Syrie et Liban


La Syrie et le Liban en 1945.

Proclamation du Général Catroux faite au nom du Général de Gaulle, Chef des Français libres, 8 juin 1941.
Proclamation de l'indépendance de la Syrie,  27 septembre 1941.  
Proclamation de l'indépendance du Liban, 26 novembre 1941.
Accord entre la France, la Syrie et le Liban concernant le transfert des services des intérêts communs aux États. 22 décembre 1943.
Rapport du Secrétaire général de l'ONU (extrait)

    Pendant la Grande Guerre, la France et la Grande-Bretagne concluent des accords organisant le partage de l'empire Ottoman ; la Russie et l'Italie devaient être associées au partage des dépouilles. En ce qui concerne le Proche-Orient arabe, c'est le gouvernement d'Aristide Briand qui conclut un accord par un échange de lettres entre l'ambassadeur Paul Cambon (9 mai 1916) et le secrétaire d'état britannique, qui confirme son accord le 16 mai.
    Ces accords ne purent s'appliquer complètement par suite de la Révolution russe, puis de la prise de pouvoir par Mustapha Kémal qui obtint l'établissement d'un État national turc. Les accords Sykes-Picot permirent cependant le partage des régions de peuplement arabe entre la France (Syrie et Liban) et la Grande-Bretagne (création de deux royaumes arabes, Irak et Jordanie, pour la dynastie hachémite chassée de La Mecque), tandis que la zone brune devient la Palestine du Mandat, dans laquelle les Britanniques créent un foyer national juif, conformément à la promesse faite, par l'intermédiaire de Lord Rothschild, au mouvement sioniste (voir la Déclaration Balfour).
    En 1941, l'intervention des forces britanniques permet à la France libre de reprendre la région au gouvernement du maréchal Pétain. Les forces britanniques et de la France libre entrent à Beyrouth le 15 juillet 1941. Le général Catroux a été  nommé le 24 juin commandant en chef au Levant. Il proclame rapidement l'indépendance des deux pays, dont les rapports avec la France seraient établis par un traité garantissant les intérêts français au Levant.
    Cependant la pression britannique conduit la France à accepter la tenue, en juillet 1943, d'élections (remportées par les nationalistes), que le général de Gaulle souhaitait retarder jusqu'à la fin de la guerre. Au Liban, l'Assemblée élit Béchara el-Khoury à la présidence de la République et vote la suppression des articles de la Constitution se référant au mandat. Le délégué de la France libre suspend alors l'Assemblée et fait arrêter les membres du gouvernement libanais le 12 novembre 1943. La crise est dénouée par le général Catroux qui fait libérer les détenus ; Khoury reprend ses fonctions le 22 novembre  et la France doit céder, en décembre, la gestion des services regroupés sous le nom d'intérêts communs. Les Libanais célèbrent le 22 novembre comme la date de l'indépendance de leur pays.
    Le gouvernement syrien demande alors le contrôle des Troupes spéciales, forces de recrutement local placées sous commandement français. Il refuse tout traité avec la France et il exige le départ des troupes françaises, que refuse le général de Gaulle. Les troubles en Syrie sont violemment réprimés, le 29 mai 1945, par l'armée française, ce qui entraîne, une intervention britannique, le 31 mai. Pour de Gaulle, il s'agit d'une action britannique pour évincer la France de la région. En fait, dans cet « Orient compliqué », les pays de la Ligue arabe, qui dénoncent « l'agression française » et soutiennent la Syrie, voudraient  se servir de son exemple pour dénoncer les traités imposés par les Britanniques.
    La Syrie et le Liban bénéficient de la reconnaissance internationale et sont invités en 1945 à la conférence de San Francisco qui adopte la Charte des Nations unies. De toute manière, le gouvernement syrien refuse tout contact avec les autorités françaises, les Français doivent partir. Le 1er août 1945, les troupes spéciales passent sous l'autorité des gouvernements syrien et libanais. En février 1946, le Conseil de sécurité de l'ONU demande l'évacuation des forces françaises encore présentes.
   
La Syrie considère son indépendance acquise le 17 avril 1946, lorsque les dernières troupes françaises quittent le pays, et elle commémore cette date.

Source :
Journal officiel de la France Libre, n° 13, 9 décembre 1941, p. 52. ONU, Rapport du Secrétaire général, Document  N° A/65, 30 juin 1946, p. 4.
Voir également : Anne Bruchez, « La fin de la présence française en Syrie : de la crise de mai 1945 au départ des dernières troupes étrangères », Relations internationales, 2005-2, p. 17. https://doi.org/10.3917/ri.122.0017

Proclamation du Général Catroux faite au nom du Général de Gaulle, Chef des Français libres.

