(1er janvier 1960)
Déclaration commune franco-camerounaise.
Déclaration d'indépendance.
Les lois du 23 juin (loi Defferre) et du 15 novembre 1956, permettent au Cameroun de bénéficier du suffrage universel et du collège unique. Enfin, l'article premier du décret du 16 avril 1957 le qualifie d'État sous tutelle. Après le changement de régime en France, l'assemblée générale des Nations Unies adopte le 5 décembre 1958 la résolution 1282/XIII par laquelle elle prend note de la déclaration du gouvernement français sur la fin du régime de tutelle et l'accession corrélative du Cameroun à l'indépendance, que prépare explicitement le statut du 30 décembre 1958.
Le 31 décembre 1959, le premier ministre français, Michel Debré, et le chef du gouvernement camerounais, Amadou Ahidjo, signent une déclaration commune par laquelle la France reconnaît le Cameroun en tant qu'État indépendant et le lendemain l'indépendance est proclamée par Amadou Ahidjo.
Le Cameroun accède à l'indépendance le 1er janvier 1960.
La loi camerounaise du 31 octobre 1959 avait donné au Gouvernement, dirigé par Amadou Ahidjo, le pouvoir de préparer la Constitution que le pays se donnera au lendemain de l'indépendance. Le projet était préparé par un comité consultatif composé pour moitié de membres du Parlement et pour l'autre moitié de personnalités nommées représentant les intérêts économiques, sociaux ou les chefs coutumiers. Il est approuvé le 21 février 1960 par un référendum dont les résultats ont été contestés. La Constitution est promulguée le 4 mars 1960 et Amadou Ahidjo devient, le 5 mai, le premier président de la République.
Le Cameroun devient membre de l'ONU le 20 septembre 1960.
En février 1961, la partie britannique du Cameroun est appelée à se prononcer sur son avenir. La partie septentrionale du Cameroun britannique décide, par 233 571 voix contre 97 741, de s'intégrer au Nigéria, indépendant depuis le 1er octobre 1960. Grâce à d'habiles négociations menées avec les dirigeants de la partie méridionale, celle-ci opte en faveur de l'union avec la République du Cameroun, par 146 296 voix contre 97 659. L'Assemblée générale de l'ONU, le 21 avril suivant entérine ces choix.
Une Constitution fédérale est adoptée par l'Assemblée nationale de la République du Cameroun le 14 août 1961, par 88 voix et 6 abstentions. Elle était présentée comme « portant révision constitutionnelle et tendant à adapter la Constitution actuelle aux nécessités du Cameroun réunifié ». Elle est promulguée par la loi du 1er septembre 1961, publiée au Journal officiel du Cameroun le 30 septembre 1961 et entre en vigueur le 1er octobre 1961.
Source : Base des traités du ministère des affaires étrangères, TRA19590143_s1.pdf
Déclaration commune franco-camerounaise.
Le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Cameroun,
Ayant décidé en 1958 d'un commun accord de fixer la date de l'indépendance du Cameroun au 1er janvier 1960,
Conformément à la décision de l'Assemblée générale des Nations unies de mettre fin à l'accord de tutelle à cette même date,
Déclarent leur volonté de fonder désormais leurs rapports sur le respect mutuel de la pleine souveraineté de leurs États.
En conséquence,
Le Gouvernement de la République française reconnaît le Cameroun en tant qu'État indépendant et souverain.
La République française cesse d'exercer les compétences qu'elle assumait à l'égard du Cameroun en tant que puissance chargée de l'administration par l'accord de tutelle du 13 décembre 1946. L'ordonnance n° 58-1375 du 30 décembre 1958 portant statut du Cameroun et les convention franco-camerounaises qui lui sont annexées cesseront d'avoir effet le 1er janvier 1960.
A compter de cette date, les rapports des deux États sont régis par le droit international, dans un esprit de confiance réciproque, de compréhension mutuelle et de coopération.
Les deux Gouvernements saisissent cette occasion pour affirmer leur volonté de maintenir les liens d'amitié qui se sont établis entre les deux peuples.
Fait à Paris, le 31 décembre 1959.
Signé : Marcel [sic] Debré. Signé : Amadou Ahidjo.
Déclaration d'indépendance.
Camerounais, Camerounaises,
Le Cameroun est libre.
Ces mots font vibrer en chacun de nous une émotion que nous ne dissimulons pas tant elle est naturelle, tant elle touche aux aspirations les plus pures de tous ceux qui portent le nom d'homme. Camerounais, mes frères, ce jour tant souhaité, nous devons le vivre aujourd'hui avec grave ferveur.
Sa signification doit envahir nos coeurs; notre joie pour être totale, doit être lourde de l'attente que nous avons vécue et des espoirs que nous avons nourris.
Après une longue ascension, nous faisons halte et nous contemplons le chemin parcouru. Nous nous réjouissons mais aussi nous mesurons le trajet qu'il nous reste à effectuer et nous rassemblons nos forces. Tous ensemble, notre volonté tendue vers le but grandiose que nous atteignons aujourd'hui, nous avons franchi des obstacles, nous avons contourné les embûches, mais nous savons que notre effort n'est pas terminé.
