Acte de Chacachacare, 11 janvier 1813. Gouvernement de Bolivar.
Plan pour libérer le Vénézuéla, 16 janvier 1813.
Décret de guerre à mort, 15 juin 1813.
Manifeste de Carupano, 7 septembre 1814.
Décret du Chef suprême portant création d'un Conseil d'État provisoire, 30 octobre 1817
Décret du Chef suprême portant création d'un Conseil de gouvernement, 5 novembre 1817.
Bolivar, après l'élimination de Miranda, reçoit un passeport qui lui permet de quitter le pays pour Curaçao, puis de se réfugier en Nouvelle-Grenade, où il reprend la lutte pour l'indépendance. Il publie, peu après, le Manifeste de Cartagène, dans lequel il analyse l'échec de la première République, qu'il impute au trop grand respect des principes d'humanité par la Junte, à l'adoption d'un système fédéral et à l'indiscipline des différentes milices patriotiques. Le projet de convention des chefs militaires (16 janvier 1813) prévoit « l'extermination au Vénézuéla de la race maudite des Espagnols, sans exception pour ceux des Canaries... Le soldat qui présentera 20 têtes d'Espagnols ou de Canariens recevra une récompense. Pour trente, il sera nommé lieutenant ; pour cinquante, capitaine. »
La guerre de libération est relancée dans l'Orient par le colonel Mariño, qui prend la tête d'un groupe, signataire de l'Acte de Chacachacare, contenant des « pardos », des mulâtres, qui seront accusés par Bolivar de « pardocratie », c'est-à-dire de vouloir éliminer les créoles privilégiés de Caracas, les « mantuanos ». Il pratique la guérilla.
Bolivar reprend le combat et il décrète « la guerre à mort », le 15 juin 1813. Il libère brièvement Caracas en août 1813, mais battu, il fait évacuer la ville par la population qui doit se réfugier à Barcelona. Bolivar doit s'exiler, expliquant sa défaite par le ralliement à l'armée royale des classes pauvres, des llaneros, des pardos et des Indiens, « qu'une folie inconcevable a poussés à prendre les armes pour anéantir leurs libérateurs et rendre le sceptre à leurs tyrans».
Avec le soutien du gouvernement haïtien de Pétion, Bolivar retourne au combat en avril 1816. Il proclame l'abolition de l'esclavage, mesure qui n'est pas appliquée, mais qui entraîne le ralliement d'esclaves à son armée. Cependant, il doit encore se replier à Haïti, alors que le général Piar poursuit la libération de la Guyane et prend Angostura, où Bolivar vient alors établir sa capitale (octobre 1817).
Alors que le Congrès de Cariaco, réuni par Mariño, proposait de reconstituer un gouvernement civil, Bolivar exige la soumission des autres chefs militaires, faisant exécuter le général Piar (et plus tard l'amiral Padilla), au risque de s'aliéner le soutien des pardos. Selon Clément Thibaud, il s'agissait « d'éliminer un redoutable rival... En Piar, le Libertador élimine un rival à sa hauteur. Sur son cadavre, il célèbre ses noces avec les chefs des plaines » (Thibaud, VI, 15, 19). Devenant le « Jefe Supremo », il dispose de tous les pouvoirs politiques et militaires. Il échoue d'abord dans la campagne visant à libérer Caracas, mais avec l'aide de la légion britannique, la campagne de libération de la Nouvelle-Grenade se termine par la victoire de Boyaca, le 7 août 1819, et l'entrée à Bogota, le 10. Le partage du territoire du Vénézuéla conduit à une trève avec les Espagnols.
L'action de Bolivar au Vénézuéla et en Nouvelle-Grenade lui permet d'entamer la réalisation du projet de Colombie énoncé par Miranda et qu'il a repris à son compte. Il réunit le Congrès d'Angostura, le 15 février 1819, pour former une union destinée à unir les différentes provinces émancipées de la domination espagnole. Le projet d'union est approuvé, le 17 décembre 1819, par les délégués du Vénézuéla et le 12 juillet 1821 par ceux de la Nouvelle-Grenade. Une Constitution est rapidement adoptée le 30 août 1821.
