incapables d'élire ou d'être élues pour siéger et servir en tant que membres du Parlement, ou d'occuper toute autre fonction publique visée par les articles 4 et 13 de la Pétition et avis ; à l'exception de celles qui, depuis lors, ont pris les armes pour Votre Altesse ou pour le Parlement, ou qui ont été admises à siéger et servir au Parlement de la République et ont une vie et une conduite exemplaires, ou encore de celles dont Votre Altesse déclarera ultérieurement, sur l'avis de son Conseil, qu'elles ont donné un témoignage éclatant de leur bon attachement et de leur fidélité à celui-ci.

Que la disposition restrictive contenue dans cet article 4 soit interprétée comme suit : les protestants anglais et écossais qui (depuis la défection du comte d'Ormond et du lord Inchiquin, et avant le 1er mars 1649) ont pris les armes pour le Parlement ou pour Votre Altesse, et sont demeurés fidèles à ceux-ci depuis lors, ou qui ont par ailleurs (avant ledit 1er mars 1649) donné un témoignage éclatant de leur bon attachement à cette République, et lui sont demeurés fidèles depuis lors, ne seront ni écartés ni jugés incapables d'élire ou d'être élus pour servir au Parlement. Et attendu que, dans ledit article quatre, les ministres du culte ou prédicateurs publics de l'Évangile sont déclarés inéligibles pour siéger au Parlement, il est par la présente précisé et déclaré que cette disposition ne s'applique qu'aux ministres et prédicateurs percevant une rémunération pour leur prédication, ou agissant en qualité de pasteurs ou d'enseignants auprès de congrégations.

Dans ledit article quatre,

Au lieu de commissaires nommés par une loi du Parlement pour examiner et juger si les membres devant être élus à la Chambre des communes lors des futurs Parlements sont aptes à siéger selon les critères d'éligibilité mentionnés dans ladite Pétition et Avis, une amende de 1 000 livres sterling sera imposée à tout membre ainsi jugé inéligible par ladite Chambre des communes, assortie d'une peine d'emprisonnement jusqu'au paiement de ladite somme.

Et concernant les dispositions suivantes dudit article, à savoir : « Nous souhaitons, avec le consentement de Votre Altesse, » qu'il soit ordonné que quarante et un commissaires soient nommés par une loi du Parlement ; lesquels, ou cinq d'entre eux ou davantage, seront habilités à examiner et juger si les membres élus à la Chambre des communes dans des futurs Parlements sont aptes à siéger, conformément aux critères mentionnés dans la présente Pétition et Avis ; et, s'ils les jugent inaptes, à les suspendre de leurs fonctions jusqu'à ce que la Chambre des communes, après avoir examiné leur cas particulier, les admette à siéger ; ces commissaires demeurant ainsi habilités à cette fin jusqu'à ce que la Chambre des communes, lors d'un futur Parlement, nomme un nombre équivalent d'autres commissaires pour les remplacer ; ces nouveaux commissaires, ainsi nommés lors d'un futur Parlement, disposant des mêmes pouvoirs et de la même autorité. Lesdits commissaires devront notifier par écrit à la Chambre des communes, dès le premier jour de sa session, les motifs et fondements de la suspension de toute personne élue comme susmentionné ; l'accusation devra reposer sur la déclaration sous serment du dénonciateur ou de toute autre personne. Qu'une copie de l'accusation devra être remise par la partie accusatrice, par écrit et sous sa signature, à la partie accusée ou, en son absence, à son domicile situé dans le comté, la ville ou le bourg pour lequel il a été élu, s'il possède un tel domicile, ou, à défaut, au shérif du comté (s'il a été élu pour un comté) ou au premier magistrat de la ville ou du bourg pour lequel il a été élu ; à défaut de quoi, la procédure ne pourra être ni mise à exécution ni utilisée, mais sera considérée comme nulle, sans effet et invalide, et devra être interprétée et tenue pour telle à toutes fins utiles, nonobstant toute disposition contraire contenue dans ladite Pétition et ledit Avis.

À l'article cinq,

Que la nomination des personnes destinées à remplacer les membres de l'autre Chambre qui décéderaient ou seraient destitués soit faite par Votre Altesse et vos successeurs.

À l'article sept,

Que les fonds alloués à l'entretien des forces navales et terrestres soient débloqués sur avis du Conseil ; et que le Trésorier ou les Commissaires du Trésor rendent compte de ces fonds à chaque Parlement.

Que les officiers d'État et les juges, mentionnés à l'article 9 de ladite pétition et de l'avis, soient choisis durant les intersessions parlementaires, avec le consentement du Conseil, et la décision devra ensuite être approuvée par le Parlement.