Syriens et Libanais !

A l'heure où les forces de la France libre, unies aux forces de l'Empire britannique, son allié, pénètrent sur votre territoire, je déclare assumer les pouvoirs, les responsabilités et les devoirs du représentant de la France au Levant. Ceci au nom de la France libre, qui s'identifie avec la France traditionnelle et authentique, et au nom de son chef, le Général de Gaulle. En cette qualité, je viens mettre un terme au régime du mandat et vous proclamer libres et indépendants. Vous serez donc désormais des peuples souverains et indépendants et vous pourrez, soit vous constituer en États distincts, soit vous rassembler en un seul État. Dans les deux hypothèses votre statut d'indépendance et de souveraineté sera garanti par un traité où seront en outre définis nos rapports réciproques. Ce traité sera négocié dès que possible entre vos représentants et moi. En attendant sa conclusion, notre situation mutuelle sera celle d'alliés étroitement unis dans la poursuite d'un idéal et de buts communs.

Syriens et Libanais ! Vous jugerez par cette déclaration que si les forces françaises libres et les forces britanniques franchissent vos frontières, ce n'est pas pour opprimer votre liberté, c'est pour l'assurer. C'est pour chasser de la Syrie les forces d'Hitler. C'est pour empêcher que le Levant devienne contre les Britanniques et contre nous une base offensive de l'ennemi. Nous ne pouvons permettre, nous qui combattons pour la liberté des peuples, que, submergeant peu à peu votre pays, les ennemis puissent s'emparer de vos personnes et de vos biens et faire de vous des esclaves. Nous ne permettrons pas que des populations que la France a promis de défendre soient jetées entre les mains du maître le plus impitoyable que l'histoire ait connu. Nous ne permettrons pas que les intérêts séculaires de la France au Levant soient livrés à l'ennemi.

Syriens et Libanais ! si, répondant à mon appel, vous vous ralliez à nous, vous devez savoir que le gouvernement britannique. d'accord avec la France libre, s'est engagé à vous consentir tous les avantages dont jouissent les pays libres qui leur sont associés. C'est ainsi que le blocus sera levé et que vous entrerez sur-le-champ en relations avec le bloc de la livre sterling, ce qui ouvrira les plus larges possibilités à votre commerce d'importation et d'exportation. Vos achats et vos ventes avec tous les pays libres se feront librement.

Syriens et Libanais ! la France vous déclare indépendants par la voix de ceux de ses fils qui combattent pour sa vie et pour la liberté du monde.


Accord entre la France, la Syrie et le Liban
concernant le transfert des services des intérêts communs aux États.

Le général d'armée Catroux, commissaire d'État en mission, s'est entretenu aujourd'hui avec L. L. E. E. Saadallah Djabri, président du Conseil, Jamil Bey Mardam, ministre des affaires étrangères, Khaled Bey Azem, ministre des finances, représentants du gouvernement syrien, et L. L. E. E. Riad Bey Sold, président du Conseil, ministre des finances, et Sélim Bey Tacla, ministre des affaires étrangères, représentants du gouvernement libanais.

Les échanges de vues se sont poursuivis dans une atmosphère d'entière cordialité et de compréhension réciproque en présence de S. E. Choucri Bey Kouatli, président de la République syrienne.

Ces conversations avaient été précédées par des pourparlers similaires entre le général Catroux et les représentants du gouvernement libanais en présence de S. E. Cheikh Béchara El-Khouri, président de la République libanaise.

A l'issue de la conférence, l'entente est intervenue sur la déclaration suivante :

Un accord est intervenu à la date de ce jour entre S. R. le général d'armée Catroux, commissaire d'État en mission, et les représentants des deux gouvernements syrien et libanais, pour la remise à ces gouvernements des attributions exercées en leur nom par les autorités françaises. Par suite de cet accord, les intérêts communs, avec leur personnel, seront transférés aux deux États syrien et libanais, avec droit de législation et de règlementation à la date du 1er janvier prochain.

Les modalités concernant la passation de ces pouvoirs feront l'objet d'accords particuliers.

Fait à Damas, le 22 décembre 1943.

Signé : Jamil Bey Mardam, Khaled Bey Azem, Riad Sold, Saadallah Djabri, Sélim Bey Tacla, Catroux.


Rapport du Secrétaire général de l'ONU, 30 juin 1946.

[...]