Sources : Traductions originales, suivant le texte espagnol.
https://www.cervantesvirtual.com/portales/constituciones_hispanoamericanas/venezuela_textos_juridicos/ https://es.wikisource.org/wiki/Decreto_de_guerra_a_muerte
Sur le conflit entre Bolivar et Miranda, voir MANUEL HERNÁNDEZ GONZÁLEZ, UN EPISODIO ENIGMÁTICO DE LA PRIMERA REPÚBLICA VENEZOLANA:
LA CAPITULACIÓN DE MIRANDA Y EL PAPEL DE BOLÍVAR Y LOS RIVAS, Heuristica, n° 11, janvier-juillet 2009, Universitdad de Los Andes.
Carmen Bohórquez, Francisco de Miranda. Precursor de las independencias de la América Latina, Colección Bicentenario Carabobo 9, Caracas, Venezuela, mayo de 2021. https://cenal.gob.ve/?p=12530
Voir également, Thibaud, Clément. Républiques en armes. Presses universitaires de Rennes, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pur.6911.
Acte de Chacachacare.
Le chef espagnol Don Domingo Monteverde ayant violé la capitulation qu'il avait signée avec l'illustre général Miranda le 25 juillet 1812 ; et considérant que les garanties offertes dans ce traité solennel ont été transformées en potences, prisons, persécutions et enlèvements ; que le général Miranda lui-même a été victime de la perfidie de son adversaire ; et, enfin, que la société est mortellement blessée, Nous, quarante-cinq émigrants, sommes réunis dans cette hacienda, sous les auspices de sa propriétaire, la magnanime dame Doña Concepción Mariño, et réunis en conseil de famille, animés d'un profond sentiment patriotique, nous décidons de lancer une expédition contre le Vénézuéla, dans le but de sauver cette patrie de la dépendance espagnole et de lui rendre la dignité d'une nation que le tyran Monteverde et son tremblement de terre lui ont volée. Nous nous engageons mutuellement, en tant que gentilshommes, à vaincre ou à mourir dans une entreprise aussi glorieuse ; et dans cet engagement, nous prenons Dieu et nos épées à témoin. Nous nommons le Colonel Santiago Mariño comme Commandant Suprême avec pleins pouvoirs.
Chacachacare : 11 janvier 1813.
Président de la Junte : Santiago Mariño. Secrétaire : Francisco Azcue. Secrétaire : José Francisco Bermúdez. Secrétaire : Manuel Piar. Secrétaire : Manuel Valdés.
Plan pour libérer le Vénézuéla.
Carthagène, 16 janvier 1813.
Au nom du peuple vénézuélien, je fais les propositions suivantes pour entreprendre une expédition terrestre afin de libérer ma patrie du joug infâme qui pèse sur elle. Je les exécuterai avec exactitude et fidélité, car la justice l'exige et un résultat important doit en découler.
Premièrement, tous les Créoles et étrangers qui se présenteront seront admis à l'expédition et conserveront leurs grades. Ceux qui n'ont pas encore servi obtiendront les grades correspondant aux fonctions civiles qu'ils ont occupées et, au cours de la campagne, chacun recevra des promotions proportionnelles à sa valeur et à ses connaissances militaires.
Deuxièmement, l'objectif principal de cette guerre étant d'exterminer la race maudite des Espagnols d'Europe au Venezuela, sans exception pour les Canariens, tous les Espagnols sont exclus de cette expédition, aussi patriotes soient-ils, car aucun d'entre eux ne doit être laissé en vie, sans exception ni motif. En tant qu'alliés des Espagnols, les officiers anglais ne peuvent être acceptés sans le consentement de la majorité des officiers de nationalité espagnole.