Que Votre Altesse veuille bien, conformément à l'usage des anciens chefs de gouvernement de ces nations, et pour la plus grande satisfaction de leurs peuples, prêter serment comme suit :

« Je promets et jure, en présence et au nom de Dieu Tout-Puissant, de défendre et de maintenir, de toutes mes forces, la véritable religion chrétienne protestante réformée, dans toute sa pureté, telle qu'elle est contenue dans les Saintes Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, et d'encourager sa profession et ceux qui la pratiquent ; et de m'efforcer, en tant que chef de gouvernement de ces trois nations, de maintenir et de préserver la paix et la sécurité, ainsi que les droits et privilèges légitimes de leurs peuples ; et de gouverner, en toutes choses, selon ma connaissance et mon pouvoir, les peuples de ces nations conformément à la loi. »

Que les successeurs de Votre Altesse prêtent serment, avant de prendre leurs fonctions de gouvernement de ces nations, selon la formule susmentionnée.

Que toutes les personnes qui sont ou seront membres du Conseil privé de Votre Altesse ou de ses successeurs prêtent serment, avant d'exercer leurs fonctions de conseiller, devant des personnes dûment habilitées à cet effet par Votre Altesse et ses successeurs, selon la formule suivante :

« Moi, A. B., en présence et au nom de Dieu Tout-Puissant, je promets et jure, de toutes mes forces, dans ma fonction, de défendre et de maintenir la véritable religion chrétienne protestante réformée, dans toute sa pureté, telle qu'elle est contenue dans les Saintes Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, et d'encourager sa profession  ainsi que ceux qui la professent ; et je serai fidèle et loyal à Son Altesse le Lord Protecteur de la République d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande et des territoires qui en dépendent, en sa qualité de Premier Magistrat. » ; de ne rien concevoir, ni entreprendre, ni même tenter quoi que ce soit contre la personne ou l'autorité légitime de Son Altesse, et de garder secret tout ce qui sera traité en Conseil et placé sous le sceau du secret, ne le révélant que sur ordre ou avec le consentement de Son Altesse, du Parlement ou du Conseil ; et de remplir en toutes choses fidèlement la mission qui m'a été confiée en tant que conseiller, selon ma meilleure compréhension, pour le bon gouvernement, la paix et le bien-être de ces nations.

Que le même serment soit prêté par les membres du Conseil de Son Altesse pour l'Écosse et l'Irlande.

Que toute personne qui est ou sera membre de l'une ou l'autre Chambre du Parlement, avant de siéger au Parlement, prête serment, à compter du 1er juillet 1657, devant des personnes autorisées et désignées à cet effet par Votre Altesse et ses successeurs, selon la formule suivante :

« Moi, A. B., en présence et au nom de Dieu Tout-Puissant, je promets et jure, de toutes mes forces, dans ma fonction, de défendre et de maintenir la véritable religion chrétienne protestante réformée, dans toute sa pureté telle qu'elle est contenue dans les Saintes Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, et d'encourager sa profession, ainsi que ceux qui la professent ; et je serai fidèle et loyal au Lord Protecteur du Commonwealth d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, ainsi que des dominions et territoires qui en dépendent, en sa qualité de Premier Magistrat ; et je ne comploterai, ne concevrai ni n'entreprendrai rien contre la personne ou l'autorité légitime du Lord Protecteur, et  je m'efforcerai, dans la mesure de mes moyens, en tant que membre du Parlement, de préserver les droits et libertés du peuple.

Que Votre Altesse veuille bien, en temps opportun, avant la prochaine session de ce Parlement, faire adresser plusieurs convocations, en bonne et due forme, aux personnes qu'elle jugera aptes (étant qualifiées conformément à l'humble Pétition et Avis du Parlement, à laquelle Votre Altesse a consenti), à siéger et à servir comme membres de l'autre Chambre du Parlement ; par cette convocation, il sera ordonné aux dites personnes de se présenter personnellement à un lieu et une heure déterminés par Votre Altesse, pour donner leur avis et leur concours, et pour traiter les tâches relatives aux affaires importantes de la République, conformément aux attributions dévolues à l'autre Chambre du Parlement par ladite humble Pétition et Avis.

Que les personnes ainsi convoquées et réunies constitueront, et sont par la présente déclarées constituer l'autre Chambre du Parlement ; qu'elles pourront, dès leur réunion et sans autre approbation de la présente Chambre, accomplir tous les actes et exercer toutes les fonctions qui incombent à l'autre Chambre du Parlement, ainsi que jouir et user de tous les privilèges, pouvoirs et autorités que ladite humble Pétition et Avis lui confère, nonobstant toute disposition contraire contenue dans ladite « Pétition et Avis ».

Cette Pétition étant présentée le 26 juin 1657, la réponse de Son Altesse fut lue par le greffier du Parlement en ces termes :

Le Lord Protecteur y consent.


Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
voyez la fiche Royaume-Uni.
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Jean-Pierre Maury