4. La question de la Syrie et du Liban

Par une lettre en date du 4 février 1946, les chefs des délégations syrienne et libanaise auprès des Nations Unies ont attiré l'attention du Conseil de sécurité, en vertu de l'article 34 de la Charte, sur la présence de troupes françaises et britanniques en Syrie et au Liban. Cette lettre exposait que les Gouvernements de la Syrie et du Liban avaient espéré que ces troupes seraient retirées dès la cessation des hostilités avec l'Allemagne et le Japon, mais qu'un accord franco-britannique du 13 décembre 1945 subordonnait le retrait des troupes à des conditions incompatibles avec l'esprit et la lettre de la Charte des Nations Unies.Cette question a été examinée au cours des dix-neuvième, vingtième, vingt-et-unième, vingt- deuxième et vingt-troisième séance du Conseil, et les représentants de la Syrie et du Liban ont participé à la discussion au cours de ces séances. Après le rejet de plusieurs propositions, la résolu­tion suivante, soumise par le représentant des États-Unis d'Amérique, a recueilli sept voix :
“Le Conseil de sécurité,
“prend acte des déclarations faites par les quatre parties ainsi que par les autres membres du Conseil ;
“exprime le ferme espoir que les troupes étrangères stationnées en Syrie et au Liban seront retirées aussitôt qu'il sera possible et que des négociations à cette fin seront entreprises sans délai par les parties;
“demande à celles-ci de le tenir informé du résultat des négociations.”

Le représentant de l'Union des Républiques socialistes soviétiques n'a pas voté en faveur de cette résolution, et il a été décidé que celle-ci avait été repoussée, étant donné qu'elle n'avait pas re­cueilli les voix de tous les membres permanents, comme l'exige l'article 27, 3, de la Charte.

Les représentants de la France et du Royaume-Uni déclarèrent que leurs gouvernements agi­raient conformément à la décision de la majorité du Conseil mentionnée ci-dessus.

Par une lettre en date du 30 avril 1946, le représentant de la France a fait savoir que, en ce qui concerne la Syrie, le Gouvernement français et le Gouvernement britannique avaient pris con­jointement les dispositions nécessaires pour que l'évacuation du territoire syrien fût achevée le 30 avril 1946. A la suite d'entretiens entre experts français et britanniques, et entre les Ministres des Affaires étrangères français et libanais, et, étant données les promesses du Gouvernement libanais de fournir certaine assistance en matière de transports, etc., le Gouvernement français avait déclaré que le retrait du Liban de l'ensemble des troupes françaises pourrait être terminé le 31 août 1946. Un groupe peu nombreux qui serait maintenu pour assurer le contrôle et le transport du matériel quitterait le pays le 31 décembre 1946 au plus tard. Le Gouvernement français avait af­firmé son désir d'assurer le retrait du gros des troupes combattantes avant le 30 juin 1946. En con­clusion, cette lettre mentionnait que les Ministres des Affaires étrangères français et libanais avaient procédé, le 23 mars 1946, à un échange de lettres, marquant l'heureux aboutissement des négociations recommandées dans la proposition sus-mentionnée du représentant des États-Unis d'Amérique.

Dans une lettre du 1er mai 1946, le représentant du Royaume-Uni a déclaré que, conformé­ment à la proposition précitée soumise par le représentant des États-Unis d'Amérique, les Gou­vernements britannique et français étaient parvenus à l'accord suivant :
a) Toutes les troupes britanniques devaient être retirées de Syrie pour le 30 avril 1946.
b) Le premier millier de soldats britanniques devait être retiré du Liban avec un nombre analogue de soldats français pour le 31 mars 1946.
c) Le reste des troupes britanniques, exception faite d'un détachement de liquidation, de­vait être retiré du Liban pour le 30 juin 1946.

Ce projet a été communiqué aux Gouvernements syrien et libanais qui n'ont pas proposé de modifications.

En ce qui concerne a) ci-dessus les troupes britanniques ont effectivement évacué la Syrie pour le 15 avril 1946. L 'évacuation prévue en b) ci-dessus a été effectuée pour la date mentionnée.

Par un télégramme du 19 mai 1946, le Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères de Syrie a déclaré que le retrait des troupes étrangères du territoire de Syrie avait été achevé au cours des deux premières semaines du mois d'avril 1946.

Par une lettre du 9 mai 1946, le Ministre des Affaires étrangères du Liban a déclaré que les négociations avec le Ministre des Affaires étrangères de France, concernant l'évacuation du Liban par les troupes françaises, avaient abouti à un accord constaté par un échange de lettres, en date du 23 mars 1946. Il a communiqué une copie de ces lettres contenant le texte complet de l'accord, dont résumé avait été donné par le représentant de la France dans la lettre du 30 avril 1946, mentionnée plus haut.

En conclusion, le Ministre des Affaires étrangères du Liban a déclaré que son Gouvernement était satisfait de l'issue desdites négociations.


Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus, voir la fiche Liban.
Voir la fiche Syrie.

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Jean-Pierre Maury