Troisièmement, les biens des Espagnols en Europe situés sur le territoire libéré seront divisés en quatre parts : la première pour les officiers ayant participé à l’expédition et ayant effectué leur premier service militaire, à parts égales, quel que soit leur grade. La seconde revient aux soldats, et les deux autres à l’État. En cas de doute, la majorité des officiers présents tranchera.
Neuvièmement, pour avoir droit à une récompense ou à un grade, il suffira de présenter un certain nombre de têtes d’Espagnols ou de Canariens. Un soldat qui en présentera vingt sera promu enseigne, trente obtiendra le grade de lieutenant, cinquante celui de capitaine, etc.
Cúcuta, 20 mars de 1813. Simon Bolívar (Venezuela) y Manuel del Castillo (Nueva Granada)
En tant que chefs des forces de l'Union (Nouvelle-Grenade) et aussi de celles du Venezuela qui sont unies à celles-ci, nous approuvons les propositions précédentes sauf seulement le deuxième article dans la mesure où il est ordonné de tuer tous les Espagnols européens, car pour l'instant on ne le fera qu'avec ceux qui seront trouvés avec des armes à la main, et le reste qui semble innocent restera avec l'armée pour superviser ses opérations, tandis que le Congrès général de la Nouvelle-Grenade à qui ces documents seront envoyés approuvera ou non la guerre à mort contre les dénommés Espagnols, laissant par conséquent le neuvième article soumis à la même disposition.
Décret de guerre à mort, 15 juin 1813.
Simón Bolívar, brigadier de l'Union, général en chef de l'Armée du Nord, libérateur du Venezuela.
À ses compatriotes vénézuéliens :
Une armée de frères, envoyée par le Congrès souverain de la Nouvelle-Grenade, est venue vous libérer, et vous l'avez déjà parmi vous, après avoir chassé les oppresseurs des provinces de Mérida et de Trujillo.
Nous sommes envoyés pour détruire les Espagnols, protéger les Américains et établir les gouvernements républicains qui ont formé la Confédération du Venezuela. Les États sous nos armes sont à nouveau gouvernés par leurs anciennes constitutions et leurs magistrats, jouissant pleinement de leur liberté et de leur indépendance ; car notre mission vise uniquement à briser les chaînes de la servitude qui pèsent encore sur certains de nos peuples, sans chercher à promulguer des lois ni à exercer des actes de domination, ce que le droit de la guerre pourrait nous autoriser à faire.
Touchés par vos malheurs, nous n'avons pu observer avec indifférence les souffrances qui vous ont été infligées par les barbares espagnols ; qui vous ont anéanti par le pillage et détruit par la mort ; qui ont violé les droits sacrés du peuple ; qui ont violé les capitulations et les traités les plus solennels ; et enfin, qui ont commis tous les crimes, réduisant la République du Vénézuéla à la plus effroyable désolation. Ainsi, la justice exige vengeance, et la nécessité nous y contraint. Puissent les monstres qui l'infestent et l'ont ensanglantée disparaître à jamais du sol colombien ; que leur châtiment soit à la hauteur de l'énormité de leur perfidie, lavant ainsi la tache de notre ignominie et montrant aux nations de l'univers que les enfants d'Amérique ne sont pas offensés impunément.
Malgré notre juste ressentiment envers les méchants espagnols, notre cœur magnanime daigne encore ouvrir une dernière fois la voie à la conciliation et à l'amitié. Ils sont toujours invités à vivre paisiblement parmi nous si, détestant leurs crimes et se convertissant de bonne foi, ils coopèrent avec nous à la destruction du gouvernement intrusif de l'Espagne et au rétablissement de la République du Vénézuéla.
Tout Espagnol qui ne conspire pas contre la tyrannie pour soutenir la juste cause par les moyens les plus actifs et les plus efficaces sera considéré comme un ennemi et puni comme traître à la patrie, et sera par conséquent irrévocablement exécuté. En revanche, une grâce générale et absolue est accordée à ceux qui rejoignent notre armée, avec ou sans armes, et à ceux qui aident les bons citoyens qui s'efforcent de secouer le joug de la tyrannie. Les officiers et les magistrats civils qui proclament le gouvernement du Vénézuéla et nous rejoignent seront maintenus dans leurs fonctions ; en un mot, les Espagnols qui rendent des services distingués à l'État seront considérés et traités comme des Américains.