Depuis la lointaine époque où tribus libres, mais divisées, rivalisaient de vigueur guerrière, une nation s'est forgée, s'est dégagée de la marqueterie des races, des religions, des croyances et des coutumes. Comme partout dans le monde où au cours des siècles, des nations se sont créées, les hommes de ce pays n'avaient à l'origine que peu de choses communes.
Des liens, cependant, se nouèrent peu à peu, puis se fortifièrent pour aboutir à la formation d'un sentiment national que nous ressentons profondément.
Le choc de la Seconde Guerre Mondiale, en rapprochant les peuples qui combattaient pour une même cause, accéléra un mouvement dont les racines étaient déjà profondes.
La grande soif de liberté, le besoin de responsabilité qui envahit tous les hommes épris de justice retentit au Cameroun et y trouva un écho puissant.
Chacun d'entre nous savait que cette volonté profonde d'assumer librement son destin trouverait un jour sa récompense et son aboutissement.
Nous ne nous étions pas trompés. Nous devons aux Nations Unies et à la puissance tutrice, la France, de nous avoir aidés à construire notre nation en dehors de la haine et de la force. Qu'elles en soient remerciées.
Nous ne croyons pas, en effet comme quelques-uns attardés dans un romantisme désuet, que les luttes meurtrières soient nécessaires aux mouvements de l'histoire et que les nations doivent se créer dans le sang.
Un État naissant n'a rien à gaspiller : ni ses hommes, ni ses biens. Déplorer que le Cameroun soit fondé dans la paix, avec l'accord et le soutien de tous, ressortit à une vision du monde tournée vers un passé dont les exemples sont néfastes, alors que nos regards distinguent déjà l'ébauche d'une communauté universelle et pacifique, unie et ouverte à tous.
Ceux qui se sont séparés de nous et ont tenté de conquérir seuls les objectifs qui revenaient à tout un peuple n'ont fait qu'entraver la marche de leurs frères.
Qu'ils reconnaissent leur erreur et nous rejoignent. Nous oublierons leurs défections et l'histoire ne retiendra que l'action commune d'un peuple épris de dignité, de justice et de liberté.
Nous voulons que demain nos rangs soient serrés plus qu'hier car le travail qui nous reste à accomplir nécessitera la mobilisation de toutes les énergies.
Aucun enfant de ce pays ne saurait se dérober à la tâche qui lui est réservée sans trahir la patrie que nous fêtons aujourd'hui. L'Indépendance, comme la liberté, est un bien que l'on conquiert et qui se reconquiert chaque jour, et personne n'est de trop pour la défendre, la fortifier, la préserver de toutes ses forces et de toute son âme.
Nous savons bien qu'il n'y a pas de dignité pour ceux qui attendent tout des autres, nous savons que cette Indépendance que nous venons d'obtenir ne serait qu'un leurre si nous ne pouvions l'assurer dans la réalité quotidienne. Nous sommes décidés à lui donner une existence qui ne soit pas seulement de façade.
Nous serons jugés sur nos actes. Le monde attend que nous lui fournissions la preuve de notre sérieux, de notre capacité à nous diriger nous-mêmes: Nous la lui donnerons, car tous nous le voulons.
Camerounais,
Je sais que cette indépendance, vous l'avez trop ardemment souhaitée pour ne pas la porter quel qu'en soit le poids, pour ne pas y consacrer tous vos soins et toutes vos forces.
Vous ne serez d'ailleurs pas seul, et les conditions de la naissance du Cameroun indépendant sont les plus sûrs garants de sa croissance de demain.
Les Nations unies au sein desquelles nous allons prochainement prendre place, ainsi que la France dont l'amitié nous réconforte chaque jour, seront pour nous les guides naturels de nos premiers pas.
Nous savons que nous aurons besoin de leur aide, nous sommes sûrs qu'elle ne sera pas marchandée et qu'elle aura pour unique objet de consolider notre Indépendance et nos libertés. Nous voulons, en ce jour solennel, leur apporter le témoignage de notre reconnaissance et leur rendre l'hommage amical d'un peuple qui a conscience de ce qu'il leur doit.
Nous étions hier leur pupille, nous sommes aujourd'hui leur partenaire. Les liens d'amitié qui nous unissent maintenant seront plus solides dans l'avenir que par le passé.
La grande famille des nations indépendantes nous accueille en ce jour solennel. Notre place nous attend, il nous tarde de la rejoindre, afin de prouver à tous ceux qui ont témoigné leur amitié que nos actes seront à la mesure de leur confiance.
Camerounais des villes, des villages et des campagnes, nos coeurs battent aujourd'hui ensemble d'un même rythme ; notre drapeau national flotte partout au vent de notre joie.
Nous sommes soulevés par le souffle exaltant des grands commencements.
Nous saurons dans l'enthousiasme bâtir une nation dont nos enfants seront fiers et qui dans le monde marquera sa place sous le triple signe de notre devise nationale : Paix - Travail - Patrie !
Vive la liberté !
Vive le Cameroun indépendant !
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