Chili


Déclaration d'indépendance.

(1er janvier 1818)
    Le processus de libération du Chili débute le 18 septembre 1810, avec la formation d'une première Junte, qui prétend exercer le pouvoir au nom du roi Ferdinand VII. Mais, les partisans de l'indépendance sont bientôt défaits par l'armée espagnole à la bataille de Roncagua (2 octobre 1814). Les patriotes chiliens se réfugient au Cuyo, alors dirigé par le général San Martin qui se propose d'attaquer directement la domination espagnole au Pérou en passant par le Pacifique. San Martin forme l'armée des Andes et franchit la Cordillère en janvier 1817.
    L'armée de libération remporte 12 février 1817, la bataille de Chacabuco et entre à Santiago où le Cabildo propose à San Martin la charge de Directeur suprême. Mais San Martin souhaite poursuivre la guerre jusqu'au Pérou et c'est Bernardo O'Higgins Riquelme qui est nommé Directeur suprême le 16 février. Enfin, la victoire obtenue à Maipu, le 5 avril ouvre la voie à l'indépendance du pays.

Sources : Le texte de la Déclaration a bien été lu le 1er janvier, mais a été publié le 21 février 1818 dans la Gaceta de Santiago de Chile, Nº 33. Traduction in Dufau, P.-A., Collection des constitutions, supplément, Paris, 1830, p. 194. Texte en espagnol in Constituciones Políticas de la República de Chile 1810-2015, 2a edicion, editado por el Diario Oficial de la República de Chile, 2015, p. 76.


Le Directeur suprême de l'État,

Depuis plus de trois cents ans, la force obligeait le Nouveau Monde à respecter comme un dogme de la foi l'usurpation de ses propres droits, et d'y chercher l'origine de ses devoirs ; cependant rien ne pouvait empêcher que le terme de cette soumission contre nature n'arrivât, bien qu'il fut impossible d'en déterminer l'époque précise. La résistance du faible contre le fort semblait détruire la justice de ses prétentions, et y imprimer un caractère de sacrilège.

Il était réservé au XIXe siècle de voir l'Amérique revendiquant ses droits sans être tenue pour criminelle, et de montrer que ses souffrances pouvaient avoir d'autre durée que celle de sa faiblesse. La révolution du 18 septembre 1810 fut le premier effort fait par le Chili pour remplir les hautes destinées auxquelles il était appelé par le temps et par la nature. Depuis cette époque, ses habitants ont prouvé la fermeté de leur résolution, en affrontant courageusement les vicissitudes d'une guerre qui a pour but, de la part du gouvernement espagnol, de montrer que sa domination sur les colonies américaines pourrait survivre à la dénonciation publique des abus de tous les genres.

Cette prétention a naturellement inspiré aux habitants du Chili la résolution de se séparer à jamais de la monarchie espagnole, et de proclamer leur indépendance à la face du monde. Toutefois, les circonstances de la guerre ne permettant pas la convocation d'un congrès national pour sanctionner la voix du peuple à cet égard, nous avons cru devoir faire ouvrir des registres dans lesquels les habitants pourraient consigner librement leurs vœux sur la nécessité de déclarer notre indépendance.

Les dépouillements de ces registres ayant donné un résultat conforme à la résolution que nous avons exprimée, nous avons jugé convenable dans l'exercice des pouvoirs extraordinaires dont nous sommes revêtus par le peuple à cet effet, de déclarer solennellement en son nom et de faire connaître à la grande confédération de la race humaine et en présence du Très-Haut que le territoire continental du Chili et les îles adjacentes forment désormais, de fait et de droit, un État souverain, libre et indépendant, et sont a jamais séparés de la monarchie espagnole, avec plein pouvoir en même temps d'adopter telle forme de gouvernement qui sera jugée convenable à ses intérêts ; et afin que cette déclaration puisse avoir toute la force et solidité qui doivent caractériser le premier acte d'un peuple libre, nous engageons pour garant de cette résolution l'honneur, la vie et la fortune, ainsi que les relations sociales de ce nouvel État.

Nous engageons aussi, pour ce même effet, notre parole, la dignité de nos emplois et l'honneur des armes de notre patrie, et nous ordonnons que l'acte original de cette déclaration sois inscrit dans tous les registres ; qu'il soit déposé dans la municipalité de Santiago, et qu'il en soit répandu des copies dans toutes les villes, armées et corporations du Chili, afin que l'émancipation de notre pays soit également jurée par tous et reste à jamais scellée.

Donné au palais directorial de la Conception, le 1er janvier 1818, signé de notre main, et contresignée par nous, ministre et secrétaire d'état pour les départements du gouvernement des finances et de la guerre.

Signé : Bernardo O'Higgins, directeur suprême ;
Miguel Zañartu, Hipolito de Villegas, José Ignacio Zenteno.