Et vous, Américains, que l'erreur ou la perfidie ont détournés du chemin de la justice, sachez que vos frères vous pardonnent et regrettent sincèrement vos égarements, dans l'intime conviction que vous ne pouvez être coupables et que seuls l'aveuglement et l'ignorance dans lesquels les auteurs de vos crimes vous ont maintenus jusqu'à présent ont pu vous y conduire. Ne craignez pas l'épée qui vient vous venger et rompre les liens ignominieux par lesquels vos bourreaux vous lient à leur sort. Comptez sur une immunité absolue pour votre honneur, votre vie et vos biens ; le seul titre d'Américains sera votre garantie et votre sauvegarde. Nos armes sont venues vous protéger et elles ne seront jamais utilisées contre aucun de vos frères.
Cette amnistie s'étend même aux traîtres ayant récemment commis des actes criminels ; et elle sera appliquée avec tant de rigueur qu'aucune raison, aucun motif ni aucun prétexte ne suffira à nous contraindre à renoncer à notre offre, aussi grands et extraordinaires soient les motifs que vous nous donnez pour attiser notre animosité.
Espagnols et Canariens, comptez sur la mort, même indifférents, si vous n'agissez pas activement en faveur de la liberté de l'Amérique. Américains, comptez sur la vie, même coupables.
Quartier général de Trujillo, 15 juin 1813.
Manifeste de Carupano, 7 septembre 1814.
Simón Bolívar, Libérateur du Venezuela et Commandant en chef de ses armées. À ses concitoyens.
Citoyens :
Malheur au magistrat qui, auteur des calamités ou des crimes de son pays, est contraint de se défendre devant le tribunal populaire contre les accusations portées contre sa conduite par ses concitoyens ; mais bienheureux celui qui, naviguant dans les embûches de la guerre, de la politique et des malheurs publics, préserve son honneur intact et se présente innocent en exigeant de ses propres compagnons d’infortune une juste décision sur son innocence.
J’ai été choisi par le destin des armes pour briser vos chaînes, tout comme j’ai été, disons, l’instrument que la Providence a utilisé pour combler la mesure de vos afflictions. Oui, je vous ai apporté la paix et la liberté, mais en quête de ces biens inestimables, la guerre et l’esclavage m’ont accompagné. La victoire, guidée par la justice, a toujours été notre guide jusqu'aux ruines de l'illustre capitale de Caracas, que nous avons arrachée aux mains de ses oppresseurs. Les guerriers de Grenade n'ont jamais fané leurs lauriers en les combattant, et les soldats de Caracas ont connu la même fortune face aux Espagnols qui, une fois de plus, tentaient de nous soumettre. Si le destin capricieux a alterné la victoire entre les ennemis et nous, c'est uniquement en faveur des peuples américains qu'une folie inconcevable les a poussés à prendre les armes pour anéantir leurs libérateurs et rendre le sceptre à leurs tyrans.
J’ai été choisi par le destin des armes pour briser vos chaînes, tout comme j’ai été, disons, l’instrument que la Providence a utilisé pour combler la mesure de vos afflictions. Oui, je vous ai apporté la paix et la liberté, mais en quête de ces biens inestimables, la guerre et l’esclavage m’ont accompagné. La victoire, guidée par la justice, a toujours été notre guide jusqu'aux ruines de l'illustre capitale de Caracas, que nous avons arrachée aux mains de ses oppresseurs. Les guerriers de Grenade n'ont jamais fané leurs lauriers en les combattant, et les soldats de Caracas ont connu la même fortune face aux Espagnols qui, une fois de plus, tentaient de nous soumettre. Si le destin capricieux a alterné la victoire entre les ennemis et nous, c'est uniquement en faveur des peuples américains qu'une folie inconcevable les a poussés à prendre les armes pour anéantir leurs libérateurs et rendre le sceptre à leurs tyrans.
Ainsi, il semble que le ciel, pour notre humiliation et notre gloire, ait permis à nos vainqueurs d'être nos frères et que nos frères ne triomphent que de nous. L'Armée de libération a exterminé les bandes ennemies, mais elle n'a pas pu exterminer les peuples pour le bonheur desquels elle a combattu au cours de centaines de batailles. Il n'est pas juste de détruire des hommes qui refusent la liberté, et on ne jouit pas de la liberté sous la domination des armes, contrairement à l'opinion de fanatiques dont la dépravation d'esprit leur fait aimer les chaînes autant que les liens sociaux. Ne pleurez donc que sur vos compatriotes qui, poussés par la fureur de la discorde, vous ont plongés dans cette mer de calamités dont la seule vue fait frémir la nature, et qui serait aussi horrible qu'il est impossible de vous peindre. Vos frères, et non les Espagnols, ont déchiré votre cœur, versé votre sang, brûlé vos maisons et vous ont condamné à l'exil.
Vos cris doivent être dirigés contre ces esclaves aveugles qui cherchent à vous attacher aux chaînes qu'ils traînent eux-mêmes ; et ne vous indignez pas contre les martyrs qui, fervents défenseurs de votre liberté, ont versé leur sang sur tous les champs, bravé tous les dangers et se sont oubliés pour vous sauver de la mort ou de l'ignominie. Soyez juste dans votre douleur, car la cause qui la produit est juste.
Que vos tourments ne vous aliènent pas, citoyens, au point de considérer vos protecteurs et vos amis comme des complices de crimes imaginaires, par intention ou par omission. Les directeurs de vos destinées, non moins que leurs collaborateurs, n'ont eu d'autre dessein que de vous procurer un bonheur perpétuel, qui serait pour eux une gloire immortelle. Mais si les événements n'ont pas répondu à leurs buts, et si des désastres sans précédent ont fait échouer une si louable entreprise, ce n'est pas par inaptitude ou par lâcheté ; c'est bien la conséquence inévitable d'un projet gigantesque, au-dessus de toutes les forces humaines. La destruction d'un gouvernement dont l'origine se perd dans les ténèbres du temps ; la subversion des principes établis ; le changement des mœurs ; le bouleversement de l'opinion publique, et l'établissement, enfin, de la liberté dans notre pays d'esclaves, est une tâche si impossible à accomplir subitement qu'elle est hors de portée de toute puissance humaine ; Ainsi, notre excuse pour ne pas avoir obtenu ce que nous désirions est inhérente à la cause que nous poursuivons, car de même que la justice justifie l'audace de l'avoir entreprise, l'impossibilité de l'obtenir qualifie l'insuffisance des moyens. Il est louable, noble et sublime de justifier la nature, outragée par la tyrannie ; rien n'est comparable à la grandeur de cet acte, et même si la désolation et la mort sont la récompense d'une tentative aussi glorieuse, il n'y a aucune raison de la condamner, car ce qui doit être fait n'est pas ce qui est réalisable, mais ce que la loi nous autorise à faire.
En vain, des efforts sans précédent ont remporté d'innombrables victoires, achetées au prix élevé du sang de nos héroïques soldats. Quelques succès de la part de nos adversaires ont fait s'écrouler l'édifice de notre gloire, la masse du peuple étant égarée par le fanatisme religieux et séduite par l'attrait d'une anarchie dévorante. Au flambeau de la liberté, que nous avons présenté à l'Amérique comme guide et objet de nos tentatives, nos ennemis ont opposé la hache incendiaire de la discorde, de la dévastation, et le grand stimulant de l'usurpation des honneurs et de la fortune contre des hommes avilis par le joug de la servitude et abrutis par la doctrine de la superstition. Comment la simple théorie de la philosophie politique, sans autre appui que la vérité et la nature, pourrait-elle prévaloir contre le vice, armé d'une licence effrénée, sans autre limite que son étendue, et soudain transformé par le prestige religieux en vertu politique et en charité chrétienne ? Non, les hommes ordinaires ne sont pas ceux qui savent calculer la valeur éminente du règne de la liberté, de sorte qu'ils le préfèrent à une ambition aveugle et à une cupidité vile. Notre sort dépendait de la décision de cette importante question ; il était entre les mains de nos compatriotes, qui, pervertis, ont statué contre nous ; tout le reste résulte d'une décision plus déshonorante que fatale, et qui doit être plus lamentable dans son essence que dans ses conséquences.C'est une folie maligne d'attribuer aux hommes publics les vicissitudes que l'ordre des choses produit dans les États, puisqu'il n'est pas au pouvoir d'un général ou d'un magistrat de contenir, dans un moment de turbulence, de heurts et de divergences d'opinions, le torrent des passions humaines, qui, soulevées par le mouvement des révolutions, augmentent en proportion de la force qui leur résiste. Et même lorsque de graves erreurs ou des passions violentes parmi les chefs causent fréquemment des dommages à la République, ces mêmes dommages doivent cependant être évalués équitablement et leur origine recherchée dans les causes primitives de tous les malheurs : la fragilité de notre espèce et la domination du destin sur tous les événements. L'homme est le faible jouet de la fortune, sur laquelle il fait souvent de justes calculs, souvent sans jamais pouvoir compter sur elle, car notre sphère n'est pas en contact avec sa sphère d'un ordre bien supérieur à la nôtre. Prétendre que la politique et la guerre doivent suivre nos plans, agissant à tâtons avec la seule pureté de nos intentions et aidés par les moyens limités dont nous disposons, c'est chercher à obtenir les effets d'une puissance divine par des moyens humains.
Moi, loin d'avoir la folle présomption de me croire innocent de la catastrophe de mon pays, j'éprouve au contraire le profond regret de me croire l'instrument funeste de ses horribles misères ; mais je suis innocent parce que ma conscience n'a jamais participé à une erreur volontaire ou à une malice, même si, d'un autre côté, j'ai agi mal et imprudemment. Mon cœur me persuade de mon innocence, et ce témoignage est, pour moi, le plus authentique, même s'il ressemble à un délire orgueilleux. C'est pourquoi, dédaignant de répondre à chacune des accusations qui pourraient être portées contre moi, de bonne ou de mauvaise foi, je réserve cet acte de justice, qu'exige ma propre justification, à un tribunal d'hommes sages, qui jugeront avec droiture et connaissance ma conduite au cours de ma mission au Venezuela. Je parle du Congrès suprême de la Nouvelle-Grenade, de cette auguste assemblée qui m'a envoyé avec ses troupes pour vous assister, comme ils l'ont fait héroïquement jusqu'à leur mort au champ d'honneur. Il est juste et nécessaire que ma vie publique soit soigneusement examinée et jugée impartialement. Il est juste et nécessaire que je donne satisfaction à ceux que j'ai offensés et que je sois indemnisé des accusations erronées portées contre moi. Ce grand jugement doit être prononcé par le souverain que j'ai servi ; je vous assure qu'il sera aussi solennel que possible et que mes actes seront attestés par des documents irréfutables. Vous saurez alors si j'ai été indigne de votre confiance ou si je mérite le nom de Libertador.
Je vous jure, chers compatriotes, que ce titre auguste que votre gratitude m'a décerné lorsque je suis venu vous libérer de vos chaînes ne sera pas vain. Je vous jure que, libérateur ou mort, je mériterai toujours l'honneur que vous m'avez rendu, sans qu'aucune protestation humaine sur terre ne vienne entraver la voie que je me suis proposée de suivre jusqu'à mon retour, pour vous libérer, par le chemin de l'ouest, arrosé de tant de sang et orné de tant de lauriers. Attendez, mes compatriotes, le noble et vertueux peuple de Grenade qui se dressera avidement pour collectionner de nouveaux trophées, vous prêter une nouvelle aide et vous rendre la liberté, si votre valeur ne l'acquiert pas d'abord. Oui, oui, seules vos vertus sont capables de combattre avec succès cette multitude de gens frénétiques qui ignorent leurs propres intérêts et leur honneur ; car la liberté n'a jamais été soumise à la tyrannie. Ne comparez pas votre force physique à celle de l'ennemi, car l'esprit ne peut être comparé à la matière. Vous êtes des hommes, ils sont des bêtes, vous êtes libres, ils sont des esclaves. Combattez donc et vous vaincrez. Dieu accorde la victoire à la persévérance.
Carúpano, 7 septembre 1814.
Bolivar
Décret du Chef suprême portant création d'un Conseil d'État provisoire.
(30 octobre 1817)
Considérant qu'il est impossible d'établir pour le moment un bon gouvernement représentatif et une Constitution éminemment libérale, objectif auquel sont tendus tous mes efforts et mes vœux les plus ardents, tant que la majeure partie du territoire de la République, et en particulier la capitale, ne sera pas libre et paisible, et souhaitant que les dispositions, lois, règlements et institutions importantes devant être promulguées entre-temps pour l'administration et l'organisation des provinces déjà libres ou à libérer, soient proposés, discutés et approuvés par une Assemblée qui, par son nombre et la dignité de ses membres, mérite la confiance publique, je décrète ce qui suit :
Article 1.
Le Chef suprême de la République aura un Conseil d'État provisoire, qui résidera pour le moment dans la capitale de la province de Guyane et sera composé de l'amiral, du chef d'état-major général, de l'intendant général et du commissaire général de l'Armée, du Président et des Ministres de la Haute Cour de Justice, du Président et des Ministres de la Cour des Séquestres, des Secrétaires du Cabinet et des fonctionnaires suivants de cette Province, résidant dans sa capitale, à savoir : le Gouverneur Commandant Général, les Généraux et Colonels en service dans cette ville, l'Intendant, les Ministres de la Comptabilité et du Trésor, et le Gouverneur Politique.
Article 2.
Le Conseil est divisé en trois sections : 1. État et Finances ; 2. Marine et Guerre ; 3. Intérieur et Justice.
Article 3.
Le Gouvernement nomme les membres du Conseil d'État qui composent chaque section et élit parmi eux ceux qui les président.
Article 4.
Le Conseil d'État ne peut être convoqué ou présidé que par le Chef Suprême ; toutefois, en son absence, il est présidé par le conseiller à qui il a délégué cette fonction. Les sections sont convoquées par leurs présidents respectifs, selon les besoins de leurs affaires.
Article 5.
Tout membre d'une section peut proposer tout plan, règlement, disposition, etc., jugés utiles à l'intérêt général dans le cadre de ses attributions ; seul le président de la section peut le faire au Conseil d'État, à condition que le projet ait été approuvé par la section.
Article 6.
Le Chef suprême peut convoquer, s'il le juge opportun, une ou deux sections, ou le Conseil général d'État ; ni les unes ni les autres ne peuvent disposer seulement d'une voix consultative.
Article 7.
Les communications entre deux sections sont assurées par une ou deux personnes désignées pour délibérer ; toutefois, les sections elles-mêmes ne peuvent se réunir que sur ordre du Chef suprême.
Article 8.
Bien que les noms des sections indiquent clairement l'objet de leurs pouvoirs, on peut préciser : la première couvre les relations extérieures, toutes les questions d'État et de haute police, le règlement des impôts directs et indirects, l'administration fiscale, etc. La deuxième couvre toutes les questions relatives à l'organisation et au mouvement des forces terrestres et maritimes et à l'administration militaire, aux armes, à la nourriture, à l'habillement, aux approvisionnements et aux munitions, etc. La troisième couvre l'administration civile et judiciaire, la police municipale, toutes les questions relatives au développement intérieur, au commerce, à l'agriculture, à l'industrie, à l'éducation publique, à la création d'œuvres de bienfaisance, aux routes, aux ponts et aux chaussées, etc.
Article 9.
Le Conseil d'État dispose d'un secrétaire nommé par le Gouvernement suprême.
Article 10.
Si, après avoir convoqué le Conseil d'État, ou une ou deux sections, le Chef suprême est satisfait de son avis, le décret qui lui sera adressé l'exprimera de la manière suivante : « Après avoir entendu le Conseil d'État ou la ou les sections N et N du Conseil d'État. »
Article 11.
Pour les questions que le Chef suprême souhaite consulter en particulier, un conseil privé sera constitué, composé de l'Amiral, des gouverneurs militaires et politiques, des présidents des sections et des secrétaires du Cabinet.
Donné, signé de ma main, scellé du sceau provisoire de la République et contresigné par le secrétaire du Cabinet, etc.
Angostura, le 30 octobre 1817.
Simón Bolívar,
Chef suprême de la République,
Capitaine général des armées du Vénézuéla et de Nouvelle-Grenade
Décret du Chef suprême portant création d'un Conseil de gouvernement.
(5 novembre 1817)
Simón Bolívar,
Chef suprême de la République,
Capitaine général des armées du Vénézuéla et de la Nouvelle-Grenade
Désirant qu'un centre fixe de gouvernement et d'administration soit maintenu pendant la campagne que je m'apprête à entreprendre, et qu'en cas de mon décès ou de tout autre événement me privant absolument de la charge de gouverner la République, celle-ci ne soit pas exposée aux horreurs de l'anarchie, j'ai par la présente constitué et nommé, comme je le fais par la présente, un Conseil de gouvernement, doté des pouvoirs et attributions énoncés dans les articles suivants :
Article premier.
Le Conseil de gouvernement est composé de l'amiral Luis Brión, président ; du général de division Manuel Cedeño ; et du quartier-maître général Francisco Zea, membres.
Article 2.
Le Conseil est autorisé à :
Recevoir les consuls et les envoyés étrangers ;
Entamer et conclure des négociations commerciales.
Acheter et passer des contrats pour des armes, des munitions, des vêtements et tout type d'équipement de guerre.
Fournir aux divisions opérant dans les provinces de Cumaná, Barcelone, Guayana, Barinas et Caracas tout le nécessaire à la guerre.
Fixer et payer le prix de ces articles.
Pour remplir ces fonctions, le Conseil se réunira chaque fois qu'il le jugera opportun, sur convocation du Président.
Article 3.
En cas de décès du Chef suprême ou de capture par l'ennemi, le Conseil sera investi de la pleine autorité et des attributions du Pouvoir suprême pendant une période de soixante jours, durant laquelle il exécutera les dispositions énoncées dans un document scellé, dont trois exemplaires identiques seront déposés : l'un au Conseil de gouvernement, l'autre à l'État-major et le troisième au Secrétariat du Conseil d'État.
Article 4.
L'ouverture des deux autres documents dans cette ville sera effectuée uniquement par le Conseil de gouvernement et le Conseil d'État réunis en audience publique. Une fois les deux documents lus et leur identité et leur légitimité reconnues, le Conseil de gouvernement en ordonnera l'exécution.
Article 5.
Le document conservé à l'État-major sera ouvert et lu avec la même solennité. Les commandants et les soldats de l'armée en seront informés par la proclamation publiée à cet effet.
Article 6.
Le Conseil de gouvernement sera saisi par le Chef suprême après sa cessation de fonctions, la déclaration de ce fait étant faite par le Chef suprême lui-même par décret spécial, lorsqu'il le jugera opportun.
Article 7.
En cas de décès du Chef suprême, son administration sera rapportée au Conseil de gouvernement, comme indiqué dans les documents mentionnés à l'article 3.
Donné, signé de ma main, scellé du sceau provisoire de la République et contresigné par le Secrétaire d'État au Quartier général, etc.
Quartier général d'Angostura, le 5 novembre 1817.
Simón Bolívar.
Pour obtenir davantage d'informations sur le pays et sur le texte ci-dessus,
Voir la fiche Vénézuéla.
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